Le défenseur haïtien explique vivre un rêve éveillé avant de disputer la Coupe du Monde, que son pays va retrouver après 52 ans d'absence.
La lutte fait partie de l’histoire d’Haïti. Sans lutter, le pays ne serait pas devenu l’une des premières nations indépendantes de toutes les Amériques, et ne se serait probablement pas non plus qualifiée pour la Coupe du Monde de la FIFA 2026™.
En raison de l'instabilité dans le pays, la sélection haïtienne a dû disputer à Curaçao ses matches de qualifications "à domicile". Malgré tout, l’équipe a trouvé suffisamment de ressources afin de se qualifier à la Coupe du Monde pour la première fois depuis 52 ans, une prouesse qui a rempli de fierté le défenseur Ricardo Adé.
"L’une des choses qui font de vous un Haïtien, c’est de savoir que toute la vie est un combat", déclare le défenseur à FIFA. "Les choses n’ont jamais été faciles, mais ce qui nous caractérise, c’est l’espoir que les choses vont changer et que nous pouvons nous battre pour ça."
"Nous avons joué tous les matches de qualifications loin de chez nous, mais nous avons tout de même ressenti l’enthousiasme de notre peuple, une bonne énergie. Ce sera pareil pour la Coupe du Monde. C’est merveilleux de savoir que nous avons cette opportunité d’apporter du bonheur à ce peuple. C’est une grande responsabilité, mais nous l’assumons avec beaucoup d’amour et de respect."
Conquise le 18 novembre, date connue sous le nom de "Jour de la Victoire" en Haïti, la qualification pour la Coupe du Monde a été obtenue dans la douleur. La Coupe du Monde exigera encore plus de sacrifices de la part des Grenadiers. Haïti a été placé dans le Groupe C, aux côtés du Brésil, de l’Écosse et du Maroc. Les insulaires auront donc l’un des tableaux les plus compliqués de toute la compétition. "La vie de mon peuple a toujours été comme ça. Haïti a toujours été obligé de se battre, et ce sera pareil en Coupe du Monde. L’important était d’arriver à la Coupe du Monde. De toute façon tous les groupes seront difficiles, c’est cela la Coupe du Monde. Nous sommes dans un groupe très compliqué, mais nous avons nos arguments. C’est un processus et nous avançons pas à pas."
Si l’histoire d’Haïti est marquée par l’adversité, Ricardo Adé peut en dire autant de son propre parcours footballistique. Avec ses rêves et ses frustrations, ses allers et retours, le défenseur a quitté son pays pour jouer en Thaïlande, aux États-Unis, et n’a réussi à signer son premier contrat professionnel qu’à l’âge de 26 ans, avec le club chilien de Santiago Morning. Depuis, sa carrière a pris un tournant, notamment après son arrivée en Équateur où, depuis 2023, il défend les couleurs de LDU Quito.
«Quand je suis arrivé en Équateur, j’ai senti que j’avais trouvé mon endroit préféré au monde, ma deuxième maison. Je suis loin de ma famille, tout en travaillant pour eux et pour moi. Je suis très heureux. J’ai trouvé ma place dans le monde et j’en profite pleinement.»
Parmi les futurs adversaires d’Haïti en Coupe du Monde, le Brésil occupe une place particulière dans les souvenirs d’Adé. Il n’avait que 14 ans lorsque la Seleção de Ronaldinho, Ronaldo et Roberto Carlos, s’était rendue à Port-au-Prince pour disputer un match amical contre la sélection haïtienne.
La rencontre avait été baptisée "Match pour la paix" et s’inscrivait dans le cadre d’une campagne pour le désarmement en Haïti. Malgré une défaite 6-0 sur le terrain, ce match a laissé de beaux souvenirs à Ricardo Adé.
"J’étais encore petit, mais je me souviens parfaitement avoir vu ce match à la télévision. Nous sommes très fans du Brésil, de l’Argentine... Quand ces pays jouent, c’est une fête. Les gens sont descendus dans la rue pour célébrer", se souvient-il.
"Mon rêve était d’être sur le terrain et de partager cela avec ces joueurs qui avaient déjà fait leurs preuves et évoluaient dans des championnats importants. J’espère avoir la chance de vivre cela contre un pays comme le Brésil cette année. C’est incroyable. Je suis béni par Dieu. Les mots me manquent, je ne sais pas comment expliquer. C’est très fort émotionnellement." Adé n’a pas pu devenir professionnel à temps pour partager l’aire de jeu avec Ronaldo et Ronaldhino, mais il est fier d’avoir affronté un autre joueur qui figure parmi les plus grands de tous les temps. En 2018, avant la Coupe du Monde, l’Argentine a affronté Haïti lors d’un match amical au stade de La Bombonera. Le défenseur a tout donné sur le terrain, mais n’a pas pu empêcher Lionel Messi de vivre une soirée typique pour lui à Buenos Aires. Avec trois buts et une passe décisive, le numéro 10 avait largement contribué à une victoire écrasante (4-0) de l’Albiceleste.
"Jouer à ce niveau, devant autant de monde à La Bombonera, avec Messi et [Sergio] Agüero sur le terrain, c’était comme vivre un rêve les yeux ouverts. J’ai encore cette image en tête, cette photo que tout le monde a vu, où je suis par terre avec l’un de mes coéquipiers. Mais bon, c’est Messi, c’est ce qu’il fait. Ç’a été magnifique de jouer contre eux." "C’est aussi ce qui fait la beauté de la Coupe du Monde. Nous allons affronter des équipes composées de grands joueurs et nous allons nous battre." Le tirage au sort a déterminé les trois premiers adversaires d’Haïti, mais si Adé pouvait choisir un autre joueur à ajouter à son "album photos", ce serait un footballeur dont l’équipe n’a pas été versée dans le Groupe C : "Cristiano Ronaldo. C’est mon idole, un joueur que j’apprécie beaucoup. Son histoire parle d'elle-même, tout ce qu'il a accompli. Il travaille énormément. Je suis pareil."
Parmi tous ses rêves, Ricardo Adé compte les jours avant de vivre quelque chose qui, pendant longtemps, lui a semblé si loin de la réalité. Le 13 juin à Boston, lorsque Haïti entrera sur le terrain pour affronter l'Écosse lors de son premier match de la Coupe du Monde de la FIFA, tout un pays sera représenté par 11 joueurs. Plus que le jeu, on verra la force, la beauté et l'unité d'une nation qui ne cesse jamais de se battre.
"Quand l'hymne retentira, tout le pays sera là, sans exception. Le simple fait d'être sur le terrain et de chanter l'hymne, cela me donne toujours des frissons", explique le joueur qui a brièvement évolué aux États-Unis, sous le maillot de Miami United. "Imaginez cela lors d'une Coupe du Monde... Le football est la seule chose qui peut redonner le sourire à ces gens, qui ont tant souffert." "Mon rêve est, comme dans tous les pays, de pouvoir jouer un match à domicile avant la Coupe du Monde pour fêter ça. Pourquoi, après 52 ans, ne pourrions-nous pas revoir cette image ? Je sais que tout le pays sera avec nous. Nous savons ce que nous représentons et nous allons bien faire les choses."
Source: FIFA
