L’énergie haïtienne est encore là.
C’est une constatation. Une vérité indiscutable.
Pourtant, des politiques ont tout fait pour que cette énergie disparaisse. Pour qu’elle ne soit qu’un mythe qui aurait permis à nos aïeux de réaliser les exploits que l’on connait.
Mais, il est aussi un fait que cette énergie est pour l’instant une brise qui souffle de manière aléatoire, sans but bien défini. Cette énergie est comme captée par des postures mystiques, canalisée pour se déverser dans du vide.
C’est bien de se mobiliser quand des jeunes haïtiens réussissent des exploits à l’étranger. Ce serait beaucoup mieux si on se mobilisait pour aider, encadrer tous les talents que notre pays possède, à l’intérieur et à l’extérieur. On connait la réponse de la plupart des institutions étatiques dès qu’on leur demande d’aider des initiatives, des projets dans de nombreux domaines qui seraient bénéfiques à la nation. Mais il n’y a jamais de budget. Jamais d’argent. Cependant on décaissera facilement des millions de dollars pour acquérir des immeubles destinés à des ministères jusqu’à ce jour d’aucune utilité pour le pays.
Haïti s’est qualifié pour la Coupe du monde de football. Il faut que nous en soyons fiers. Mais il ne faut pas oublier que les pratiques sportives sont réduites presque à zéro dans l’espace national. Cela fait des années que nous n’avons plus de championnat national. Les joueurs de notre sélection évoluent tous à l’étranger. Comme l’État haïtien se soucie très peu de la question de l’insécurité, ce n’est pas à nos dirigeants qu’on va conseiller maintenant d’investir dans le sport. Or, nous savons ce que le sport représente dans le développement physique, affectif et intellectuel d’une jeunesse.
On chante Haïti, on crie Haïti, on brandit les drapeaux bleu et rouge comme dans un rituel mystique, religieux, sans lien réel avec cette réalité qu’on devrait s’évertuer à changer. Ce qui est alarmant, c’est que déjà des millions de nos concitoyens vivent dans le virtuel des réseaux sociaux et de leurs différentes plateformes. Un autre pays nait dans ce virtuel comme dans certains films de science-fiction et la masse des moutons vont vivre et se plaire dans cet espace. Pendant ce temps, les maîtres du jeu vont continuer à grignoter ce qui reste du pays réel. Il ne restera alors qu’une solution. Rester dans le rêve. Rester dans les incantations. Surtout ne pas se réveiller. Pire. Faire taire tous ceux qui militent pour le réveil.
Est-ce que nous n’en sommes pas là ?
Gary Victor
