Donner du sens et un socle à l'un des plus influents symboles rassembleurs qui manque terriblement à notre nation, s’impose comme un acte à la fois politique et patriotique, visionnaire et vertical pour tous les hommes et les femmes d'État, qui souhaitent laisser une trace solide dans l’imaginaire collectif. Le pays, à travers l'ENARTS, a déjà produit plusieurs grands noms dans la sculpture et les arts plastiques ? Une belle occasion pour construire de nouveaux ateliers, et des nouvelles fonderies pour la fabrication et la restauration des grands monuments pour la République ?
Dans ce contexte de grande mobilisation mondiale, autour du sport national avec la tenue de la phase finale de la coupe du monde de football 2026, dans trois pays, je m’autorise une fois de plus, et non de trop, à renouveler ce plaidoyer pour la création de nouveaux monuments imposants qui doivent rénover les espaces publics des villes du pays. Ce pari vise autant à rendre hommage aux anciennes vedettes, et à honorer les plus jeunes talents dans les différents secteurs et les champs tels l'éducation, la culture, la science, les métiers techniques, et pourquoi pas dans le sport national que représente le football masculin et féminin ?
Un monument pour encourager les sportifs: le Footballeur inconnu ?
Dans l’érection de ce monument dédié au Footballeur inconnu, Haïti va certainement s’inscrire dans une démarche de valorisation culturelle, de cohésion sociale et de projection positive de la jeunesse. Dans un pays où le football constitue l’un des rares langages universels, transcendant les classes sociales, les régions et les clivages politiques, un tel monument deviendrait un symbole fédérateur. Il honorerait non pas une star précise, une figure connue qui pourrait provoquer certaines divisions ou critiques dans un camp ou dans un autre, mais tous les jeunes joueurs anonymes, ceux qui rêvent, s’entraînent, échouent, recommencent, et portent malgré tout l’espoir d’un pays en quête de modèles inspirants.
Désolé si je persiste dans cette volonté renouvelée et renforcée de faire avancer ce chantier national. Je tiens à vous rappeler qu'il y a une nécessité évidente dans le contexte actuel, pour le pays de créer des repères visuels et culturels capables de renforcer l’imaginaire collectif haïtien. Un peuple sans symboles visibles est un peuple qui peine à se projeter. Le monument du Footballeur inconnu, dans la même vision du Marron Inconnu, s’inscrit exactement dans cette logique, qui vise à matérialiser la résilience, la discipline, l’effort, le courage, la combativité et la créativité de nos fiers Grenadiers et Grenadières d'hier et d'aujourd'hui. Autant des valeurs essentielles qui peuvent servir à reconstruire la nation.
Une opportunité de développement urbain et touristique
Derrière sa dimension symbolique, le monument représente un levier concret de développement urbain. Placé dans un espace public stratégique, dans l’une des villes à forte attraction populaire, qui pourrait avoir un lien avec l’un des anciens talents ou futurs buteurs décisifs, il pourrait devenir un point d’attraction touristique, un lieu de rassemblement, un espace de mémoire et d’animation culturelle.
Dans le site qui sera retenu, les ingénieurs et urbanistes, les architectes et les décorateurs vont certainement profiter du mur principal de la place publique, de la clôture et d’autres pans pour inscrire des messages illustratifs comme des noms de clubs de football, des noms des vedettes issues de toutes les générations, et d’autres informations pertinentes qui doivent rappeler aux jeunes et aux passionnés du football dans le pays, les grands rendez-vous à préserver et à renouveler dans l’avenir. Cette visibilité servira d'appel à la conscience collective et de rappel pour la promotion de l’intelligence sportive dans le pays.
D'un autre côté, ce parcours pourrait également inclure des fresques murales, des mini-musées de quartier, des terrains réhabilités, et des espaces de formation sportive.
Un monument à fort impact social : pour la jeunesse, l'éducation et la prévention de la violence ?
Dans un contexte où de nombreux jeunes se retrouvent sans encadrement, sans loisirs structurés et exposés à la violence, un monument dédié au football peut devenir un outil éducatif et social. Il servirait de point d’ancrage à des programmes communautaires : tournois interquartiers, ateliers de leadership, formations en arbitrage, conférences sur la discipline sportive, etc.
Défendre la place de l’art dans les villes en Haïti s’impose comme une urgence à la socialisation de nos jeunes. Il est venu le temps de rappeler que l’art public doit être utile en tout premier lieu. Il ne s’agit pas seulement d’ériger une statue, mais de créer un écosystème d’activités autour d’elle. Par exemple, un partenariat avec la Fédération Haïtienne de Football (FHF) pourrait permettre d’organiser chaque année une Semaine du Footballeur inconnu, qui deviendra célèbre éventuellement à l'avenir. Cette activité sera dédiée à la découverte de talents locaux. Des écoles pourraient y participer, renforçant ainsi le lien entre sport, culture et éducation.
Durant les années antérieures, plusieurs concours de dessins ont ete organisés dans le cadre des cours d’arts plastiques dispensés dans les classes secondaires. Plusieurs élèves se sont amusés en se lançant dans des recherches autour des monuments sportifs dans d'autres pays. Parallèlement, ces derniers étaient invités à concevoir des croquis de monuments, à dessiner d’autres modèles de monuments destinés aux villes d'Haïti. De belles collections d'œuvres d’art, uniques, originales et inédites ont été réalisées dans cette démarche. Autant rappeler que l’importance et la stratégie d'interdisciplinarité et d’interconnexion entre les créations artistiques, animations culturelles et les performances sportives.
Un plan d’action pour la réalisation du monument ?
De la phase de conception artistique à l'inauguration officielle, il serait possible de formaliser cette démarche par le lancement d’un concours national pour sélectionner le sculpteur ou l’équipe artistique. Les ministères: de la Culture et de la Communication, à travers l'Ecole nationale des Arts (ENARTS) et l'ISPAN ; celui de la Jeunesse et des Sports et de l'Action civique ; le ministère de l'Education nationale et de la Formation professionnelle ; celui de l'Intérieur et des Collectivités territoriales ; et pourquoi pas le ministère des Haïtiens vivants à l'Etranger, en misant sur le poids culturel, sportif et économique de la diaspora dans le football national seraient tous invités à mobiliser leurs ressources afin de donner corps à cette oeuvre majeure et populaire.
De quel chef de gouvernement viendra le prochain signal, pour lancer ce chantier qui portera son nom depuis le lancement du concours, en passant par le choix définitif du projet retenu, l'étape de la pause de la première pierre, et certainement lors du dévoilement de la plaque en marbre, lors de la cérémonie inaugurale ?
D'autres acteurs importants qui doivent rejoindre cette grande équipe, notamment la Fédération Haïtienne de Football, des sponsors privés issus des secteurs économiques influents tels les télécommunications, les banques et les assurances, la consommation, les industries et le commerce, en dehors des mécènes ou de potentiels candidats, des fondations impliquées dans l'éducation et la culture, et des acteurs de la diaspora haïtienne.
Un monument pour rassembler, inspirer et reconstruire
Dépense durable ou investissement social, la mobilisation de ces ressources pour l’érection du premier monument baptisé le Footballeur inconnu n'est pas un luxe, mais un acte stratégique. Il s’agit de créer un symbole positif dans un pays qui en a cruellement besoin. Pourquoi encourager la création d'une place des sportifs en Haïti, ou toutes les disciplines olympiques disposent d'un monument en dehors du football ?
Dépenser des millions en monnaie locale ou en devise étrangère pour divertir la population c'est bien bon pour la stabilité et la paix pendant un temps. Construire des symboles pour inspirer des reves, pour réinventer la vision collective c'est stratégiquement plus constructif et durable dans l'espace-temps. Ce monument honorerait la jeunesse, encouragerait la discipline sportive, renforcerait l’identité nationale et contribuerait à la revitalisation urbaine. Qui a dit que les nations se construisent aussi par leurs symboles ? Haïti gagnerait ainsi un repère culturel fort, un espace de rassemblement, et un outil de transformation sociale.
Dominique Domerçant
