Deux mois après avoir pris seul les rênes de l’exécutif, le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé doit produire des résultats concrets, appellent des structures politiques. Entre remaniements administratifs, annonces électorales et crise sécuritaire persistante, le climat reste tendu. Pour Nélus Nérius, coordinateur général de la structure Debloke Ayiti, l’urgence n’est pas dans les discours ni dans l’organisation d’élections, mais dans des actions tangibles capables de répondre à une situation qu’il juge chaotique.
Nommé Premier ministre depuis novembre 2024, Alix Didier Fils-Aimé exerce depuis environ deux mois le pouvoir exécutif sans partage, après la fin de mandat du Conseil présidentiel de transition.
« Malgré cette concentration du pouvoir, les résultats tardent à se concrétiser. Plusieurs décisions ont été prises lors des Conseils des ministres, en terme de structuration de l’appareil étatique, mais leur impact réel reste encore attendu sur le terrain», a fait savoir Nélus Nérius.
Au cours de ces deux derniers mois, le chef du gouvernement a procédé à une série de remaniements touchant les ministères, les directions générales ainsi que certaines mairies. Des révocations et nominations ont également été enregistrées, dans une dynamique de réorganisation de l’administration publique. Toutefois, selon plusieurs observateurs, dont Nélus Nérius, ces changements restent insuffisants s’ils ne s’accompagnent pas de résultats concrets capables d’améliorer les conditions de vie de la population.
La question sécuritaire demeure l’un des principaux défis du gouvernement. Le pays est confronté à une situation qualifiée de délétère, voire chaotique, marquée par la montée en puissance des groupes armés, ajoute-t-il. « Le département de l’Artibonite, notamment, est largement sous l’emprise des gangs. Une réalité qui renforce le climat d’inquiétude et met en évidence les limites des actions entreprises jusqu’ici par les autorités. »
Le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé a affiché sa volonté d’organiser des élections coûte que coûte, avec un processus déjà enclenché par le Conseil électoral provisoire. Cependant, cette démarche ne fait pas l’unanimité. M. Nérius, coordinateur général de Debloke Ayiti, exprime de fortes réserves quant à la faisabilité de ces élections dans le contexte actuel. Selon lui, l’insécurité persistante ne garantit pas les conditions nécessaires à la tenue de scrutins crédibles.
Il va plus loin en critiquant la composition du Conseil électoral provisoire, estimant que certains de ses membres manquent d’honnêteté, de crédibilité, d’indépendance et de transparence. Il dénonce également des nominations basées sur des relations personnelles plutôt que sur des critères objectifs, appelant à un renouvellement de cette structure.
Pour Nélus Nérius, la crise multidimensionnelle que traverse Haïti à la fois politique, sociale, économique et sécuritaire est en grande partie liée aux processus électoraux et aux luttes de pouvoir. Il estime que les cycles électoraux ont souvent été à l’origine des tensions actuelles. Dans ce contexte, il appelle à un changement de cap, insistant sur la nécessité de prioriser la stabilité et la sécurité avant toute consultation populaire.
Vladimir Predvil
