La décision du gouvernement d’ajuster les prix des produits pétroliers à la pompe n’est pas sans conséquence sur le marché local. Désormais, la fixation des prix du carburant entraîne une flambée des coûts des produits de première nécessité, aggravant une situation déjà précaire pour les populations les plus vulnérables.
Sur les marchés, le maïs, le riz, les pois et l’huile entre autres atteignent des niveaux exorbitants. À Pétion-Ville, sous un soleil ardent, Micheline Bellegarde étale ses marchandises dans l’espoir d’attirer des clients. Elle reconnaît que les prix augmentent légèrement, mais affirme maintenir, pour l’instant, les tarifs habituels afin de fidéliser sa clientèle.
Le carburant étant un produit transversal, toute hausse à la pompe se répercute directement sur la vie quotidienne. Originaire de Mirebalais, Micheline raconte le drame vécu dans sa ville natale il y a plus d’un an, lorsque les gangs armés de la coalition Viv Ansanm ont envahi la commune, autrefois paisible et touristique. Pillages, incendies et violences ont réduit à néant ses biens : deux maisons, un commerce florissant et quatre employés. Contraint de fuir, elle a tout perdu, jusqu’à sa carte d’identité.
Grâce au soutien de proches, elle s’est installée au marché de Pétion-Ville, achetant des marchandises à crédit pour financer la scolarité de son enfant en classe terminale. « Laisser deux maisons pour vivre chez des proches, voilà ma réalité », confie-t-elle.
D’autres commerçants partagent la même frustration. L’une d’elles dénonce la pratique des propriétaires de magasins qui, malgré des stocks déjà constitués, augmentent à nouveau leurs prix.
Les consommateurs, eux, critiquent vivement la gestion politique du gouvernement. « Quand les prix des produits pétroliers baissent sur le marché international, les autorités ne les réduisent jamais en Haïti », déplore un citoyen rencontré dans un magasin de Pétion-Ville.
Selon plusieurs habitants, sans ajustement du salaire minimum ni création d’emplois, la fixation des prix du carburant ne devrait pas être envisagée. Ils accusent les dirigeants de privilégier une élite économique restreinte au détriment des classes défavorisées, déjà fragilisées par l’insécurité et la violence des gangs.
La hausse du carburant impacte directement l’éducation, pour l’instant, si les frais de scolaires restent inchangés, le coût du transport explose, alourdissant le budget des familles. La mobilité des élèves et des travailleurs est désormais limitée.
Dans un contexte de chômage élevé et de stagnation du salaire minimum, cette augmentation agit comme une barrière supplémentaire à l’accès à l’école et accentue la cherté de la vie.
Alors que près de 5,4 millions d’Haïtiens souffrent déjà d’insécurité alimentaire, cette nouvelle hausse asphyxie davantage une population vulnérable. Pour plus d’un, les autorités semblent indifférentes au sort des citoyens.
Likenton Joseph
