Le dossier de l’assassinat du président Jovenel Moïse vient de franchir un nouveau palier de brutalité factuelle. Rodolph Jaar, l’homme d’affaires déjà condamné à la perpétuité, a brisé le silence devant la justice américaine. Entre chiffres précis et révélations sur les coulisses de l’opération, ses aveux dessinent la cartographie d’un crime financé au dollar près.
L’Anatomie d’un financement
L'information, relayée par le Miami Herald, est précise parce que l'opération n'était pas seulement politique, elle était budgétisée. Jaar a avoué avoir injecté environ 150 000 dollars américains dans la logistique du complot. Ce n’est plus une rumeur, c’est une pièce comptable du crime.
La répartition des fonds dévoilée par Jaar laisse perplexe : 80 000 dollars auraient servi à corrompre ou mobiliser l’USGPN (unité de sécurité générale du palais national), 30 000 dollars pour les unités Cat Team et un versement direct de 10 000 dollars à Joseph Félix Badio.
Ipso facto ce découpage financier démontre une infiltration profonde des structures de sécurité de l’État. Payer ceux qui sont censés protéger est la stratégie la plus efficace pour garantir le succès d’un assaut. Ici, l’argent a servi de clé pour ouvrir les portes du Palais.
Mythe de la Mission CIA
L’un des points les plus troublants du témoignage de Jaar réside dans le timing de sa prise de conscience. Il affirme n’avoir appris le véritable objectif — l'exécution physique du président — que le 6 juillet 2021, soit la veille du drame. Jusque-là, il dit avoir cru à une opération de la CIA visant simplement à arrêter Jovenel Moïse.
C’est en effet James Solages qui lui aurait vendu ce scénario. « Ils vont entrer, tuer le président, et repartir », lui aurait-on lancé froidement.
En outre, cet argumentaire de la "surprise" est une ligne de défense classique dans les grands complots. En invoquant l'ombre de la CIA, les organisateurs s'assurent la coopération de complices locaux qui pensent agir sous couvert d'une puissance étrangère. Pour Jaar, cet aveu tardif tente de nuancer son intention criminelle, sans pour autant effacer sa responsabilité logistique.
De la cavale à la coopération
Après avoir fui en République Dominicaine le 25 décembre 2021, Rodolph Jaar a fini par se livrer au FBI. Sa coopération n'a pas été superficielle : il a rencontré les agents fédéraux à 25 reprises. Ces entretiens ont permis de recouper les preuves qui ont mené à sa condamnation à vie.
De facto, le témoignage de Rodolph Jaar fait montre d'une pièce maîtresse du puzzle. Il confirme que l’assassinat de Jovenel Moïse était une entreprise où la trahison interne et le financement privé se sont rencontrés. Si Jaar est aujourd'hui hors-jeu, ses révélations continuent de faire trembler ceux qui, dans l’ombre, ont pu bénéficier de cette transaction mortelle.
