Il est rare qu’il se passe une semaine sans qu’on ne recense un kidnapping ou un assassinat en pleine rue même si la Police nationale fait des efforts pour déployer ses effectifs à Port-au-Prince. La présence policière a toujours eu un effet dissuasif, c’est vrai. Mais avec cet urbanisme sauvage que nous connaissons, le quadrillage de la zone métropolitaine est chose malaisée.
Un vieux dicton bien de chez nous dit se pa lè kabrit lan sòti pou w ap rele fèmen baryé. Les spécialistes en question de sécurité vous diront que la prévention est le plus sûr moyen de contrer des mauvaises actions qui, si elles sont commises, font des dégâts que certainement la punition des criminels ne pourra réparer. D’où la nécessité pour un État, pour une communauté de se doter de services de renseignements efficients capables de recueillir des informations permettant de prévenir crimes, attentat et toute autre action attentatoire à la sécurité privée et publique.
Nous entendons déjà les hurlements de certains directeurs d’opinion qui dès qu’il est question de constituer de vrais services de renseignements, sèvis siveye rapòte, alertent au retour de la dictature. La triste période de la dictature duvaliériste a causé des torts immenses à notre pays et aujourd’hui encore nous en payons le prix. Mais cela ne doit pas laisser en nous des séquelles dans le mental qui nous portent à détruire tout ce qui peut permettre à un État de fonctionner et de se protéger. Si la dictature s’est servie du renseignement pour ses sombres desseins, toute démocratie pour se protéger se doit aussi d’avoir à sa disposition des services devant la protéger contre ceux qui veulent la déstabiliser afin d’immobiliser la société dans ce carrefour où nous sommes justement actuellement.
Les délinquants politiques et aussi économiques, légions sous nos cieux, ont bien vite saisi tous les avantages à tirer de ces idées pseudo-gauchistes visant à dépouiller l’État de tous les éléments nécessaires à son fonctionnement pour le bien de la communauté. Il faut travailler à déployer et à imposer une nouvelle idée de l’exercice du pouvoir chez nous qui fait du bien public, de la sécurité privée et publique, du bien-être économique de la nation, l’objectif unique de la gouvernance. Il faudra que la société comprenne alors qu’il est dans son intérêt que la compétence soit valorisée et qu’elle interdise à la médiocrité de siéger dans des lieux où elle n’a rien à y faire et d’aller gueuler sur des ondes de médias trop laxistes. C’est seulement à ce moment que nos institutions et des services de renseignements pourront fonctionner efficacement et faire obstacle aux menées des délinquants.
Nous payons les conséquences d’un ensemble de pensées perverses souvent nées d’un traumatisme persistant causé par la période dictatoriale. Il faut que nous tirions les leçons de toutes ses erreurs si nous voulons reprendre la route. Sinon nous nous embourberons davantage à la grande satisfaction des pécheurs en eaux troubles.
Gary VICTOR
