Une situation de tension a régné à Canapé-Vert dans la matinée du vendredi 22 mai. Plusieurs citoyens de la zone ont lancé un mouvement de protestation pour dénoncer le gouvernement qui envisagerait d’y installer des déplacés de la Plaine du Cul-de-Sac. En réaction, ils ont bloqué les routes, brûlé des pneus et érigé des barricades pendant une bonne partie de la journée.
D’après les témoignages de divers habitants de la zone, ils déclarent que l’État ne doit pas s’engager dans une logique visant à abriter des personnes dans des camps de fortune. L’un des résidents, intervenant au micro de Radio Télé Pacific, a souligné qu’ils n’ont aucun problème avec les habitants de la Plaine ni ceux de Cité Soleil. Toutefois, ils jugent irresponsable que des autorités de l’État cherchent des espaces pour reloger des personnes que des bandits ont contraintes à fuir leurs quartiers. Dans ce sens, il rappelle que l’une des missions régaliennes de l’État est de garantir la sécurité et de créer de bonnes conditions de vie pour les citoyens, tout en respectant leurs droits. Ainsi, il affirme qu’ils ne sont pas d’accord avec cette décision. En retour, cela a provoqué une situation de tension tout au long de la matinée dans le quartier.
Toutefois, le directeur général de l’Agence nationale des aires protégées (ANAP), Pierre André Gédéon, a apporté des clarifications sur la situation. Selon ses propos, il ne s’agissait nullement d’installer un camp de fortune destiné à accueillir des déplacés de Cité Soleil ou de la Plaine du Cul-de-Sac, mais plutôt de préparatifs en vue de l’inauguration de la place écologique de Morne Garnier, ce 22 mai marquant la Journée mondiale de la biodiversité. Il a ajouté que cette place écologique constitue une aire protégée qui ne peut être occupée de manière anarchique ni faire l’objet de constructions illégales. Le responsable de l’ANAP a profité de l'occasion pour appeler les résidents de Canapé-Vert au calme, assurant qu’il n’est nullement question d’héberger des déplacés dans cette zone.
Par contre, les habitants de Canapé-Vert affirment rester vigilants afin de contrer toute décision de l’État visant à établir un camp pour personnes déplacées dans leur quartier. Selon eux, les autorités de l'Etat ne prennent aucune mesure pour contrôler la situation sécuritaire dans le pays. Ainsi, Ils estiment qu’il est inacceptable que les gens ne puissent pas vivre dans leurs propres maisons et soulignent l’urgence d’instaurer la stabilité ainsi qu’un État capable de répondre aux besoins de la population.
Pour rappel, les récents actes des bandits dans la Plaine du Cul-de-Sac ont déjà causé plusieurs milliers de déplacés et des centaines de morts. Une situation qui interpelle les acteurs de la communauté internationale, notamment les Nations unies, qui ont déjà dressé un bilan et dénoncé ces violences. En conséquence, les autorités haïtiennes ont annoncé travailler à la reprise du contrôle de la zone. Cependant, cela reste un défi majeur compte tenu de l’ampleur de l’insécurité dans le pays, où plus de 80 % de la région métropolitaine est déjà sous l’emprise de groupes armés.
Oberde Charles
