La vice-présidente Kamala Harris et l’ancien président Donald Trump s’affronteront dans les urnes le 5 novembre prochain pour succéder à Joe Biden à la Maison-Blanche en janvier 2025. La victoire de la candidate du parti démocrate ou celle du candidat républicain ne modifiera pas significativement la politique extérieure des États-Unis d’Amérique. Parti pris de Wilner Jean.
L’attention du monde entier est captivée par cette élection présidentielle des États-Unis opposant la démocrate Kamala Harris, vue comme la figure providentielle des démocrates après le retrait de Joe Biden, à Donald Trump, le candidat républicain.
Les analyses préélectorales sur cette élection ne manquent pas : même si Donald Trump reste devant les intentions de vote, les résultats des « votes de paille » (cf. Maynaud & Duclos, 1996) montrent que Kamala Harris connaît un bon d’opinions favorables, depuis l’annonce du retrait de la candidature de Joe Biden. « L'ancienne procureure est jugée favorablement par 43% des Américains, quelle que soit leur couleur politique, et défavorablement à 42%. Une semaine plus tôt, Kamala Harris ne rassemblait que 35% d'opinion favorable et 46% d'opinion défavorable, selon le même institut de sondage. Le candidat républicain Donald Trump est de son côté jugé en majorité défavorablement avec 52% d'opinions négatives et 36% d'opinion positive » (Desmonceaux, 2024).
Selon Barbancy (2024), Kamala Harris s’engage à résoudre le conflit israélo-palestinien, qui a déjà causé plus de 39 583 morts à Gaza, en cas de victoire. Alors que le monde est bouleversé par des guerres interétatiques, des gens pensent que le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche pourrait amplifier la situation. Donc, la victoire de Kamala Harris serait un vent de fraîcheur sur la société et la politique des États-Unis et sur le monde entier. Mais, dans tout cela, la politique extérieure des États-Unis n’est pas prise en compte.
Les États-Unis, un État impérial ?
Depuis 1898 jusqu’à l’adoption de la politique de bon voisinage par Franklin D. Roosevelt, les États-Unis ont pratiqué la « diplomatie des canonnières », intervenant militairement pour protéger leurs intérêts économiques et politiques. Selon le sociologue Aron (1973), les USA pratiquent cette diplomatie pour plusieurs raisons : tantôt pour garantir le remboursement des dettes, tantôt pour rétablir « l’ordre », tantôt pour mettre au pouvoir un parti ou président favorable à leur cause. En conséquence, Aron souligne un ensemble de désordres créés par les USA, notamment au niveau de l’Amérique centrale. Un exemple notable est leur rôle dans la sécession de Panama de la Colombie en 1903, facilitant ainsi la construction du canal de Panama et établissant une présence militaire permanente dans la région.
En 1909, au Nicaragua également, les États-Unis, alliés des insurgés conservateurs, obtenaient la démission du président libéral José Santos Zelaya, qui s’était opposé à la pénétration des compagnies états-unisiennes dans son pays (Delhom & Musset, 2000 [2014]), et le remplaçaient par un président pro-américain, Adolfo Diaz, qui fit appel, deux ans plus tard, aux troupes états-unisiennes pour venir à bout des rebelles. À la faveur de l’occupation qui dura jusqu’en 1925, la diplomatie des USA reçut des privilèges stratégiques et une base militaire. De même, la République dominicaine fut occupée de 1916 à 1924, Haïti de 1915 à 1934 (Aron, ibid. : 239-240).
Les élections de 2010 en Haïti sont un exemple récent qui montre que les États-Unis ne changeront pas leur politique extérieure. Selon les résultats préliminaires de ces élections de cette époque, « Mirlande Manigat, professeure de droit constitutionnel et ancienne première dame, et Jude Célestin, dauphin de l’ancien président René Préval, sont arrivés respectivement en première et en deuxième position, ce qui les envoyait au second tour. Michel Martelly était troisième, quelques milliers de voix derrière (Johnston, 2016). Sous la présidence du démocrate Barack Obama, l’administration états-unisienne a influencé les élections haïtiennes de 2010 via l’Organisation des États américains (OEA), modifiant les résultats pour favoriser Michel Martelly au second tour, une manœuvre qui a suscité de vives critiques internationales.
Trente-deux ans après la dissolution de l’URSS, la Russie de Vladimir Poutine cherche des alliés pour se hisser au rang de superpuissance et pour devenir le leader d’un des deux grands systèmes sociopolitiques du monde. Pour contrer ce plan, les États-Unis misent sur l’endiguement et le refoulement. La stratégie d’endiguement vise à limiter l’expansion russe de manière défensive, tandis que le refoulement est une approche offensive destinée à reprendre ou à empêcher la prise de contrôle de territoires par la Russie (cf. Aron, 1973: 299). C’est sous cette base que l’actuel président Joe Biden, issu du camp des démocrates, s’est aligné sans réserve sur les positions de l’Ukraine et sur le génocide de l’État hébreu à Gaza.
Tout compte fait, le système politique états-unien définit des principes auxquels tout président, qu’il soit républicain ou démocrate, doit obéir. Cependant, en matière de politique migratoire, les démocrates tendent à adopter une approche plus flexible et humanitaire, favorisant l’accueil des réfugiés politiques et des demandeurs d’asile, contrairement aux républicains qui privilégient une immigration axée sur les compétences professionnelles pour soutenir les intérêts économiques américains (Kayl &Pallez, 2023).
Wilner Jean
Ethnologue
Contact : jeanhaitiwilner@gmail.com
Bibliographie
Aron, Raymond. (1973). République impériale : Les États-Unis dans le monde (1945-1972), Paris, Calmann-Lévy.
Barbancy, Pierre. (2024). « Présidentielle américaine : « Il est temps que cette guerre prenne fin », Kamala Harris prend position face à Netanyahou sur Gaza », [En ligne] https://lc.cx/mxpHV5 (consulté le 29 juillet 2024).
Delhom, Joël et Musset, Alain. (eds.). (2000)[2014]. Nicaragua : Dans l’œil du cyclone, Paris, Éditions de l’IHEAL.
Desmonceaux, Juliette. (2024). « Kamala Harris face à Donald Trump: gros boom de popularité pour la démocrate, selon les derniers sondages », [En ligne] https://lc.cx/AiMeN4 (consulté le 29 juillet 2024).
Johnston, Jake. (2016). « Ce que révèlent les emails de Clinton sur l’élection de Martelly en 2010 », [en ligne] https://cepr.net/ce-que-revelent-les-emails-de-clinton-sur-l-election-de-martelly-en-2010/ (consulté le 29 juillet 2024).
Kayl, Flore et Pallez, L. (2023). « L’immigration aux États-Unis, au-delà du clivage gauche-droite », [En ligne] https://lc.cx/w5Xl0Y (consulté le 30 juillet 2024).
Meynaud, Hélène Y. et Duclos, Denis. (1996). Les sondages d’opinion, Paris, La Découverte.
