Par Dr. Jean Richard Sévérin
Ce que le monde est amené à croire à propos d’Haïti n’est pas démontré — c’est répété. Une nation de plus de onze millions de personnes est régulièrement décrite comme étant entièrement prise en otage par quelques centaines d’individus armés, alors qu’aucune liste vérifiée de victimes, aucun nom, aucune cérémonie funéraire, aucun registre familial ni aucune chronologie ne sont jamais produits. Ce qui circule à la place, ce sont des affirmations assurées, recyclées par les médias jusqu’à ce que la répétition se durcisse en « fait ».
Ce n’est pas ainsi que la vérité est établie.
C’est ainsi que les récits sont maintenus.
Les récits de crise sont souvent acceptés en premier et vérifiés plus tard — s’ils le sont un jour. Dans les moments de peur, la répétition devient preuve, et le scepticisme devient suspect. C’est une erreur. Une affirmation publique ne devient crédible que lorsqu’elle peut résister à des questions élémentaires : Qui ? Où ? Quand ? Combien ? Vérifié par qui ?
Demander des documents n’est pas une preuve d’insensibilité. C’est le minimum de sérieux requis — en particulier lorsqu’un récit est utilisé pour justifier des politiques, des flux
financiers et un contrôle extérieur sur Haïti. L’émotion peut expliquer pourquoi les gens croient une histoire ; elle ne peut pas établir si l’histoire est vraie.
Lors de missions de recherche de faits en Haïti en avril et octobre 2025, j’ai observé des conditions qui divergeaient fortement de la représentation internationale dominante aujourd’hui traitée comme une vérité établie. Cette divergence exigeait un examen approfondi — non pas de la société haïtienne, mais des systèmes qui produisent le récit raconté à son sujet.
Des personnes situées à des milliers de kilomètres parlent avec une certitude absolue de terreur, d’effondrement et d’anarchie, tandis que celles qui sont systématiquement positionnées — discrètement et indirectement — comme fournisseurs financiers et protecteurs politiques restent intouchées, non nommées et à l’abri de toute conséquence.
Les récits à eux seuls sont insuffisants. C’est pourquoi PTAH Global Initiatives a déposé une ordonnance restrictive temporaire devant le tribunal de district des États-Unis pour le district de Columbia afin d’imposer la conservation et la divulgation des documents liés aux flux de financement, à la coordination des agences, aux cadres de sécurité et au pouvoir décisionnel associés à la situation actuelle d’Haïti. Cette action n’est pas symbolique. Elle vise à forcer la constitution d’un dossier.
CONTINUITÉ DE L’ÉTAT SOUS PRESSIONUn fait essentiel omis de nombreuses couvertures externes est que l’État haïtien continue de fonctionner, bien que de manière inégale et sous contrainte. Les fonctionnaires continuent de se rendre au travail quotidiennement et de recevoir des salaires mensuels.
Les ministères ont été relocalisés à la périphérie de Port-au-Prince et poursuivent leurs opérations. Même dans certaines parties du centre-ville, l’activité administrative persiste.
Les transports publics restent opérationnels sur les principaux axes. Les déplacements entre La Ville et Carrefour se poursuivent par les transports publics, tout comme la circulation à l’intérieur de plusieurs zones de Port-au-Prince. Ces conditions sont incompatibles avec les affirmations d’un effondrement total.
Les principales fermetures sont très spécifiques : les aéroports et les principaux points d’étranglement le long des routes nationales 1 et 2. Ces points d’étranglement restreignent l’accès à Port-au-Prince plutôt que les déplacements à l’intérieur. L’effet est un confinement, et non une paralysie généralisée.
Cette distinction est importante. Un pays en chute libre ne restreint pas sélectivement l’entrée tout en maintenant la circulation interne et la continuité administrative. Ce qui existe à la place, c’est un confinement sélectif.
Les schémas récents de migration et de déplacement compliquent davantage le récit dominant. Les programmes de libération conditionnelle humanitaire et de migration sous l’administration Biden ont coïncidé avec l’éloignement à grande échelle des résidents de Port-au-Prince, réduisant considérablement la densité de population dans la capitale. Quelle que soit l’intention, l’effet a été de dépeupler des zones contemporaines d’un intérêt international accru pour les actifs stratégiques et extractifs d’Haïti.
Énoncer ce résultat ne nécessite aucune spéculation sur les motivations. Il suffit de reconnaître que les effets des politiques comptent, surtout lorsqu’ils croisent la gouvernance des ressources, le contrôle territorial et l’autorité de reconstruction.
À travers les administrations — Clinton, Obama et Biden — le fil conducteur n’est pas l’appartenance partisane, mais la continuité des politiques au sein d’un écosystème institutionnel et professionnel partagé. Les mêmes réseaux de conseillers, donateurs, fondations, partenaires multilatéraux et contractants réapparaissent. L’autorité de reconstruction, la politique migratoire, la coordination sécuritaire et le financement du développement ont circulé par des canaux alignés pendant des décennies.
Cette continuité n’implique pas une coordination secrète. Elle reflète des relations durables, des cadres partagés et des intérêts qui se chevauchent et persistent à travers les cycles électoraux. Comprendre la situation d’Haïti nécessite d’examiner cette continuité, et non de la réduire à des décisions isolées prises par des administrations isolées.
La réalité actuelle d’Haïti n’est pas apparue spontanément. Elle a suivi des décisions politiques clairement définies prises par des acteurs clairement définis.
DU SÉISME À LA GOUVERNANCE PAR PROCURATION
La paralysie qui en a résulté a pris forme à travers une structure de gouvernance
postérieure à 2010 imposée après le séisme — une structure qui a redirigé la souveraineté, les ressources et la sécurité hors des institutions haïtiennes vers les mains d’intermédiaires haïtiens externes.
Du séisme, à la reconstruction ratée, à la prolifération des armes, à l’assassinat présidentiel, à l’impunité persistante — le fil conducteur n’est pas le désordre. C’est la continuité.
Ce qui est présenté publiquement comme une turbulence politique non résolue n’est ni accidentel ni organique. C’est le résultat prévisible d’interventions délibérées qui ont démantelé les institutions de gouvernance d’Haïti et normalisé un régime intérimaire prolongé. L’instabilité politique a été produite et maintenue comme une condition opératoire.
L’absence d’un gouvernement stable et élu doté d’une pleine autorité réglementaire sur l’exploitation minière, les concessions foncières et les licences extractives n’est pas un échec
de la capacité haïtienne. C’est le résultat d’une perturbation politique externe. Le Parlement a été dissous. Les résultats électoraux ont été remodelés. La continuité constitutionnelle a été rompue. Ces actions ont garanti qu’aucune autorité légitime ne pouvait administrer, réglementer ou contester l’activité extractive au niveau national.
Dans ce vide conçu, des individus se présentant comme acteurs politiques, commentateurs ou chefs de factions ont fonctionné comme des complices plutôt que comme des parties prenantes. Leur rôle a été d’amplifier la confusion, de retarder la consolidation
institutionnelle et d’entraver la restauration de l’État précisément lorsque la résolution menacerait le contrôle externe des ressources et des contrats.
Cette obstruction n’est pas idéologique. Elle est transactionnelle. Elle s’aligne de manière constante sur les intérêts de sponsors rémunérés et de bénéficiaires externes qui profitent de l’ingouvernabilité d’Haïti. Le processus politique n’est pas bloqué parce que le consensus est insaisissable ; il est bloqué parce que la résolution restaurerait la souveraineté réglementaire haïtienne.
L’architecture politique postérieure à 2010 — façonnée par des interventions électorales dirigées par les États-Unis et administrée par des autorités extraordinaires telles que la Commission intérimaire pour la reconstruction d’Haïti — a produit un système dans lequel l’instabilité est fonctionnelle. Elle permet l’extraction sans supervision, la passation de contrats sans responsabilité et le contrôle sans obligation.
La poursuite de la présentation de cette condition comme du chaos plutôt que comme un dessein fait elle-même partie du mécanisme. La paralysie politique est maintenue par un alignement rémunéré, et non par le consentement public. Ceux qui la perpétuent ne sont
pas des participants neutres d’un système défaillant ; ils sont des composants actifs d’une structure conçue pour maintenir Haïti administrativement suspendue tandis que ses ressources restent accessibles.
SUR LES INTERMÉDIAIRES ET L’EXPOSITION
Lorsque la pression de la responsabilité augmente dans des systèmes fondés sur des intermédiaires, un schéma récurrent apparaît. Les acteurs positionnés aux niveaux opérationnels les plus bas — ceux chargés de l’application, du confinement ou du contrôle informel — sont souvent les plus sacrifiables. À mesure que l’examen s’intensifie, la responsabilité tend à être déplacée vers le bas, tandis que ceux qui conçoivent, financent ou autorisent le système cherchent à s’isoler.
Il ne s’agit pas d’une prédiction concernant Haïti, ni d’une affirmation d’événements imminents. C’est une observation structurelle tirée de contextes comparables dans lesquels des réseaux d’application informels opèrent aux côtés d’institutions formelles. Dans de tels environnements, les efforts de nettoyage impliquent fréquemment de rompre les liens avec les intermédiaires plutôt que de s’attaquer à l’architecture qui les a produits.
Comprendre ce schéma est important car il clarifie l’endroit où la responsabilité est le plus souvent mal dirigée. L’attention du public est attirée vers des acteurs visibles, tandis que le pouvoir décisionnel, les circuits de financement et la continuité des politiques restent protégés. Le résultat est une résolution sans responsabilité.
Reconnaître cette dynamique n’est ni une menace, ni un avertissement, ni une revendication de prescience. C’est un rappel analytique que la responsabilité durable exige d’examiner les systèmes vers le haut, et non d’effondrer le blâme vers le bas.
AVIS DE SAISINE PÉNALE — DÉPARTEMENT DE LA JUSTICE DES ÉTATS-UNIS
PTAH Global Initiatives a préparé une saisine pénale formelle et est prête à la soumettre au département de la Justice des États-Unis pour examen et action appropriée.
La saisine consolide des preuves documentaires, des indicateurs de traçabilité financière et une analyse juridictionnelle identifiant des violations potentielles du droit américain découlant d’activités postérieures à 2010 liées à Haïti.
PTAH soumet cette saisine pour évaluation, enquête et décision de poursuite par les autorités compétentes, avec une coopération totale anticipée lors de toute enquête ultérieure.
SUR LES RESPONSABLES GOUVERNEMENTAUX, LES ACTIFS ET LES CONFLITS D’INTÉRÊTS
PTAH Global Initiatives cherchera à obtenir confirmation, par voie de découverte légale, que des responsables du gouvernement américain, y compris des membres actuels ou anciens du Congrès, pourraient détenir des intérêts financiers, des terres ou des participations économiques indirectes en Haïti acquis ou étendus durant la période postérieure à 2010.Si de tels intérêts sont confirmés, ils constitueraient des conflits d’intérêts matériels et pourraient donner lieu à une exposition pénale tant en substance qu’en effet lorsque
l’autorité publique a croisé le bénéfice privé.
CONCLUSION
Si le récit dominant est exact, il devrait résister à la transparence.
Si la transparence est refusée, le récit lui-même devient suspect.
La responsabilité commence par la désignation de l’architecture qui gouverne les résultats.
Dr. Jean Richard Sévérin
PTAH Global Initiatives
