Le président du Conseil présidentiel de transition, Fritz Alphonse Jean, a dressé un tableau sans détour de la situation chaotique dans laquelle se trouve Haïti. Lors d’une interview avec des medias étrangers, il a appelé à des réformes urgentes, dénonçant la criminalité transnationale, l’impunité judiciaire, et l’infiltration de l’État par des intérêts privés puissants.
Selon M. Jean, l’insécurité galopante qui paralyse le pays ne résulte pas du hasard. « Le chaos que vit actuellement le peuple haïtien ne tombe pas du ciel. Il est le fruit d’un processus destructeur amorcé depuis plus de vingt ans. » Le coordonnateur du Conseil présidentiel insiste sur le rôle de la criminalité transnationale dans la prolifération des armes. Il affirme que les jeunes qui tiennent des armes aujourd’hui ne les ont pas achetées eux-mêmes, elles leur ont été données, soulignant des réseaux de distribution bien organisés.
Pour lutter contre ce phénomène, Fritz Alphonse Jean appelle à la mise en place de dispositifs concrets et durables, notamment en renforçant le contrôle aux frontières et la surveillance des flux d’armes. Il a plaidé pour une collaboration plus étroite entre Haïti et la communauté internationale afin d’identifier et de neutraliser les sources d’approvisionnement du banditisme.
Parallèlement, le président du CPT a dénoncé « une relation incestueuse » entre l’État, le secteur privé et certaines élites politiques. Il accuse ces acteurs d’avoir privé l’État de ses ressources, facilitant ainsi l’effondrement des institutions publiques et la montée des groupes armés.
« Ils ont utilisé les jeunes comme chair à canon pour protéger leurs intérêts. Ces jeunes sont devenus des gangs au service de causes personnelles », a-t-il lancé.
Fritz Alphonse Jean n’a pas épargné le système judiciaire, qu’il estime être tombé sous l’influence de ceux-là mêmes qui devraient être poursuivis.
Dans un geste fort en faveur de la transparence et de la redevabilité, le Conseil présidentiel de transition, accompagné du ministre de l’Intérieur Paul Antoine Bien-Aimé, du directeur de la DGI Me Romuald Petit, et du directeur des Douanes Julcène Edouard, a procédé à l’inauguration d’un centre d’appel national. « Désormais, tout citoyen pourra appeler gratuitement le 105 pour signaler un acte de corruption, une injustice ou un dysfonctionnement administratif. Ce centre d’appel est le début d’un processus pour rétablir la confiance entre l’État et les citoyens », a expliqué Fritz Alphonse Jean.
Vladimir Predvil
