À l’approche du 7 février 2026, le Bureau des Avocats.es Internationaux (BAI) appelle la population haïtienne à transformer le conflit ouvert entre la Primature et le CPT en une opportunité historique pour imposer un changement réel et irréversible dans le pays.
Selon l’organisation, Haïti traverse l’une des périodes les plus sombres de son histoire. S’exprimant sur cette situation lors d’un entretien téléphonique accordé au journal *Le National*, Me Gesnel Pierre, co-directeur du BAI, dresse un constat sans appel.
« La situation actuelle est le résultat d’une véritable dégénérescence de la société. Il s’agit d’une crise multiforme qui touche tous les secteurs, et chaque secteur a un rôle à jouer, y compris la communauté internationale et le secteur religieux », souligne-t-il.
Le BAI dénonce par ailleurs une gouvernance marquée par le déni, l’irresponsabilité et le pillage des ressources publiques, pendant que la population meurt de faim et vit sous la menace permanente des gangs.
Pour le BAI, la communauté internationale ne cherche pas réellement à stabiliser Haïti. Si tel était le cas, elle fournirait à la police les moyens nécessaires pour neutraliser les gangs. Au contraire, elle contribuerait au maintien d’un désordre profitable, perpétuant la mise sous tutelle du pays. Les multiples interventions des Nations unies entre 1994 et 2024 auraient contribué à l’effondrement moral, économique et politique de la société haïtienne.
Concernant le CPT et la Primature, le BAI estime que les dirigeants actuels n’ont ni la légitimité ni l’autorité morale pour continuer à agir au nom du peuple.
Les chiffres évoqués sont alarmants : environ 9 600 personnes ont été tuées durant le mandat du CPT, des millions de personnes sont déplacées internes et des milliers de femmes et de filles sont victimes de violences sexuelles. Malgré ce bilan, les autorités chercheraient à prolonger leur présence au pouvoir au-delà du 7 février 2026.
Le BAI dénonce également une corruption systémique, marquée par la dilapidation des fonds publics, le détournement de ressources destinées aux élections et l’adoption de décrets visant à garantir l’impunité des grands commis de l’État.
La classe politique et le secteur privé des affaires sont également pointés du doigt. Selon le BAI, la politique est devenue un instrument d’enrichissement personnel.
La Police nationale d’Haïti, pour sa part, n’est plus perçue comme un rempart pour la population, mais comme un instrument politique au service d’intérêts particuliers. Le peuple haïtien se retrouve ainsi pris en otage par une double forme de banditisme : celui des gangs armés et celui des élites prédatrices.
À l’issue de ces observations, le co-directeur du BAI insiste sur le rôle central du peuple. « Seule la population est en mesure d’imposer un changement réel dans la société, parce que ce sont les citoyens qui souffrent chaque jour », affirme Me Gesnel Pierre.
À l’approche du 7 février, il lance un appel clair à la mobilisation citoyenne. « Nous appelons le peuple à se mobiliser pour parvenir à l’émergence d’un véritable pouvoir, capable d’assurer la sécurité, d’organiser des élections et de répondre aux besoins fondamentaux de la population », déclare-t-il.
Il tient toutefois à préciser la position de l’organisation. « Le BAI ne fera la promotion d’aucune personne, mais nous encourageons la population à prendre position et à assumer pleinement ses responsabilités », conclut-il.
Le BAI estime que le salut du pays repose avant tout sur le peuple haïtien, invité à reprendre sa place dans le destin national et à transformer la crise actuelle en une opportunité de changement profond et durable.
Sorah Schamma Joseph
