Par Bleck D. Desroses
Le Canada est pris entre le marteau et l’enclume. Il est tiraillé entre ses deux principaux partenaires commerciaux : les États-Unis et la Chine qui cherche à rééquilibrer les rapports de force à l’échelle mondiale.
Son lien avec les États-Unis s’articule autour de trois dimensions majeures : la proximité géographique, l’interdépendance économique et la coopération sécuritaire. Situé en Amérique du Nord, il s’est associé à la puissance américaine par des accords de sécurité et des alliances commerciales dans le cadre de l’Accord de Libre-Echange Nord-Américain (ALENA).
Avec le géant asiatique, il développe des relations économiques stratégiques. Ce qui est perçu par le président américain Donald Trump comme une remise en question de la domination américaine et un acte d’imprudence qu’il entend sanctionner avec la plus grande fermeté, en faisant supporter le coût politique. « Si le Canada conclut une entente avec la Chine, il sera immédiatement frappé par des droits de douane de 100 % sur tous les biens et produits canadiens importés aux États-Unis », a écrit Donald Trump sur son réseau Truth Social la semaine dernière.
Depuis le retour du républicain à la Maison blanche en 2025, Ottawa est sous pression en raison de sa rhétorique impérialiste, se proposant d’annexer les terres boréales d’Amérique afin de les transformer en 51e État des États-Unis.
Cette rhétorique semble s’inspirer dans la théorie des quatre grandes zones élaborée par Karl Haushofer (1924), laquelle place le continent sous le haut patronage de la République étoilée. De cette vision découlent les visées expansionnistes du président George Bush : réunir l’ensemble des peuples d’Amérique, de l’Alaska à la Terre de Feu, jusqu’au Chili, dans le cadre de la Zone de libre-échange des Amériques (ZLEA).
Qualifiée d’ambition impérialiste, elle a été combattue par le Venezuela chaviste, qui lui opposait l’Alternative bolivarienne pour les Amériques (ALBA), proposant, contrairement au projet étasunien, une intégration fondée sur l’échange et la complémentarité plutôt que sur la libre concurrence. On comprend alors pourquoi ce pays d’Amérique du Sud est devenu une obsession pour l’administration américaine.
À côté de son potentiel pétrolier, le Venezuela représente un enjeu géopolitique majeur dans la mise en place de la nouvelle politique impériale américaine dans la région.
Le président Nicolas Maduro, une fois renversé, Donald Trump se donne pour objectif d’annexer le Groenland, ce qui lui permettrait d’encercler totalement le Canada et de le faire entrer dans le giron américain par la stratégie d’absorption définie par Friedrich Ratzel comme le processus par lequel un État, conçu comme un organisme vivant, étend son « espace vital » en annexant des territoires moins puissants en périphérie.
Pour Washington, la chute du Venezuela aura l’effet domino. Le reste du continent tomberait alors, sans grande résistance, sous la coupe bien réglée de la première puissance mondiale, à moins d’un rééquilibrage des forces politiques mondiales.
Face à la montée de cette rhétorique impérialiste étasunienne, le Canada se voit contraint de réévaluer en profondeur sa politique étrangère, notamment la nature de ses relations avec les États-Unis, tout en œuvrant à une diversification stratégique de ses partenariats commerciaux afin de réduire la dépendance structurelle de son économie à l’égard de la puissance américaine.
