Mon texte « peuple ou peuplade » n’avait rien d’innocent. Il se voulait une provocation lucid e, un appel à la contradiction, dans l’espoir de voir émerger un contre-discours sérieux face à mes allégations sur la corruption et l’incompétence qui gangrènent notre gouvernance.
Mais il aura suffi d’une note/avis du nouveau Directeur général de l’ANAP pour balayer toute attente : la réalité dépasse désormais la satire.
Monsieur Gédéon, ancien membre du cabinet de Jeantel Joseph et aujourd’hui propulsé à la tête de l’institution, semble ignorer jusqu’aux fondements mêmes de ses prérogatives. Interdire l’accès à la Citadelle Henry — site dont il n’a ni la gestion ni la tutelle — relève moins de l’erreur que de l’illustration parfaite d’une dérive institutionnelle préoccupante.
Et puisque le ridicule, dit-on, ne tue pas, il peut se permettre d’ignorer, sans sourciller, le ministère de la Culture et l’ISPAN, seuls légalement habilités à gérer ce patrimoine majeur de la Caraïbe.
À la lecture de cette note, un sentiment persiste : celui d’un acte inachevé. On aurait presque attendu, dans la même lancée, l’annonce du limogeage des institutions compétentes. L’absurde appelle parfois sa propre logique.
Il faut bien l’admettre : même à certaines époques que l’on croyait révolues, le puissant Luckner Cambronne n’aurait guère fait mieux dans l’exercice de l’arbitraire.
Il me faudra donc revoir mon texte initial et y ajouter une dimension nouvelle : celle du ridicule, désormais indissociable de l’incompétence et de la corruption.
Comme si cela ne suffisait pas, un autre fait interpelle : la démission du directeur au ministère de la Culture. Officiellement motivée par une incompatibilité de valeurs avec l’institution, cette décision aurait pu être saluée comme un acte de cohérence et de dignité.
Mais le contexte la fragilise.
Car dans une entrevue accordée à la presse, Monsieur Jean Gary Denis n’a pas hésité à dénoncer les dérives du ministre sortant, l’architecte Patrick Delatour. Dès lors, une question s’impose : pourquoi quitter précisément au moment où une nouvelle gouvernance s’installe, et alors même qu’aucun grief n’est encore formulé à son encontre ?
Le geste, en apparence noble, perd de sa portée lorsque son opportunité devient discutable. Et lorsque le prétexte s’effondre, il ne reste plus grand-chose à défendre.
Sinon, encore une fois, une certaine idée du ridicule.
Merci, tout de même, pour le geste.
A. Laraque
15 avril 2026
