À l’occasion du 31e anniversaire de la Police nationale d’Haïti (PNH), célébré le 12 juin dernier, le Réseau national de défense des droits humains (RNDDH) a publié un rapport alarmant dressant un état des lieux de l’institution policière. Le document met en lumière les défis sécuritaires, logistiques et humains auxquels fait face la PNH dans un contexte marqué par l’expansion des gangs armés et l’affaiblissement de l’autorité de l’État.
Selon le rapport, la période allant de juin 2025 à juin 2026 a été particulièrement éprouvante pour l’institution. Alors que les groupes armés ont poursuivi leur progression dans plusieurs départements du pays, notamment l’Artibonite, le Centre, l’Ouest et le Sud-Est, la police a dû multiplier les interventions dans un environnement de plus en plus hostile. Cette situation a contribué à une aggravation de la crise humanitaire et à de nouveaux déplacements forcés de populations.
Le RNDDH souligne que les affrontements répétés entre les forces de l’ordre et les gangs armés ont fortement sollicité les ressources humaines et matérielles de la PNH, réduisant sa capacité à assurer efficacement ses missions de sécurité publique sur l’ensemble du territoire national.
Le bilan humain demeure particulièrement lourd. Trente-cinq policiers ont été assassinés au cours de la période analysée. Parmi eux, vingt-et-un sont tombés lors d’affrontements avec des groupes armés. Trois autres ont été enlevés puis portés disparus. Ces pertes, combinées aux nombreux départs de policiers vers l’étranger, ont accentué le déficit d’effectifs au sein de l’institution.
Le rapport révèle également que les infrastructures policières continuent de subir les conséquences de l’insécurité. Au moins huit attaques armées contre des postes de police ont été recensées entre juin 2025 et juin 2026. Depuis 2021, quatre-vingt-cinq attaques ont visé des infrastructures policières. Au total, quarante-et-un commissariats et sous-commissariats ont été détruits, endommagés ou désaffectés, tandis qu’au moins six antennes policières ont disparu.
À ces difficultés s’ajoutent les conditions souvent précaires dans lesquelles travaillent les policiers. Plusieurs bâtiments abritant des postes de police sont décrits comme vétustes et délabrés. Les cellules de garde à vue, insuffisamment ventilées et surpeuplées, exposent aussi bien les détenus que les agents à des risques sanitaires importants.
Sur le plan logistique, le RNDDH déplore l’insuffisance de véhicules de service, de blindés, d’armes, de munitions, de moyens de communication et d’équipements de protection individuelle. Cette situation accroît la vulnérabilité des policiers lors des opérations menées contre des groupes criminels lourdement armés.
L’organisation de défense des droits humains attire également l’attention sur les conséquences psychologiques et professionnelles de ces conditions de travail. Le stress opérationnel, les retards de paiement, l’insuffisance des salaires face à la hausse du coût de la vie et les longues heures de service affectent considérablement le moral des agents.
Malgré ces difficultés, le RNDDH estime que la majorité des policiers ont fait preuve d’engagement et de détermination dans l’accomplissement de leur mission. Toutefois, l’organisation considère que les efforts déployés demeurent insuffisants pour répondre à l’ampleur de la crise sécuritaire actuelle.
Face à ce constat, le RNDDH appelle les autorités haïtiennes à renforcer les capacités de la PNH en mettant à sa disposition les équipements nécessaires, en améliorant les infrastructures policières, en renforçant les services de renseignement et en révisant les conditions de travail des agents. L’organisation recommande également une meilleure gestion des ressources humaines et matérielles afin d'assurer une réponse plus efficace aux défis sécuritaires auxquels le pays est confronté.
Vladimir Predvil
