Rivée derrière un écran, aux côtés d’un monteur mobilisé à son service, Marie Sandra Duvivier donne les dernières directives d’un travail qu’elle souhaitait irréprochable. Méticuleuse, aguerrie, elle ne laisse passer aucune faille. Bien que son travail, depuis plusieurs mois, dépasse largement le cadre technique, la présidente de restructuration de la RTNH garde un œil vigilant sur les dossiers sensibles tout en transmettant son expertise aux jeunes professionnels du média audiovisuel d’État.
Professionnelle dans le domaine de l’audiovisuel depuis plus de 30 ans, elle a dû, en 2025, mettre sa carrière entre parenthèses pour voler au secours des médias d’État, dont la restructuration ne pouvait plus attendre. D’ailleurs, son sens patriotique l’a, tout au long de sa vie, guidée dans ses choix les plus difficiles. Alors que le pays se vidait de la grande majorité de ses professionnels qualifiés, Sandra a essayé, elle aussi, de partir. Mais elle n’a pu tenir plus de deux mois. Son cœur était resté attaché à sa terre natale. Aventureuse dans l’âme, elle a exploré les dix départements du pays, ce qui lui a valu une connaissance remarquable des différentes cultures régionales et des réalités humaines, tout en renforçant davantage son lien avec Haïti. Pour elle, vivre à l’étranger serait comme s’emprisonner.
Loin d’être une patriote passive, Sandra croit en l’entraide et au social, des valeurs héritées de sa mère. Elle répond présente lorsqu’on la sollicite ou lorsque son apport se révèle nécessaire. Elle prête gratuitement ses services à plusieurs associations dans la capitale, dont le Rotary Club de PV. Son intérêt pour l’audiovisuel s’est manifesté dès son enfance. Elle nous raconte se chamailler souvent avec ses neuf frères et quatre sœurs pour le contrôle du téléviseur familial. Au fil des ans, elle est passée de téléspectatrice à camérawoman amateur. L’un de ses frères, en achetant une petite caméra, a sans le savoir nourri son intérêt grandissant pour cet univers. Elle réalise ainsi ses premières images et noue peu à peu une véritable passion avec la caméra.
À la fin de ses études classiques au collège Saint-François d’Assise, ses idées étaient déjà arrêtées. Elle savait qu’elle voulait poursuivre des études dans le domaine de la télévision. Un choix catégoriquement refusé par ses parents. Elle entreprend alors des études d’informatique au « Collège de comptabilité, d’informatique et de gestion » et, parallèlement, des études de communication à la « Faculté des sciences humaines de l’Université d’État d’Haïti ». Sans abandonner son ambition, elle poursuivait ses activités. Elle couvrait des événements sociaux, intègre par la suite l’agence de production « Mancuso Production » et prend ainsi ses marques comme professionnelle. Plus tard, elle obtient une bourse de l’ambassade de France en Haïti et part à la conquête définitive de son rêve à « l’Institut national de l’audiovisuel ». De retour au pays, la native de Port-au-Prince prête ses services à plusieurs agences de production et chaînes de télévision de la capitale telles que Tempo Vidéo, Télémax, etc. En 2006, elle cofonde avec la réalisatrice Maryse Jean-Louis l’agence de production « Objectif », axée sur la réalisation de documentaires et de publicités.
Au gré du temps, la réalisatrice s’est vouée corps et âme à son métier, couvrant des sujets originaux et novateurs. Son principal objectif, dit-elle d’une voix enjouée, est de mettre les doigts là où les autres n’osent pas. Bien qu’elle s’estime chanceuse d’exercer un métier qui la passionne, Sandra reconnaît avoir manqué de courage pour s’impliquer davantage dans la vie publique en Haïti. Femme de conviction et fidèle à ses valeurs, elle compte désormais rectifier le tir et militer pour la reconnaissance officielle et légale des métiers de l’audiovisuel en Haïti. Sa passion, son engagement et sa résilience lui ont valu, en mai dernier, le prix de reconnaissance professionnelle du Rotary Club de PV, une distinction très sélective et exigeante quant aux accomplissements des récipiendaires.
Derrière cette professionnelle admirée pour s’être frayé un chemin bien à elle dans un milieu longtemps réservé aux hommes, se cache une femme humble. Sandra ne se vante pas de ses accomplissements. Elle en parle d’un ton posé, comme si elle parlait de la météo. Elle est aussi cette femme pragmatique et responsable qui pèse chacun de ses actes. Ni mari ni enfant, elle a d’abord fait le choix de ne pas procréer, jusqu’à ce que le temps s’en charge définitivement à sa place. Elle confie avoir été trop occupée par sa carrière et avoir trop aimé voyager pour pouvoir rendre un enfant heureux. Et pour elle, il était impensable de faire souffrir un enfant qui n’a pas demandé à naître. Sans l’ombre d’un doute, elle ajoute dans un rire joyeux que si l’occasion se présentait à nouveau, elle prendrait encore la même direction. L’ancienne élève de chez les sœurs fait partie de ceux pour qui une vocation donne son sens à toute une vie. Au fil des années, elle a essuyé les échecs, contourné les obstacles et poursuivi son rêve avec ténacité. Aujourd’hui à la tête des médias publics, la numéro un des médias d’État invite les jeunes à ne jamais rien prendre pour acquis, mais à toujours travailler pour mériter leur place.
Odca Valcourt
