Mitchel, en ce 18 avril 2025,
je t'écris pour te dire ceux-ci :
Je me sens si seul, parfois Kewing
Et cette fois, ce n’est pas juste une solitude de drap froid
Mais celle de rues désertes de la capitale, de cadavres sonores dans les écoles, de bibliothèque saccagées
Une solitude d’immeubles éventrés par des rafales Viv Ansanm
Une solitude qui sent la poudre des drouilles au lieu de parfum de ton cou
Je me sens si seul, parfois Mitchel
Si seul que même la courte distance qui nous sépare s’ennuie de moi
Elle s’est planquée dans les fissures de mon plafond intimidé par des opérations spécialisées contre la l'insécurité jamais atterries
Dans la rumeur d’un pick-up PNH qui hurle à 3h du matin dans une Port-au-Prince en suspense
Et dans cette larme que j’essuie sans cesse et sans savoir si elle vient de mes yeux ou de mon cœur ou de ma cervelle ou de mes peines
Ou du souvenir de ta peau quand elle se cambre
Tu sais, je me sens si seul, parfois Mitchel
Quand je marche entre les flaques de sang veineux de Port-au-Prince et d’attente de ton plat de rapadou kreyòl gracieux
Quand j’évite les barrages de fortune faits de pneus calcinés, les barrières de chaque rue, chaque sur ces rivages, les mirages d'arc-en-ciel par-ci par-là entre tes seins et ton dodo mia
Comme j’ai appris à éviter les souvenirs de toi
Mais ton odeur me poursuit comme Viv Ansanm à chaque territoire conquis
Plus fidèle que mes ombres en plein midi, ou comme ce non-oubli de barikad nou avni nou, du discours populiste que le prétendu Avoka Pèp la vendait à bon marché
Si seul, parfois, que j’échangerais ma ration d’eau contre un soupir de ta bouche, de tes lèvres mouillées par de folles envies d'admirer Elmanito
Un seul, même tremblant, même égaré dans les rives de tes jambes,
Même arraché au fond de ton corps qui, pourtant savait me reconquérir doucement
Par chaque soupçon de sueur sous ta culotte mouillée —
pour déguster ce gâteau que je n’ai pas fini de goûter dans cette chambre d'à côté extrêmement spacieuse pour un vieux lit fait de bouts d'éponge
Ce sucre que même l’enfer de Martissant, de bò estad, Dè Simetyè ne sauraient me faire oublier
Tu sais, je me sens si seul, parfois Kewing
Que mes mains tremblent non à cause du froid de l'État Viv Ansanm,
Mais du manque de tes hanches,
De leur danse enragée, déchaînée
Ce carnaval de grouillades qu’aucunes rafales ni rara de Léogâne ou de Gonaïves ne sauraient imiter,
Car même les bruits d’armes Viv Ansanm se taisent devant ta manière d’être tempête, tu sais j'adore cette danse dans l'intimité de tes joies de vivre malgré toi
Mitchel, as-tu su que j’ai dû fuir Sciences Humaines, mon sanctuaire d’épistémè, là où mes livres dormaient, là où logeaient les traces de rêves que me laissent mon arrière grand-père, les immortels de la liberté d'expression, où chaque page lue me rapprochait d’un chemin instruit Désormais, même la bibliothèque de mon avenir a été pillée par la peur Viv Ansanm
Il fait ce qu’il veut, cer Etat Viv Ansanm, comme si le béton lui appartenait, comme si nos âmes étaient de simples ratures dans son dictionnaire de crime organisé. Quitté Sciences Humaines au bout de matinée à destination de Karibe. On m’a appelé pendant que j’étais au Karibe, avec Kenny et Olguens en plein bat bouch. J’écrivais de concert avec Kenny le 30 % d’illusion, une bombe de texte pour éclairer l’obscur du quota de la représentativité de femmes dans les décisions de l'administration publique et la majorité féminine engloutie par la singularité masculine
Mais l’avenue Christophe est encerclée. N’y viens pas, surtout pas. Ils tirent à l’aveugle, par-ci, par-là. Chaque pas est un pari joué sur la vie chaque respiration une permission arrachée au chaos Viv Ansanm
Je te l’écris entre deux battements de cœur, pour que tu saches ici, c’est la poésie ou la poussière qui me tiennent en vie, la fuite fragile ou la flamme écumeuse dans les camps, la mort crue des contrées où la misère noyée de l'aide humanitaire, le corps sans avenue, l'avenir moribond qui me hante
Je me sens si seul, parfois Kewing
À vouloir faire l’amour comme un acte de résistance anticipé l'arrivée Viv Ansanm à Mirebalais, Saut-d'eau…
À faire de ta peau un refuge plus solide que tous les abris provisoires de la capitale déplacés
À vouloir me loger entre tes cuisses comme d’autres cherchent refuge dans les montagnes du Grand Sud chez Commissaire Muscadin
Tu sais, toi
Ce que c’est que d’avoir le cœur en otage
Sans rançon, sans espoir de libération, sans une double dette ni une exploitation par le bas
Juste une attente lente et mortelle qui bat son plein chez un État reste-avec
Comme celle de retour de l’électricité dans une Hayti éclairée par des balles perdues
Je me sens si seul, parfois Kewing
Que j’entends le bruit de ton silence
Plus fort que celui des armes automatiques de l'État Viv Ansanm
Je me sens si seul, parfois Kewing
Quand je repense aux sacrifices vils des nuits blanches dans les textes à Sciences Humaines
Que j’ai consentis pour seulement entrevoir la lueur de l'avenir moribond d'ici-là et ton corps
Traverser Carrefour-Feuilles sous les projectiles
Ne pas mourir de l'envie de jouer titato sous ta culotte bouleversée par les pas de chaque balle perdue atterrit comme un avion dans la Cour de la Faculté des Sciences Humaines
Juste pour sentir ma langue jouer au chat et à la souris dans ton cou
J’ai payé trop cher pour quelques secondes de toi, abandonner mes livres, mes reportages, le chemin de chaque rendez-vous de rédaction
Mais j’y retourne, à chaque fois, Toujours
Tu es mon interdit dans un Port-au-Prince boulevard
Ma drogue clandestine dans des rues interdites
Mon opium de passion dans une capitale sans culotte, pisannit
Dans une ville où l’amour est devenu luxe,
Où embrasser, c’est défier la mort à chaque seconde
Et baiser, un acte révolutionnaire et de rébellion
Je me sens si seul, parfois Kewing
Quand les nuits s’écrasent sur les aciers de la tour 2004 comme un fardeau, un pwalou de la double dette de 1825
Et que mes mains s’agitent sans politique sociale, sans toi auprès de moi
Je les regarde —
Elles ont ta forme, quand je dessine ton ombre sur lit
Elles ont gardé l’empreinte de tes seins nus
Et pleurent ton absence en moi comme l'attente de la justice historique réparatrice et restitutive de la double dette de la France à Hayti
Je me sens si seul, parfois Mitchel
Que je questionne même Dieu, dans son innocence tranquille
Ce Dieu silencieux comme les églises vides de bas Delmas et de Port-au-Prince
Ce Dieu absent comme toi, à Cité de Dieu, Tabarre, Kenscoff , croix-des-Bouquets dans mon Église pillée, mes jours de jeunes méprisés
Quand mon vieux lit crie ton nom
Et qu’aucun miracle ne vient
Je me sens si seul, parfois Mitchel
Que je pourrais me vendre
À une balle perdue
Juste pour te revoir,
Même une fois,
Même dans un rêve mutilé
Je t’ai cherchée dans les camps de déplacés,
Sous les bâches blanches devenues grises,
Parmi les gémissements d’enfants sans école, les personnes à mobilités réduites
Et les mères sans trêve, sans avenir
Mais toi, les pères qui oublient depuis quand yo al chèche la vie bò katedral
Toi, tu es restée dans mon torse
Comme une balle perdue logée dans ma tête
Qu’on n’opère plus
Je me sens si seul, parfois Mitchel
Que même ton absence me pénètre,
Plus fort que mes doigts en toi
Tu étais chaleur et lumière, à Sciences Humaines
Maintenant tu es souvenir et manque à Pétion-Ville
Mais je t’aime encore
Comme j’aime cette ville de liberté même en ruine,
Même à feu, même à sang Viv Ansanm
Je t’aime encore Kewing
Quand la ville de Madan Kolo tremble
Quand les gens de Solino tombent, je t'aime
Quand les murs de Carrefour-Feuilles parlent
Quand les rues Mgr Guilloux et Saint-Honoré saignent, quand les Faculté et Instituts de l'Université d'État d'Hayti sont pillés
Et quand je me cache sous des tuyaux de Champs-de-Mars pour acheter un plat de griot
Pour écrire tes courbes de la mort de l'État Viv Ansanm
Avec des mots Déplacés, des soupirs vagabonds, des maisons pillées, des femmes violées, des filles immolées sexuellement
Et des cicatrices amoureuses d'aide humanitaire qui alimentent nos ruses, nos folles joies invertébrées
Je me sens si seul, parfois Kewing
Dans cette ville chaude qui n’en finit pas de mourir,
Mais je survis à deux doigts de la mort crue
Surtout par le souvenir de ton sexe offert
Comme une oasis entre deux rafales crémeuses
Par le feeling de ta culotte enlevée, tes seins bourdeux
Que je voulais te baiser comme l'État baise Viv Ansanm, quotidiennement
Doucement. Respectueusement.
Mais avec urgence de sécuriser ta clitoris comme l'État mord l'envie de sécuriser la population
Je me sens si seul, parfois Kewing
Que je bous
Que je me brûle de l’intérieur
Dans la fournaise de ton souvenir sans culotte
J’aimerais tant que tu viennes,
Pas seulement pour discuter de la science, de l'épistémologie du Sud, de courant décolonialité
Mais pour jouir Mitchel
Juste assez ou même à l'extrême
Pour qu’on oublie où on est dans cette capitale Viv Ansanm
Je me sens si seul, parfois Kewing
Que je fais l’amour à des fantômes de la caricom, mèt beton an, comme de ton bon Dieu africain en langue tranchante
Je murmure ton nom, dans mon sommeil comme l'ONU parle de respect de droits de l'homme en Hayti
Entre deux l’embouchure de tes cuisses comme CORE-Group et l'ONU en Hayti
Entre deux coupures de courant de ton appareil en deux tranches mi-égales comme l'embargo sur les armes et munitions en Hayti
Entre deux alertes rouges de l'État d'urgence sécuritaire
Entre deux morts prématurées
Et toi
Toi, te souviens-tu de moi ?
De ma langue qui écrivait des poèmes dans ton nombril comme un faux bourdon
De mes mains qui jouaient du tambour sur tes fesses en mode back-chat
Plus doux qu’un rêve de carnaval au Champs-de-Mars
Toi, te souviens-tu de notre dernier baiser il y a près d'un an
Avant que le quartier soit déclaré zone rouge
Je me sens si seul, parfois Kewing
Que même ton souvenir me regarde
Avec une pitié salpêtrière
Et pourtant,
Je veux vivre mes quotidiens tranquillement comme je vis ceux dans un Port-au-Prince agité
Encore
Comme on s’accroche à la vie
Dans un Port-au-Prince en flammes poudrières
Viens, si tu m’entends, s'il-te-plaît Kewing
Viens, même si tu dois marcher entre les balles perdues, viens même si dans cette ville il n'y a plus d'écoles, d'activités artistiques, de mobilisations populaires, les violences sexuelles, l'enlèvement et de harcèlement sexuel
Viens, même si tu as peur de Viv Ansanm
Moi aussi j’ai peur de cette ville morte
Mais je préfère mourir à deux doigts de toi
Que survivre seul dans une ville mortifère
Viens, Kewing
Je t’en prie Mitchel
Viens, je n’en peux plus
Je t’attends à la rue 4, puis sur Champs-de-Mars
Je te rêve sur la Grand-Rue pour acheter des épices et des légumes
Je t'attends à Bel Air pour prendre un bus jovial pour aller à Croix-des-Bouquets, en Ville de province pour voir nos grands parents, nos amis
Même si c’est illégal
Même si c’est dangereux
Même si c’est fou
Viens liquider ce silence agité
Avant qu’il ne m’achève s'il-te-plaît Mitchel
joseph.elmanoendara@student.ueh.edu.ht
Formation : Sciences Juridiques/FDSE, Communication sociale/Faculté des Sciences Humaines (FASCH), Masterant en Fondements philosophiques et sociologiques de l’Éducation/ Cesun Universidad, California, Mexico.
