Pour l’élimination du mémoire de sortie au premier cycle universitaire
Contexte
Le texte du professeur Carly Dollin, en date du 12/20/2023 dans le quotidien Le National,[i] dresse l’inventaire des causes réelles d’un faible taux de diplomation pour confirmer le constat de l’étudiant finissant, Davidson Adrien, démontrant les difficultés auxquelles les étudiants de l’UEH confrontent pour réaliser leur mémoire de sortie.[ii] Cette réflexion qui suit prend le contrepied de leur position pour démontrer que le problème est essentiellement lié à l’exigence du mémoire et au manque de pratique de rédaction. Etant circonscrite dans la période évoquée par le professeur, cette réplique :
I : Relate les quatre obstacles évoqués par le professeur Dollin ;
II : Assimile l’exigence du mémoire à un vœu pieux ;
III : Pointe du doigt la sortie du labyrinthe académique.
Elle conclut en soutenant qu’il n’est pas nécessaire de retarder la sortie des étudiants du moule du premier cycle universitaire avec une exigence académique surannée, surtout que le Régime Académique Commun (RAC) en cours à l’Université d’État d’Haïti (UEH) propose de substituer au mémoire la pratique de rédaction.
I : Les obstacles comme souci du professeur
Reconnaissant que les étudiants n’arrivent pas à boucler leur cycle d’études à temps, il résume les obstacles en ces termes :
- L’étudiant se retrouve pratiquement sans un accompagnement adéquat par manque de professeurs disponibles pour l’assister dans la préparation de son mémoire ;
- L’étudiant sans revenu, qui se voit obligé de rémunérer le directeur de recherche, dans le cas de l’UEH, si ce n’est de l’acheter de certains professeurs, est découragé ;
- Le délai pour boucler le travail de sortie n’étant pas fixé, l’ambiance estudiantine ne s’y prête pas et l’étudiant est plus soucieux de trouver un emploi plutôt que de se consacrer à la rédaction du mémoire ;
- L’étudiant ne peut se tailler un mémoire de bonne facture sans avoir accès à une documentation adéquate.
En effet, selon lui, ce sont des obstacles majeurs qui, contribuant à un faible taux de diplomation, seraient endigués avec des mesures appropriées. Par exemple, il souligne l’importance d’avoir un corps professoral à plein temps adéquatement rémunéré et disponible pour assurer l’apprentissage des étudiants au cours de leur cycle d’études. En conséquence, il en résulterait un meilleur encadrement et un renforcement des cours de méthodologie.
Le souci relatif à l’incapacité de réaliser le travail de sortie rappelle les propos du journaliste Danio Darius en 2008 décrivant l’exercice de « mémoire de sortie comme un calvaire » qui se traduit par un faible taux de diplomation.[iii] Relancer ce débat aujourd’hui dénote que les étudiants ne sont pas encore sortis de l’ornière, malgré deux initiatives qui ont déjà adressé les deux premières causes énumérées par le professeur Dollin. Il s’agit :
- du Programme d'Appui financier à la Recherche (PAFR) lancé en 2005[iv] par le Rectorat de l'UEH qui consistait à offrir une subvention aux étudiants et une prime aux professeurs accompagnateurs ;
- de l’adoption du régime de professeurs à temps plein dans les années 2016-2018.[v]
Cette considération étant faite, est-il plus sensé d’imputer le problème à l’absence d’un délai obligatoire qui porterait les étudiants vers la procrastination ? Autant que ces aspects puissent y jouer un rôle, ils sont accessoires. Même en comblant ces vides en bonne et due forme, avec des accompagnateurs compétents, des subventions financières considérables, des cours de méthodologie bien élaborés, l’accès à jour à la documentation, les étudiants peineraient toujours à terminer leurs travaux de sortie.
II : L’exigence du mémoire, un vœu pieux
Ce qui suit est l’extrait d’un texte justifiant l’élimination du mémoire pour obtenir le grade licence. [vi]
«…Si le mémoire est considéré comme un exercice d’apprentissage à la recherche, il suffit de demander si tous les étudiants sont intéressés à devenir chercheurs ou simplement intégrer le marché du travail. À cette question, le cursus des facultés serait taillé de manière telle à leur permettre d’orienter leurs formations suivant leurs aspirations. C’est un gaspillage en temps et en ressources de certains d’entre eux et de l’UEH d’imposer le mémoire à tous. Au regard de tout ce qui se fait ailleurs, on peut aller plus loin pour questionner la nécessité même du mémoire au niveau de licence où l’étudiant encore dans le processus d’apprentissage des connaissances n’a aucune maturité académique. Un tel travail est aujourd’hui reporté au niveau post-gradué pour être remplacé par des rapports courts qui mettent l’emphase sur l’organisation de la pensée, l’analyse, la cohérence, la créativité, la clarté et la simplicité de la communication.»
De surcroit, fournir des cadres au pays n’implique pas nécessairement une préparation orientée vers la recherche, mais plutôt l’apprentissage des connaissances pratiques, l’organisation cohérente des activités intellectuelles à des fins utiles et la capacité de communiquer clairement ses pensées. Pour ce faire, faut-il nécessairement réaliser un mémoire soutenu par quelques cours de méthodologie principalement à mi-parcours ou en fin de cycle d’études comme exigence académique finale pour l’obtention du grade de licence sans la pratique de rédaction ? Vu sous cet angle, c’est un vœu pieux d’en faire une exigence au risque de ne pourvoir au pays un nombre de cadres suffisants…
Le constat statistique du professeur rejoint celui du texte dont l’essence est reprise ici pour clairement démontrer que l’exigence de mémoire est un ralentisseur du taux de graduation et de diplomation.[vii] En effet, les entités de l’UEH qui n’exigent pas de mémoire de sortie ont un taux de diplomation plus élevé que les autres.
«…Sur la totalité des gradués à l’UEH de 2003 à 2006, il revient de constater que seules les facultés où le mémoire n’est pas requis enregistrent un taux de gradués avec diplômes plus élevé que les autres qui font du mémoire une exigence. En effet, l’INAGHEI (particulièrement avec le département de sciences comptables), et la faculté de médecine et de pharmacie (FMP) sont en tête de liste. Respectivement, en 2003, 2004, 2005 et 2006, l’INAGHEI affiche 37%, 14%, 33% et 30% pendant que la FMP s’y accorde avec 28%, 40%, 22% et 32%. La faculté d’odontologie (FO) qui n’exige pas de mémoire suit le même courant que les deux facultés précitées avec un taux de gradués relativement élevé à 75% près des 25 étudiants qu’elle accueille environ par année…
«..Il est toutefois bon de noter que les autres départements de l’INAGHEI comme la gestion, l’administration publique et les sciences politiques pour lesquelles un mémoire ou trois mini-projets sont requis, le taux de gradués accuse un large écart par rapport au département de sciences comptables. Une telle particularité est la tendance au niveau des facultés qui optent pour le mémoire/projet de sortie. Il y a l’ENS, la FAMV, la FASCH, la FDS, la FDSE, la FE, la FLA et l’IERAH qui éprouvent beaucoup de peines à faire sortir des gradués avec diplômes en mains. Adoptant la pratique des certificats attestant la fin du cycle d’études sans mémoires, l’UEH fournit de moins en moins de cadres au pays… »
«…Cette observation porte à formuler deux hypothèses de sortie : a) l’absence de mémoire dans toute l’UEH augmenterait le taux des gradués avec diplômes ; b) une meilleure préparation faciliterait la remise des mémoires donc, l’augmentation des gradués avec diplômes. Si l’expérience de la FMP, de la FO, et de l’INAGHEI tend à supporter la première hypothèse, elle ne dit pas qu’il est impossible de boucler le cycle d’études avec un mémoire fini. Ce qui invalide la première hypothèse en terme de capacité académique. S’il faut terminer le cycle d’études avec mémoire, la deuxième hypothèse est vraie. Voudrait-il dire que l’UEH doit inculquer les bonnes techniques de rédaction, d’analyse, de recherche aux étudiants et de traitement des informations ? Faudrait-il croire que leurs mémoires seraient réalisés au moment même de boucler leur cycle d’études, exactement dans 4 ou 5 ans ? L’UEH emboîterait-elle le pas des universités modernes qui reportent le mémoire au niveau post-gradué ?
Suivant la conception que se fait l’UEH du mémoire, la première ou la deuxième hypothèse serait adoptée. Si le mémoire est considéré comme une initiation à la recherche, il est absurde de l’imposer à tous, car beaucoup d’étudiants veulent investir le marché du travail tout de suite après le premier cycle d’études universitaire. Il est alors temps de l’approprier au cas de ceux qui en majorité ne sont pas intéressés à la recherche…à ce titre, la deuxième démarche siérait mieux s’il s’agissait d’inculquer à tout le monde des techniques de communication écrites capables d’améliorer leur capacité d’analyses et de traitement des informations.
Par contre, si le mémoire est considéré comme le seul travail de recherche d’envergure que peut produire l’UEH, faire du mémoire une exigence est compréhensible. Toutefois, ce serait injuste de le réclamer d’un étudiant du premier cycle, car c’est le travail d’un professeur/chercheur. N’ayant pas encore la maturité académique, et même avec une forte capacité d’analyse, l’étudiant de ce niveau ne peut en aucune façon produire un travail de recherche de calibre au point d’en vouloir faire une publication scientifique. Ce qui ferait défaut à un tel travail est le manque de maîtrise des connaissances déjà accumulées dans le domaine imputable à la gestion de l’académique. Il faut toutefois admettre qu’un travail original et conséquent de la part d’un étudiant est possible ; mais que peut-on en faire si ce n’est de cibler un tel étudiant pour l’accompagner et parfaire son intellect ? »
III : La sortie du labyrinthe académique
Encore, la réplique faite au professeur Dollin puise d’un autre texte critique de l’enseignement supérieur en Ayiti avec l’UEH comme objet d’analyse.[viii] Ayant démontré que l’exigence de mémoire perd tout son sens au premier cycle universitaire, il importe de démontrer que la vraie raison faisant qu’un «…grand nombre d’étudiants finissants coincés dans le système, à cause d’un mémoire qu’ils n’arrivent pas à rédiger, pour former un goulot d’étranglement qui ralentit la vitesse de sortie des promotions… » réside dans le fait qu’ils ont du mal à rédiger avec entrain. Concrètement, sortis du cycle secondaire, ils n’ont jamais comblé leurs lacunes liées à la capacité de rédaction. Cela dit, le système d’enseignement universitaire n’a jamais pu mettre en place un mécanisme pratique devant leur permettre de surmonter lesdites faiblesses.
N’ayant jamais eu
«… pendant tout le cycle aucune technique d’acquisition, de traitement des connaissances, de communication, et d’autonomie académique, ils sont perdus dans le labyrinthe académique…» En conséquence, «...il leur devient impossible de produire un travail reflétant un apport personnel avec toutes les rigueurs académiques que cela exige. S’ils ne trouvent pas un directeur de mémoire à qui ils doivent payer pour la rédaction du mémoire, ils vont rester dans le système sans pouvoir le laisser un jour. Considérant les conditions pauvres de nombreuses familles et de la faiblesse académique et administrative de l’UEH, beaucoup croupissent dans le premier cycle pendant des années sans décrocher leurs diplômes. »
Sans banaliser, les propositions du professeur, mais contrairement à ce qu’il croit, l’approche simple, pour y remédier et élever le taux de diplomation dans le système d’enseignement du premier cycle, est impérativement l’élimination du mémoire de sortie. Ce faisant, le mémoire sera remplacé par de multiples rédactions courtes de 5, 10, 15 ou 20 pages dépendant du cours, incorporant bien sûr toutes les exigences qu’un travail académique requiert. Cela implique, bien sûr, un travail préalable d’apprentissage des techniques de rédaction dès les premières sessions de l’année universitaire. Avec des exigences de produire un petit travail de rédaction pour chaque cours, l’étudiant veillerait à respecter toutes les normes de rédaction académiques qui lui sont déjà inculquées. Un système d’accompagnement y serait associé pour aider tout étudiant à bien y appliquer les techniques de rédaction apprises. Le respect de ces principes serait pris en compte lors de la correction desdits travaux.
«…donc, autant de rapports que de cours, pour donner lieu à la pratique moderne de rédaction des travaux académiques. Les résultats espérés seraient :
- la maîtrise des techniques de rédaction des travaux académiques que seule la pratique peut apporter ;
- le cycle d’études complété dans le délai imparti ;
- l’élévation du taux de diplomation par la sortie annuelle régulière des promotions ;
- une meilleure préparation des étudiants pour des études post-graduées dans le pays ou ailleurs avec un esprit compétitif. »
Conclusion
Il est évident que le faible taux de diplomation attribué à la dernière exigence académique faite aux étudiants pour compléter le premier cycle universitaire en Ayiti n’est pas strictement lié à la procrastination, au manque d’accompagnateurs, à l’absence d’infrastructure documentaire adéquate, ni à l’incapacité financière des étudiants, mais plutôt au manque de pratique de rédaction éprouvé par les étudiants dès leurs premières sessions à l’université. Ayant reconnu cette faille, le Bureau du Vice-recteur aux Affaires Académiques a renouvelé la réforme académique proposée par l’ancien Vice-recteur aux Affaires Académiques, le professeur Wilson Laleau en 2006-2008 visant l’uniformisation des régimes académiques à l’UEH.
Retravaillée sous le label RAC, ladite réforme reposée aujourd’hui sur un système de crédits exige cette pratique de rédaction dans le cursus universitaire pour tous les cours indifféremment de leur nature. Le résultat escompté est que l’étudiant devenu professionnel aura nécessairement à présenter le résultat de son travail à son supérieur, et pourra le faire sous une forme ou une autre sans difficultés. Concrètement, il doit pouvoir bien organiser ses idées et les communiquer de manière cohérente et claire. L’objectif étant de pourvoir au pays des cadres qualifiés dans un délai durant le cycle d’études de 4 ou 5 ans, il n’y a aucune raison de retarder la sortie du moule d’apprentissage du premier cycle avec une exigence académique surannée qui ne répond pas aux besoins de cadres techniques bien rodés de la société.
Jean Poincy
Vice-recteur aux affaires académiques
Université d’État d’Haïti
[i] Dollin, Carly (2023, 12 déc.) : Le mémoire de fin d’études de premier cycle, un sujet de poids abordé avec légèreté à l’université en Haïti. http://www.lenational.org/post_article.php?tri=1457.
[ii] «…le manque d’incitation ou l’incapacité des étudiants à présenter - après leur cycle d’études de quatre ou cinq ans - leurs projets de sortie pour obtenir le diplôme… »
[iii]Darius, Danio (2008, 18 fév.) : Mémoire ou Calvaire ? https://lenouvelliste.com/article/53897/memoire-ou-calvaire
[iv] Darius, 2008
[v] Archives Rectorat (UEH), 2018
[vi] Poincy, Jean (2010, mai) : La problématique de l’enseignement supérieur Ayitien : les maux académiques de l’Université d’Etat d’Haïti. http://poincy.blogspot.com/2010/05/la-problematique-de-lenseignement.html.
[vii] Poincy, Jean (2010, mars) : La perversité du contrat économique entre l’Etat et l’Université d’Etat d’Haïti. http://poincy.blogspot.com/2010/03/la-perversite-du-contrat-economique.html.
[viii] Poincy, (2010, mai)
6 commentaires
Les échanges courtois et argumentés font la qualité du débat.
Connectez-vous pour commenter. Un compte garantit que votre nom n'est utilisé que par vous.
Se connecter Créer un compte
Jean Poincy
En effet, nous nous rejoignons sur un point fondamental, indifféremment du type de travail académique que doit faire l’étudiant, qu’il soit un mémoire ou de courts travaux. C’est la capacité de rédaction dans une forme cohérente avec une analyse claire et une réflexion fortement imprimée d’originalité. Mon argumentation repose sur la cause réelle qui donne lieu à la difficulté de produire un travail dans le délai imparti au risque de ne mettre un temps fou pour le faire, si jamais l’étudiant y arrive. Nos échanges dénotent une juste cause qui est l’encadrement adéquat, ce que je ne réfute aucunement et qui me conforte dans l’idée d’autonomiser l’étudiant dans son travail académique. Vous en êtes un exemple comme vous venez de le relater, j’en suis un aussi considérant le fait que je n’ai rencontré mon directeur de mémoire en formation de DEA que 3 fois: 1) le jour que je devrais le rencontrer pour lui parler de mon sujet 2) le jour que je devrais discuter avec lui de mon premier jet réalisé à 75% en terme d’organisation et de contenu. 3) sans aucune discussion avec lui entre-temps, le jour de la soutenance. Le travail a été félicité et j’ai été admis en thèse de doctorat. Je peux dire que j’ai pu le faire grâce à la pratique de rédiger pour chaque cours dans le cursus, ce qui était une exigence à l’université où j’étais aux États-Unis. Je dois souligner que je n’ai jamais eu de cours de méthodologie à l’instar de ce qui se fait ici chez nous à l’UEH; toutefois, les méthodes et principes génériques de la rédaction académique nous ont été inculqués de très très très tôt au début des années universitaires. Aussi, il y a eu en place un centre d’accompagnement académique où ceux qui le souhaitent peuvent y aller pour être assistés. Ce service a été assuré par des étudiants aînés qui maîtrisent les techniques de rédaction. Dans tous les cas, toute décision repose sur une stratégie payante pour les étudiants et l’université.
Carly Dollin
Cher VRAA J. Poincy, D’emblée, je ne cesserai de faire l’éloge de cet esprit d’ouverture dont vous faites toujours montre. « Élégance intellectuelle », c’est l’expression, à mon avis, la plus adaptée pour caractériser cette attitude moderne de donner libre cours à des discussions et des réflexions enrichissantes, notamment sur des thématiques d’intérêt social. De votre lieu de Vice-recteur, il ne fait aucun doute que le temps n’est pas votre ami. Votre temps de qualité investi à rédiger un article (responsif à cette préoccupation de la rédaction du mémoire au 1er cycle) aurait pu être consacré à la bureaucratie, à la préparation de réunions, à un rattrapage de cours au profit de vos étudiants, à la révision d’un plan d’actions, d’un document stratégique concernant tellement de projets pour l’université, etc. Cependant, par respect et par intérêt pour un fait social sur lequel vous avez été explicitement ou implicitement interpelé, vous avez mis du temps - en des recherches et des réflexions approfondies - pour alimenter le débat sur ce phénomène de faible niveau de la diplomation au 1er cycle. Encore Compliments ! Le titre de votre article, « Pour l’élimination du mémoire de sortie au premier cycle universitaire » qui est une plaidoirie selon moi bien soutenue, s’inscrit dans un paradigme moderne. N’est-ce-pas comme relaté dans mon article que le mémoire au 1er cycle n’est même pas exigé en Amérique (Canada, USA). Vous avez soutenu : « Le mémoire sera remplacé par de multiples rédactions courtes de 5, 10, 15 ou 20 pages dépendant du cours » Comme vous l’avez bien étayé dans votre texte, moyennant des exercices de compensation tout le long du cursus (multiples rédactions, analyse de textes, analyse de données, travaux de synthèse, etc.), je n’y verrais aucun problème non plus si un étudiant n’est contraint de rédiger un mémoire. Vous avez écrit : « Il est évident que le faible taux de diplomation attribué à la dernière exigence académique faite aux étudiants pour compléter le premier cycle universitaire en Ayiti n’est pas strictement lié à la procrastination, au manque d’accompagnateurs, à l’absence d’infrastructure documentaire adéquate, ni à l’incapacité financière des étudiants, mais plutôt au manque de pratique de rédaction éprouvé par les étudiants dès leurs premières sessions à l’université. » Bien sûr, nous sommes d’accord que « lever la contrainte du mémoire » entrainerait ipso facto une hausse du taux de diplomation. Si le seul objectif consistait à diplômer les étudiants, ce serait la mesure à appliquer. Cependant, vous et moi, nous savons que nous restons très attachés à la qualité d’abord. C’est-à-dire, nous parlons tous les deux, d’une diplomation sous contrainte de qualité. Ceci étant dit, si on devrait maintenir la rédaction du mémoire, tel qu’il est aujourd’hui, les obstacles évoqués seraient toujours maintenus : Les obstacles comme souci du professeur (Dollin) Reconnaissant que les étudiants n’arrivent pas à boucler leur cycle d’études à temps, il résume les obstacles en ces termes : 1. L’étudiant se retrouve pratiquement sans un accompagnement adéquat par manque de professeurs disponibles pour l’assister dans la préparation de son mémoire ; 2. L’étudiant sans revenu, qui se voit obligé de rémunérer le directeur de recherche, dans le cas de l’UEH, si ce n’est de l’acheter de certains professeurs, est découragé ; 3. Le délai pour boucler le travail de sortie n’étant pas fixé, l’ambiance estudiantine ne s’y prête pas et l’étudiant est plus soucieux de trouver un emploi plutôt que de se consacrer à la rédaction du mémoire ; 4. L’étudiant ne peut se tailler un mémoire de bonne facture sans avoir accès à une documentation adéquate. Cependant, si le mémoire est remplacé, comme vous le suggérez et auquel j’adhère sous les conditions que vous avez pris le soin de souligner : « Le mémoire sera remplacé par de multiples rédactions courtes de 5, 10, 15 ou 20 pages dépendant du cours », il n’est point utile de parler de procrastination ou autres car ces obstacles seraient déjà levés selon le cursus. En résumé, monsieur le Vice-Recteur, après avoir passé en revue votre article que j’ai bien savouré, je n’ai pas retenu de véritables contradictions avec les propositions que j’ai partagées sur la question. Probablement dans la forme, à laquelle d’ailleurs je n’y objecte. Mais, le fond reste totalement similaire. Des travaux bien encadrés de plusieurs pages soumis par un étudiant pendant le cursus serait l’équivalent d’un mémoire. L’important, sommes-nous d’accord, ce ne serait même pas de soumettre un travail de sortie à la fin du cursus. Ce serait plutôt d’outiller l’apprenant des instruments nécessaires qui lui permettraient soit de bien intégrer le marché du travail soit de poursuivre des études avancées. Je suis ravi de constater que le sujet préoccupe l’université au plus haut niveau, en témoignent les projets de réforme que vous envisagez. Je vous souhaite du succès et je suis impatient de compter plus d’étudiants haïtiens qui se positionnent pour saisir les opportunités offertes par la globalisation. Cette nouvelle ère technologique requiert de plus en plus un capital humain compétitif afin d’assurer une meilleure gouvernance des institutions. Offrir des moyens efficaces aux étudiants pour mieux faire face aux défis de société, c’est permettre à Haïti de disposer de plus de compétences. NB : Mes compliments aussi à la réaction de « Etienne Vernet » pour ses commentaires enrichissants sur la thématique. Carly Dollin
Vernet Etienne
Merci au vice-recteur et aux autres d'alimenter ce débat. En fait, ils ont tous bien cerné le problème. Je ne suis pas de ceux qui pensent qu'éliminer l'exercice de mémoire augmenterait le nombre de diplômés. Un peu simpliste, car c'est une évidence. Pour le marché du travail, je doute que le mémoire en est la cause vu le taux de chômage malgré le faible taux de diplômés. Le mémoire ne peut pas être vu uniquement comme un outil d'initiation à la recherche. Non! le mémoire est aussi et surtout un processus de distanciation, de rupture au sens commun. Le mémoire est un effort de problématisation, d'une réflexion cadrée à la fois dans une opérationnalisation conceptuelle, une organisation des idées et des faits objectivés et d'une analyse discursive et argumentée. C'est une préparation à la prise de décision complexe dans la vie et dans la vie professionnelle. En général, si nous nous référons aux décisions politiques et sociales dans ce pays, il est clair que nos décideurs souvent comprennent mal un problème et une problématique. En milieu professionnel, les dirigeants, managers et leaders cherchent souvent à résoudre des problèmes qui exigent la capacité de problématiser la situation. Pour ma part, vu la faiblesse du niveau secondaire condamné dans le par coeur avec une absence d'apprentissage de remise en question, d'esprit critique et de recherche documentaries, ce n'est pas profitable de ne pas boucler le premier cycle avec le mémoire. Le niveau secondaire de certains pays initie déjà les élèves à des réflexions statistiques, de recherche documentaire,de recensement dans leur zone, de préalable à la recherche de base. Il faut un travail de fin d'étude en Haiti pour combler les faiblesses en lecture et écriture scientifique. Cependant, il faut éliminer la tendance des lecture critiques, directeurs de mémoires qui condamnent à leur bon vouloir les étudiants sans considérer qu'ils sont en licence. Ils leur jugent comme si c'était une thèse de doctorat. En licence, il faut répérer si la démarche est présente, s'il y a un effort de problématisation, s'il y a une revue de littérature, l'organisation des résultats, et une discussion cadrée. Il faut bien découper le cours de méthodologie: Année 1: initiation à la recherche scientifique, méthodologie du travail académique, la recherche documentaire. Année 2: Méthodologie de la recherche 1, qualitative et quanitative. Travail final une revue de littérature, un sujet, une problématique. Année 3: Méthodologie de la recherche 2 pour renforcer la problématique, la méthodologie, éthique de la recherche, les notion d'IRB, des protocoles. Travail final, rédaction d'un protocole de recherche avec continuité du travail de deuxième année. Année 4: un atelier de travail sur le devoir de la 3e année. Des séances individuelles ou en groupe. Donc, deux points importants : 1. Le mémoire doit être un examen comme tous les exmens sur un nombre de crédit compensatoire à l'intérieur d'une unité d'enseignement. Il ne peut pas seul empêcher l'étudiant d'avoir son diplôme même s'il doit être sur un coéfficient plus important. 2. Avoir un curriculum clair et détaillé de ce qui est attendu de l'étudiant. Ainsi, les lecteurs critiques ne pourront critiquer comme ils veulent mais selon le cadre préétabli. J'ai assisté à un mémoire à la FDSE en 2022, dans la soutenance l'impétrant a quasiment ébloui toute la salle par sa maitrise du sujet, la facilité de communication et les principes méthodologiques. Le lecteur critique a donc mis accent sur un aspect non important du travail qui était dans le titre pour discuter avec l'étudiant pendant tout le temps lors que c'est le lecteur critique qui avait tort sur la notion. Donc, il faut définir un cadre règlementaire dans lequel sera décrit comment faire les choses. Un étudiant en licence, ce n'est pas un docteur, on dirait les évaluateurs voient une compétition, les directeurs exigent les étudiants d'aller dans leurs sens... Donc, oui il faut un mémoire en licence en Haiti pour combattre les manques en réflexion cadrée, en lecture et écriture scientifique etc.
3 réponses
Jean Poincy
Merci d’avoir pris du temps pour lire le texte et bien élaboré votre contre argumentation… je partage tout à fait les points exprimant l’absence de cette triture académique chez nos étudiants… toutefois, tout ce que vous soulignez comme atout à acquérir via la rédaction d’un mémoire peut être aussi réalisé par la pratique de la rédaction dès la première session à l’université, avec un texte court de 5, 10, 15 ou 20 pages, indifféremment de la nature du cours comme le texte l’a explicité… croyez-vous sincèrement qu’avec seulement 4 ou 5 textes à écrire sur un cycle d’études de 4 ou 5 ans, s’il y en aurait, l’étudiant pourrait finalement réunir tous les atouts évoqués dans un mémoire en fin de parcours?.. moi, non! je crois ferment que c’est la pratique qui les apporte… pour finir, oui ce manque de pratique fait de la rédaction du mémoire une galère, les données l’ont clairement démontré… par contre, s’il y avait la pratique, rédiger un mémoire aurait pu se faire à la dernière session du cycle d’études… mais si ce qu’on cherche de l’étudiant on le trouve avec des textes courts obligatoires pour chaque cours de chaque session, rédiger un mémoire ne vaut plus la chandelle même si réalisé au cours de la dernière session du cycle d’études…
Vernet Etienne
Merci M. Le Vice-Recteur de votre contre-argument. Comme M. Dollin l'a souligné, je vous en témoigne mes plus sincères appréciations du temps que vous dédiez à ce sujet combien important. J'ai failli croire que de ces cadres compétents et engagés, il n'y en avait presque plus. D'entrée de jeu, nous sommes sur la même longueur d'onde. Dans un mémoire, le nombre de page n'est pas toujours un critère très important. Ce qui importe beaucoup c'est de produire une réflexion originale cadrée aux critères scientifiques. À HUM ou je travaille les résidents peuvent produire un article d'une vingtaine de page. La Faculté de Médecine accepte aussi ce format. Pour l'habitude d'écriture, notex bien que le modèle que je préconise exige un devoir chaque année. Ce qui fait un mémoire en quatre temps sur quatre année d'étude avec une progression. Pour moi le plus grand problème se trouve au niveau des encadreurs et d'un cadre curriculaire, mis à part des crises structurelles que nous connaissons tous. Les facultés exigent un format difficile, avec des encadreurs qui ne donnent pas la liberté de penser aux étudiants. Il nous faut une pédagogie de l'accompagnement. Merci encore de cet intérêt manifeste de votre part. Pour finir, je me prends en exemple. Je n'ai pas eu de cours de méthodologie à l'ENS. J'y suis allé seul sur la route. J'ai terminé un travail de 120 pages que j'ai soumis à Prof Lemète Zéphyr qui m'a accompagné sans frais (je le remercie à chaque fois). Il m'a orienté vers un travail final de 60 pages, en trois ou 4 séances. Le mémoire n'est pas si difficile... l'UEH produit des étudiants avec un niveau très acceptable. C'est le laxisme, le manque d'obligation, la structure qui posent surtout problème.
Jean Poincy
En effet, nous nous rejoignons sur un point fondamental, indifféremment du type de travail académique que doit faire l’étudiant, qu’il soit un mémoire ou de courts travaux. C’est la capacité de rédaction dans une forme cohérente avec une analyse claire et une réflexion fortement imprimée d’originalité. Mon argumentation repose sur la cause réelle qui donne lieu à la difficulté de produire un travail dans le délai imparti au risque de ne mettre un temps fou pour le faire, si jamais l’étudiant y arrive. Nos échanges dénotent une juste cause qui est l’encadrement adéquat, ce que je ne réfute aucunement et qui me conforte dans l’idée d’autonomiser l’étudiant dans son travail académique. Vous en êtes un exemple comme vous venez de le relater, j’en suis un aussi considérant le fait que je n’ai rencontré mon directeur de mémoire en formation de DEA que 3 fois: 1) le jour que je devrais le rencontrer pour lui parler de mon sujet 2) le jour que je devrais discuter avec lui de mon premier jet réalisé à 75% en terme d’organisation et de contenu. 3) sans aucune discussion avec lui entre-temps, le jour de la soutenance. Le travail a été félicité et j’ai été admis en thèse de doctorat. Je peux dire que j’ai pu le faire grâce à la pratique de rédiger pour chaque cours dans le cursus, ce qui était une exigence à l’université où j’étais aux États-Unis. Je dois souligner que je n’ai jamais eu de cours de méthodologie à l’instar de ce qui se fait ici chez nous à l’UEH; toutefois, les méthodes et principes génériques de la rédaction académique nous ont été inculqués de très très très tôt au début des années universitaires. Aussi, il y a eu en place un centre d’accompagnement académique où ceux qui le souhaitent peuvent y aller pour être assistés. Ce service a été assuré par des étudiants aînés qui maîtrisent les techniques de rédaction. Dans tous les cas, toute décision repose sur une stratégie payante pour les étudiants et l’université.