La localité de Jean Denis, dans la première section communale de Bas-Coursin I, a été le théâtre d’un massacre d’une rare violence dans la nuit du 28 au 29 mars 2026. Selon une enquête du Réseau National de Défense des Droits Humains, des membres lourdement armés du gang Gran Grif, basé à Savien, ont attaqué la population civile, faisant des dizaines de morts et des milliers de déplacés.
D’après les données recueillies par l’organisation de défense des droits humains auprès d’autorités locales, d’organisations de la société civile et de témoins, au moins 70 personnes ont été tuées, dont 53 formellement identifiées. Le bilan fait également état d’une personne disparue, d’une trentaine de blessés et d’au moins 23 maisons et commerces incendiés. La violence de l’attaque a contraint 5 291 habitants à fuir leur domicile, dans une panique généralisée.
Le RNDDH affirme que ce drame aurait pu être évité. « Depuis plusieurs semaines, des rumeurs persistantes faisaient état d’une attaque imminente dans la zone. Pourtant, aucune intervention préventive n’a été menée par la Police nationale. »
De plus l’organisation rappelle qu’elle avait, dès le 22 décembre 2025, alerté l’Inspection générale de la Police nationale d’Haïti (IGPNH) sur des cas de connivence entre certains agents de l’Unité Départementale de Maintien d’Ordre (UDMO) et des groupes armés, dont Gran Grif, Kokorat San Ras et les Talibans. Selon ces dénonciations, des policiers auraient vendu des armes, fourni des informations stratégiques et participé à des réseaux de rançonnement. Aucune suite n’aurait été donnée à ces accusations.
Deux hypothèses principales expliqueraient le passage à l’acte du gang armé. La première concerne l’interception, le 10 mars 2026, d’un camion transportant des bœufs suspectés d’avoir été volés. Cette opération, menée par une coalition d’autodéfense locale, aurait permis à plusieurs paysans de récupérer leurs biens, mais certains animaux auraient été revendus, alimentant des tensions.
La seconde hypothèse évoque les saisies répétées d’armes et de munitions destinées au gang, notamment en provenance de Saint-Marc. Ces actions auraient fortement irrité les membres de Gran Grif, qui auraient décidé de riposter en s’en prenant directement à la population, lit-on.
Plus de dix jours après le massacre, le constat est accablant. Le RNDDH dénonce l’absence totale de prise en charge des victimes par l’État haïtien. Les blessés ne bénéficient d’aucune assistance médicale adéquate, les familles endeuillées doivent assumer seules les frais funéraires, et plusieurs corps restent encore dans des morgues à Saint-Marc.
« Ce massacre s’inscrit dans un contexte de dégradation continue de la sécurité dans le département de l’Artibonite. Depuis 2022, plusieurs attaques armées ont été enregistrées, dont le tristement célèbre Massacre de Pont-Sondé. Rien qu’en 2025, au moins 24 épisodes de violences ont été documentés. », souligne le RNDDH.
Pour cause, le RNDDH appelle les autorités haïtiennes à : reprendre le contrôle du territoire national, équiper adéquatement la police dans l’Artibonite, traquer, arrêter et juger les membres des groupes armés, fournir une assistance financière et médicale aux victimes et de procéder au vetting complet de l’UDMO, régulièrement accusée de collusion avec les gangs.
Vladimir Predvil
