Onze policiers tués en un mois. Une recrudescence brutale de kidnappings. Une police démoralisée et un haut commandement accusé d’incompétence. Derrière les discours officiels, une réalité implacable se dresse. Tandis que l’État vacille entre autosatisfaction et déni. La sécurité publique s’effondre sous les effets d’erreurs stratégiques, de dozado internes et d’une politisation qui mine l’institution de l’intérieur.
Onze policiers tués en novembre. Kidnappings à la chaîne. Panique dans les rangs. Et l’État, une fois encore, semble flotter entre péroraison, improvisation et autosatisfaction. Le SPNH-17 tire l’alarme. Hurle presque. La situation n’est plus critique. Elle est hors de contrôle. Plus d’un le savent.
D’ailleurs les chiffres parlent. Onze agents en un mois. Une hécatombe. Symbole cruel d’une institution asphyxiée. Les kidnappings, eux, explosent à Delmas, à Port-au-Prince. Là même où un dispositif sécuritaire — efficace, rigoureux, presque étanche — avait autrefois freiné les déplacements des gangs. Cet étau-là a disparu. Volatilisé. Les criminels ont retrouvé le terrain. Retrouvé l’audace. Retrouvé les villes.Les policiers enlevés ne reviennent pas. Ils disparaissent dans le silence. Dans l’indifférence. Dans la routine malade d’une capitale livrée à des forces parallèles. Le syndicat accuse : l’abandon du dispositif sécuritaire est la faute originelle. Une erreur stratégique majeure. Une faute politique lourde. Une décision qui tue.
Et ce n’est pas tout. Selon Gary Jean Baptiste, les policiers eux-mêmes ne font plus confiance aux nouveaux responsables dans les unités. Méfiance froide. Réticence instinctive. Cette entorse interne ralentit les opérations. Désarme les plus motivés. Fige les plus courageux. Alors comment se battre quand on doute même de sa propre hiérarchie ?À cela s’ajoute l’éternel poison : les primes de risque non versées. Les engagements non tenus. La parole publique sans effet. Une police démotivée ne peut affronter des groupes criminels Monsieur le chef de la PNH. Une police humiliée ne peut pas sauver une ville, un pays. Une police abandonnée finit par se replier, par s’essouffler, par renoncer à ses obligations de protéger et servir.
Le syndicat désigne un responsable, le haut commandement. Selon lui, plus de 60 % des officiers supérieurs seraient incompétents, corrompus ou inféodés au pouvoir politique. Accusation grave. Accusation directe. Si elle dit vrai, alors l’effondrement n’est pas un accident. Il est fabriqué. Lentement. Méthodiquement.
La politisation de la PNH devient, dans cette lecture, un cancer. Un cancer institutionnel. Les gangs recrutent au sein même de l’institution. Nouvelle stratégie! Par le biais de figures politiques qui jouent double jeu, le résultat est net. Car la police perd sa colonne vertébrale. Perd sa cohérence. Perd son autorité. Dans ce chaos, la certification — autrefois évoquée puis enterrée — redevient indispensable. Épurer. Clarifier. Assainir. Sans cela, aucune réforme ne tiendra.
La gestion du personnel révèle une autre absurdité. Des policiers d’élite — SWAT, CIMO, BOID, etc. — sont détachés auprès d’officiels pour des tâches protocolaires. Des soldats spécialisés transformés en chauffeurs. En gardes privés. En porteurs de valise. Leur absence sur le terrain est un luxe que la République ne peut plus se permettre. Le chef de la PNH n’en aurait même pas la maîtrise réelle. Dans certaines unités, ce seraient les commandants eux-mêmes qui distribuent les affectations, hors cadre, hors logique, hors discipline. Une dérive qui désarme le pays.
Le syndicat exige une mesure simple : rétablir une unité spécialisée pour la protection rapprochée. Décharger les unités d’élite. Les renvoyer au combat. Avec leurs armes. Avec leur formation. Avec leur mission première : traquer les gangs, protéger la population, reprendre le territoire un deux pap-padap.
Reste enfin la corruption. Toujours elle. Noyau dur des poches insatiables. Nœud serré des chats bourreux. Le SPNH-17 affirme avoir transmis des dossiers à l’ULCC il y a plus d’un an. Sans réponse. Sans enquête. Sans suite. Silence inquiétant. Silence complice.
Alors, question éblouissante Monsieur, qui protège les protecteurs ? Qui garantit leur sécurité, leur salaire, leur intégrité, leur moral ? L’on ne peut célébrer la PNH le matin et l’abandonner le soir, messieurs-dames. L’on ne peut vanter des « avancées majeures » pendant que les policiers tombent, isolés, sous-financés, pris en otage par des réseaux qui les dépassent.
Le syndicat lance une alerte. Une vraie, peut-être pas la dernière ou une dernière peut-être. Si la PNH s’effondre, ce n’est pas la police qui tombe, c’est le pays qui suit la route vers le néant des valeurs républicaines.
elmano_endara.joseph@student.ueh.edu.ht
Formation : Masterant en Fondements philosophiques et sociologiques de l’Éducation/ Cesun Universidad, California, Mexico; Juriste, Communicateur social
