Après une longue période d’observation, la population haïtienne est sortie de son silence. À Port-au-Prince et dans diverses villes de province, un vent de panique a soufflé durant la journée du lundi 22 août 2022. Des barricades, y compris de pneus enflammés, étaient dressées partout. L'objectif de ce mouvement était de protester contre la cherté de la vie, la rareté du carburant, l'insécurité et l'immixtion du Core Group dans les affaires du pays. Au premier bilan, un mort et plusieurs blessés par balle sont recensés.
Critiquée pour son silence vis-à-vis de la situation intenable dans le pays, une bonne partie de la population haïtienne s'est réveillée ce lundi. Dans les rues, une foule composée de jeunes citoyens, de militants affiliés à diverses organisations et partis politiques ont foulé le macadam pour dénoncer leurs mauvaises conditions de vie. «Tous nos droits sont violés. Le carburant qu'on utilise pour le transport en commun n'est plus à notre disposition. Une partie du secteur privé et des membres du gouvernement prennent en otage le pouvoir. Ils dirigent tout et déstabilisent le pays», a martelé l’un des manifestants.
Tiblan un militant du Champ-de-Mars était au rendez-vous. Ce jeune d’une vingtaine d’années, qui dit avoir dédié sa vie aux causes de la nation, explique que sa présence dans les rues vise à dénoncer les abus de la communauté internationale sur Haïti. «La France, le Canada, les États-Unis sont les pires ennemis du pays. C'est à travers un tweet que le Core Group a donné le pouvoir au Premier ministre Ariel. Ils savent très bien que le locataire de la Primature ne gère rien, il ne peut rien faire et n'est pas compétent pour établir l'ordre et la sécurité dans le pays», a témoigné le militant.
En outre, ce mouvement a créé beaucoup de panique au niveau des rues de la capitale haïtienne. À Canapé-Vert, Bourdon, Lalue, à Delmas, la circulation des automobiles reliant diverses artères de la zone métropolitaine a été interrompue. Les riverains ont érigé des barricades et dressé des pneus enflammés en vue de faire passer leurs frustrations. Jeannine, l'une des participantes à cette journée de manifestation, déclare qu'elle fait face au quotidien à la cherté de la vie et de l'insécurité. «Nous vivons sous le merci du Bon Dieu. Le taux de l'inflation tire son pic et entrave notre quotidien. Nous vivons sans aucun espoir pour demain, ce sont les bandits qui font la loi», a-t-elle confié.
Néanmoins, les manifestants qui voulaient rallier Pétion-Ville à partir du Champ-de-Mars ont dû affronter les bonbonnes de gaz lacrymogène tirées par les forces de l'ordre au niveau de Delmas où ils se sont dispersés, dans un premier temps. Avec le support des motards, la manifestation s’est tout de suite renforcée. Les protestataires ont atteint la commune de Pétion-Ville tel qu'ils l'avaient prévu. L'objectif du mouvement était de dénoncer la cherté de la vie, la rareté du carburant et les conditions économiques précaires bien avant la réouverture des classes.
Parallèlement, certains d'entre eux ont appelé à la démission du Premier ministre Ariel Henry. Ils soutiennent que le neurochirurgien n'est pas en mesure de donner une réponse aux problèmes structurels qui ravagent le pays. « Il doit laisser le pouvoir », ont-ils scandé!
Oberde Charles
