La mise en place des deux pôles judiciaires spécialisés continue de susciter de nombreuses réactions au sein des secteurs politique et judiciaire en Haïti. Invité à se prononcer sur le sujet dans une interview accordée au journal Le National, le responsable du Réseau National des Magistrats Haïtiens (RENAMAH), le magistrat Loubens Elysée, a apporté plusieurs précisions sur l’origine, le fonctionnement et les défis liés à ces nouvelles structures judiciaires.
Selon le magistrat, les pôles judiciaires spécialisés sont issus d’une réflexion menée par le RENAMAH à la suite d’un colloque international organisé à l’hôtel Karibe, réunissant des magistrats venant de plusieurs pays. Ces structures ont été conçues afin de se consacrer aux enquêtes et aux instructions liées aux crimes graves, à l’organisation des procès sur les crimes violents ainsi qu’à la lutte contre la criminalité dans la société.
Loubens Elysée souligne également que les magistrats affectés à ces pôles doivent disposer des moyens nécessaires pour accomplir efficacement leur travail. Il précise que les critères de sélection reposent notamment sur les compétences, les qualifications académiques, l’expérience professionnelle et l’intégrité des candidats. Il informe par ailleurs que le Conseil supérieur du pouvoir judiciaire (CSPJ) a déjà procédé au choix d’une première cohorte de magistrats.
Cependant, le responsable du RENAMAH estime que le décret de 2025 encadrant les pôles judiciaires spécialisés présente certaines limites. Il rappelle que ce texte restreint actuellement leur compétence à la juridiction de Port-au-Prince. Une situation qui, selon lui, pourrait réduire considérablement le nombre de dossiers traités par ces structures.
Le magistrat estime qu’il serait nécessaire de modifier ce décret afin d’étendre les compétences des pôles judiciaires spécialisés à l’ensemble du territoire national. Pour lui, cette extension permettrait à ces structures de jouer pleinement leur rôle dans le traitement des crimes de masse et d’autres dossiers sensibles enregistrés dans plusieurs régions du pays.
Concernant la méthode de saisine, Loubens Elysée affirme qu’il ne sera pas difficile pour les dossiers d’arriver devant ces pôles, puisqu’il ne s’agit pas d’une nouvelle juridiction judiciaire. Il précise que le Doyen du Tribunal de Première Instance de Port-au-Prince ainsi que le Commissaire du gouvernement près ce tribunal continueront d’assurer l’administration des dossiers.
Abordant enfin le contexte sécuritaire du pays, le magistrat reconnaît que l’insécurité affecte lourdement le fonctionnement des institutions. Toutefois, il estime que les pôles judiciaires spécialisés peuvent produire des résultats concrets si les autorités acceptent de mettre à leur disposition les ressources humaines et matérielles nécessaires à leur bon fonctionnement. Selon lui, ces structures pourraient jouer un rôle important dans le traitement des dossiers liés aux crimes de masse en Haïti.
Sorah Schamma Joseph
