Dans la série « Enfants embrigadés dans des gangs armés en Haïti », nous nous proposons d’amorcer des réflexions sur l’insertion de groupe d’enfants en situation difficile. Cette question fait l’objet d’animosité dans les milieux divers .Il existe un fossé énorme dans l’éducation sociale du peuple haïtien qui donne lieu à une absence de consensus autour de la protection de l’enfant. Il suffit de faire référence aux maltraitances infligées aux enfants dans la famille, à l’école et dans les institutions de rééducation sociale.
Le Centre de Rééducation des Mineurs en Conflit avec la Loi (CERMICOL) a été indiqué pour la rééducation des jeunes en conflit avec la loi serait une référence pour faire face au problème des enfants embrigadés dans des gangs armés. Toutefois le CERMICOL n’a jamais été cohérent par rapport à sa mission de rééducation sociale sinon fonctionne comme une prison depuis sa création. Ce qui se renforce dans le contexte actuel avec la promiscuité et la cohabitation de prévenus adultes femmes et hommes avec des jeunes.
Les institutions d’internement sont au centre des modèles évoqués pour la rééducation des jeunes embrigadés dans les gangs armés. Ce qui est une stratégie envisagée par les autorités concernées et partagée favorablement dans l’opinion publique. Mais les Nations Unies ont questionné ce modèle d’intervention qui renvoie à l’internement sauf dans des cas centrés sur le respect de l’intérêt supérieur de l’enfant .Il existe une ambivalence dans la position de l’Etat qui a adhéré et voté la Convention Relative aux Droits de l’Enfant et qui tend quelque fois à s’inscrire dans des approches liées à la promotion de centres d’internement. Toutefois, l’Institut de Bien Etre social et de Recherches (IBERS) a déjà eu à initier des projets pilotes d’intégration des enfants et des jeunes en situation difficile dans les familles d’accueil avec le support d’un protocole adopté en la circonstance.
S’il y a des hésitations à initier des démarches pour l’insertion sociale des jeunes embrigadés issus des gangs armés, il y a lieu d’identifier l’un des antécédents de réinsertion sociale des jeunes en conflit avec la loi. Il s’agit de l’expérience des Salésiens à travers le projet EPICES dont E correspond à Esprit; P:physique; I, intellectuel; C:Créativité(métier); E: Emotion(ce qu’on est); S: Socialisation (droit et devoir). Ce travail a été expérimenté suite à l’arrestation de 15 mineurs provenant de Lakou Nazon, il était question de les réinsérer suivant le modèle EPICES. Les filles s’adonnent à la broderie, le crochet; les garçons sont orientés vers l’électricité, la confection de vêtements. Il était question dans le foyer des Salésiens de combattre l’aliénation. 168 mineurs constituaient le groupe cible et étaient accueillis dans deux salles. En la criconstance, une exposition a été organisée et l’intention de mettre en place un programme d’alphabétisation de novembre 1995 à avril 1996.
Le programme de Don Bosco est fondé sur le travail, la discipline et le respect à travers des ateliers. La référence à ce modèle ne tient pas lieu de choix délibéré mais renseigne sur un antécédent qui puisse aider à amorcer des réflexions sur la réinsertion des enfants issus des gangs armés.
La resocialisation pour Cusson (1974) suppose la mise en place de la stratégie suivante:1)Intervetion individuelle;
- Accueil et collaboration des jeunes de l’intervention des éducateurs /éducatrices; 3)Travail d’organisation et mise en place d’un programme d’activités susceptibles d’appuyer le processus de socialisation. Au lieu de se limiter aux interventions classiques basées sur la relation Stimulus-Réponse ou Expérience-alternatives et choix respectivement développées par Watson et Rogers, il conviendrait d’explorer la démarche centrée sur la relation Stimulus-Choix-Réponse.
Des débats sont ouverts sur des choix de modèles de réinsertion sociale appropriée au travail avec des enfants et des jeunes embrigadés dans des gangs armés. Ce, en lieu et place de modèles pré-fabriqués , des aprioris et des émotions sur la question. Aussi y a- t -il lieu de mobiliser les appareils de justice répressive, administrer une justice réparatrice à l’intention des victimes des gangs armés dont les mineurs. Une approche globale devrait toucher la dimension d’inclusion sociale en garantissant l’accès aux services sociaux de base et à l’éducation en termes de droit.
Repères bibliographiques
-Gérard Gourgue (1955), les problèmes de délinquance juvénile et l’institution du Juge des Mineurs, Imprimerie de l’Etat.
-De Bray (1967), Travail social et délinquance, Edition de l’Institut Sociologique, Belgique.
-Ulrick Noel (1967), Haiti, la politique de défense sociale avec un essai sur la criminologie dans un pays en voie de développementy, Imprimerie Deschamps.
-Maurice Cusson (1974),Resocialisation du jeune délinquant, PUM, Canada
-Michel Foucault (1975), Surveiller et punir-Naissance de la prison, Gallimard, Paris.
- Monferrier Dorval (1985), Le Centre d’Accueil Duval Duvalier, situation, diagnostic et proposition. Faculté des Sciences humaines, Université d’État d’Haïti, Haïti,. Non publié.
-Maurice Cusson (1989), Délinquants, pourquoi? Edition Hurtibis, Montréal.
-Forum Libre(1995), “Enfance et violence:, Haiti.
- Hancy Pierre (2005), « l’insertion sociale des jeunes enrôlés dans les institutions d’internement en Haïti : enjeux et perspectives ». In Les cahiers du Cepode, No 5, 5e année, Éditions Cepode, Port-au-Prince, pp179-206.
-Jean Michel HAUTEVILLE (2024) « Un rapport dénonce le recrutement massif d’enfants par les gangs en Haïti » in Le Monde du 10 octobre 2024.
