Mon cher prof Clotaire,
Il y a trente-huit ans, si quelqu’un vous avait annoncé qu’un jour votre nom serait associé à l’une des plus belles pages de l’histoire de l’éducation dans la commune de Pestel, vous auriez probablement accueilli cette prédiction avec modestie. Pourtant, le temps a rendu son verdict. Aujourd’hui, alors que votre départ à la retraite devient officiel par un arrêté gouvernemental spécial #22 en date du 08 mai 2026, il est impossible de ne pas mesurer l’ampleur du chemin parcouru et de l’héritage que vous laissez derrière vous.
En 1988, vous étiez un jeune homme qui entrait dans l’enseignement avec ses rêves, ses ambitions et sans doute aussi ses incertitudes. Mais très tôt, ceux qui vous ont vu faire vos premiers pas dans cette profession ont compris que vous possédiez quelque chose de rare : le talent de transmettre, le sens du devoir et une profonde passion pour l’éducation.
Les années ont passé. Beaucoup sont venus avant vous, beaucoup sont venus après vous. Certains ont laissé leur empreinte, d’autres sont passés plus discrètement. Vous, vous avez choisi de rester fidèle à votre mission. Vous avez traversé les époques, les changements, les difficultés et les défis avec une constance admirable. Vous avez tenu la barre lorsque les vents étaient favorables comme lorsqu’ils étaient contraires.
Durant près de quatre décennies, vous avez consacré votre vie à former des générations de jeunes. Vous leur avez transmis bien plus que des connaissances. Vous leur avez appris la discipline, le respect, le sens des responsabilités et la confiance en leurs capacités. Vous avez aidé des milliers de jeunes à croire en eux-mêmes et à envisager un avenir meilleur.
Aujourd’hui, nombreux sont ceux qui occupent des postes importants dans la société haïtienne ou d’autres cieux, qui dirigent des entreprises, enseignent à leur tour, servent l’administration publique ou contribuent au développement de leur communauté voire l’humanité. Chacun d’eux porte, parfois sans même s’en rendre compte, une part de l’enseignement que vous lui avez légué.
Il est difficile de trouver un ancien élève qui ne se souvienne pas de vous avec respect ou affection. Car au-delà du professeur, il y avait l’éducateur. Au-delà de l’éducateur, il y avait l’homme. Un homme convaincu que l’école demeure l’un des plus puissants instruments de transformation sociale.
Pour ma part, j’ai eu le privilège de vous connaître sous deux angles différents : d’abord comme élève, ensuite comme collègue. Cette double expérience m’a permis d’apprécier non seulement la qualité de votre enseignement, mais également la grandeur de votre engagement. J’ai admiré votre énergie, votre disponibilité et votre fidélité à une vocation que vous avez servie avec dignité jusqu’au dernier jour.
Je pourrais évoquer de nombreux souvenirs, raconter d’innombrables anecdotes ou rappeler les moments qui ont marqué votre parcours. Mais aucune liste, aussi longue soit-elle, ne pourrait résumer convenablement l’influence que vous avez exercée sur plusieurs générations de Pestelois.
Aujourd’hui, votre retraite marque la fin d’une carrière exceptionnelle, mais elle ne marque pas la fin de votre œuvre. Car les enseignants ne quittent jamais vraiment la scène. Ils continuent de vivre à travers les connaissances qu’ils ont transmises, les valeurs qu’ils ont inculquées et les vies qu’ils ont contribué à façonner.
Au nom de tous ceux que vous avez instruits, conseillés, encouragés ou inspirés, je tiens à vous adresser un immense merci. Merci pour votre patience. Merci pour votre dévouement. Merci pour les sacrifices consentis au service de l’éducation. Merci d’avoir cru en tant de jeunes avant même qu’ils ne croient en eux-mêmes.
Vous quittez aujourd’hui la vie active avec le sentiment légitime du devoir accompli. Mais surtout, vous partez avec quelque chose de plus précieux encore : le respect, l’estime et la gratitude d’une communauté entière. Le système éducatif Pestelois va vous manquer aussi longtemps. Une chose vous fera sûrement sourire : vous y avez laissé des disciples aussi passionnés que vous. Réjouissez-vous donc !
Bonne retraite, cher maître Clotaire.
Que cette nouvelle étape de votre vie soit à la hauteur de l’œuvre remarquable que vous laissez derrière vous.
Avec toute mon admiration et ma profonde reconnaissance,
James Saint Germain
