Quand condamner remplace protéger — et quand protéger n'est plus une priorité pour personne
Quarante-sept morts. Au moins. Le chiffre grimpe encore.
Vingt-deux exécutés dans une église un lieu où l'on cherche refuge, pas la mort. Et pourtant, la mort les y a trouvés.
Kenscoff n'est pas tombé dans l'inconnu. Kenscoff était annoncé. Plus de 260 morts en 2025. Deux cents maisons rasées. Une douzaine d'attaques depuis. Des habitants qui criaient, qui suppliaient, qui savaient. Et l'État? L'État a attendu. Encore.
LE GOUVERNEMENT : L'ART DE PROMETTRE SANS AGIR
« Sans faiblesse et sans délai », a-t-on dit après Pont-Sondé. Après Gressier. Après chaque carnage qui porte désormais un nom de ville comme on porte une cicatrice.
Ce ne sont plus des promesses. Ce sont des formules vides, répétées comme un mantra que plus personne ne croit pas même ceux qui les prononcent.
Où était la police pendant que les gangs massacraient à quelques minutes d'un commissariat? Une enquête sur d'éventuelles complicités a été ouverte. Une enquête. Comme si l'incompétence ou la lâcheté méritaient d'être découvertes, alors qu'elles sont documentées depuis des mois.
Gouverner, ce n'est pas signer des communiqués après le sang versé. C'est l'empêcher de couler.
LA « COMMUNAUTÉ INTERNATIONALE » : LE THÉÂTRE DE L'INDIGNATION
Washington condamne. L'ONU s'inquiète. Les diplomates appellent à une enquête. Puis le silence, jusqu'au prochain massacre parce qu'il y en aura un prochain, et tout le monde le sait déjà.
La force multinationale anti-gangs vise 5 500 hommes d'ici l'automne. Vise. Pas déployée. Pas opérationnelle. Un chiffre sur un document, tandis que des civils meurent dans des églises.
Combien de résolutions faudra-t-il avant qu'un mandat se transforme en présence réelle sur le terrain ? Combien de rapports de l'ONU avant qu'un rapport devienne une intervention ?
La communauté internationale a professionnalisé le deuil à distance. Elle sait compatir. Elle ne sait plus protéger.
KENSCOFF, LE VÉRITABLE TEST
En décembre 2026, Haïti doit voter. Comment organiser des élections dans un pays où des gangs peuvent exécuter des civils dans une église, sans qu'aucune force nationale ou internationale ne les en empêche ?
Ce ne sera pas une élection. Ce sera une cérémonie sur un territoire que d'autres contrôlent déjà.
LA DERNIÈRE LIGNE
Personne n'a besoin d'une nouvelle minute de silence. Le silence, Haïti le connaît déjà c'est celui de l'État absent, et celui du monde qui regarde.
Kenscoff ne demande pas de compassion. Kenscoff demande des comptes.
Et le prochain massacre parce qu'il y en aura un dira si quelqu'un, enfin, a écouté.
