En Haïti, la traite et le trafic des personnes prennent diverses formes. Ces dernières années, des enfants continuent d’être exploités comme domestiques (restavèk), d'autres sont enrôlés dans des groupes armés, tandis que le trafic de personnes reste actif sur plusieurs points frontaliers entre Haïti et la République dominicaine. C’est ce qu’a dénoncé le Groupe d’Appui aux Rapatriés et Réfugiés (GARR), à l'occasion de la journée internationale contre la traite des personnes. Sam Guillaume, responsable de communication de l’organisation, affirme qu’un plaidoyer fort est nécessaire pour éradiquer ces pratiques qui existent depuis belle lurette au sein de la société haïtienne.
Quelques jours avant la Journée internationale contre la traite des personnes, célébrée le 30 juillet, le GARR a organisé un forum réunissant plusieurs représentants d’organisations de défense des droits humains et de la société civile. L’objectif était de les sensibiliser sur l’urgence de lutter contre la traite et le trafic des personnes en Haïti. « Les participant.e.s ont échangé autour du cadre juridique existant en Haïti et à l’international concernant la lutte contre la traite. Ils ont également discuté du rôle des différents acteurs impliqués dans le système de protection contre ces pratiques. En atelier, ils ont analysé des cas pratiques, mettant en lumière les nombreux défis liés à la faiblesse des institutions, au manque de ressources pour la prévention, ainsi qu’aux freins culturels », a expliqué Sam Guillaume.
Cette année, la journée est commémorée autour du thème : « La traite des êtres humains est un crime organisé – En finir avec l’exploitation », selon les Nations Unies et leurs partenaires. D’après eux, le trafic d’êtres humains alimente de nombreux actes criminels dans le monde, affectant principalement des migrants, des enfants ou des jeunes en situation de vulnérabilité. Ces victimes sont souvent contraintes de participer à des activités illégales telles que le vol, le trafic de drogue ou d’autres formes de criminalité organisée. Pour y faire face, l’ONU appelle à une mobilisation collective afin de combattre l’exploitation humaine et de sanctionner sévèrement les auteurs de ces crimes. « Pour démanteler ces réseaux, il est essentiel de se concentrer sur l’identification des victimes et sur une justice protectrice envers les survivants. Les gouvernements, la société civile et les acteurs internationaux doivent renforcer les systèmes juridiques, soutenir la réintégration des victimes et faire respecter le principe de non-sanction », souligne un message publié par l’OIM (Organisation Internationale pour les Migrations) à l’occasion de cette journée.
De son côté, Sam Guillaume insiste sur la nécessité de multiplier les campagnes de sensibilisation à destination de la population haïtienne afin de mieux faire face au phénomène. « À travers ce forum, nous avons échangé avec plusieurs organisations, organisé des ateliers et mobilisé divers acteurs dans la lutte contre la traite des personnes dans le pays. Nous espérons que les réflexions menées aboutiront à des documents et des données utiles pour alimenter notre plaidoyer et renforcer notre combat contre ce fléau présent dans les zones frontalières et au sein même de la société haïtienne », a-t-il déclaré.
Concernant le suivi de ces efforts, le représentant du GARR appelle à une pression accrue sur les autorités haïtiennes pour mettre fin à la traite des personnes dans le pays. Il plaide en faveur d’actions concrètes visant à éliminer toutes les formes d’exploitation, notamment le recrutement d’enfants par des gangs, le travail domestique imposé, ou encore les départs illégaux basés sur de fausses promesses et des actes d’escroquerie. Pour y parvenir, il souligne la nécessité d’améliorer les conditions de vie des citoyens, afin qu’ils puissent vivre en sécurité et dans la dignité. D’après les intervenants au forum, un climat politique stable, une confiance renouvelée envers les autorités, ainsi qu’un État engagé dans l’investissement social constituent des leviers essentiels pour éradiquer la traite des personnes en Haïti.
Oberde Charles
