Port-au-Prince, le 4 septembre 2026
«Monsieur le Président, qu’en est-il du vote de la diaspora aux prochaines élections?»
Lettre ouverte à Monsieur Jacques DESROSIERS, Président du Conseil Electoral Provisoire
Monsieur le Président,
La participation des Haïtiens vivant à l’étranger aux prochaines élections constitue une avancée démocratique majeure, une conquête historique même. Elle répond à une revendication réitérée depuis de nombreuses années par la diaspora haïtienne qui, bien qu’établie hors du territoire national, demeure profondément attachée à sa terre natale et continue de contribuer de manière déterminante à sa vie économique, sociale et culturelle.
Ayant moi-même farouchement défendu cette cause durant mon passage au Parlement et après, je mesure la portée historique de sa reconnaissance dans le cadre électoral. Mais un droit consacré dans un texte ne devient effectif que lorsque les mécanismes nécessaires à son exercice sont clairement définis et effectivement mis en place. Or, à moins de quatre mois du premier tour prévu le 13 décembre 2026, de nombreuses interrogations demeurent sans réponse:
• Quelles catégories d’Haïtiens vivant à l’étranger pourront voter?
• Quelles seront les conditions et les procédures d’inscription sur les listes électorales?
• Quels documents d’identification seront exigés?
• Dans quelles villes et pays les bureaux de vote seront-ils établis?
• Les ambassades et les consulats seront-ils les seuls espaces retenus?
• Qui assurera le recrutement, la formation et la supervision du personnel électoral à l’étranger?
• Enfin, quels mécanismes garantiront la sécurité du scrutin, la transmission des résultats,
l’observation électorale et le traitement des éventuelles contestations?
Ces questions ne sont pas accessoires. Elles touchent directement à la crédibilité, à l’inclusivité et à la transparence du processus électoral.
Monsieur le Président,
L’organisation du vote de la diaspora représente, certes, un défi administratif, financier, logistique et diplomatique considérable. Elle suppose une coordination étroite entre le Conseil électoral provisoire, l’Office National d’identification, le Ministère des Affaires étrangères, le Ministère des Haïtiens vivant à l’étranger ainsi que les représentations diplomatiques et consulaires d’Haïti. Mais l’ampleur de ce défi ne rend l’incertitude actuelle que plus inquiétante. Plus les décisions seront tardives, plus les risques d’exclusion, d’improvisation et de contestation seront élevés.
Je recommande donc que le Conseil Electoral publie, dans les meilleurs délais, un dispositif opérationnel précisant les modalités de ce vote et des contestations y relatives, le cas échéant. Dans certains pays accueillant d’importantes communautés haïtiennes, s’il n’y a pas de consulat ou d’ambassade, le CEP pourrait envisager, en collaboration avec les autorités publiques locales, l’aménagement de centres de vote dans des espaces communautaires.
La diaspora ne demande ni privilège ni traitement de faveur. Elle réclame la possibilité d’exercer pleinement un droit politique qui lui est reconnu. Elle mérite de savoir, dès maintenant, si elle pourra effectivement voter et dans quelles conditions. D’autant plus que des centaines de milliers d’Haïtiens s’inscrivent tous les jours sur l’étendue du territoire national. Permettre aux Haïtiens vivant à l’étranger de participer au choix du prochain Président de la République contribuerait à renforcer leur appartenance à la communauté nationale. Ce serait également un signal fort en faveur d’une démocratie plus inclusive et d’une reconstruction nationale mobilisant toutes les forces du pays, à l’intérieur comme à l’extérieur.
En vous remerciant par anticipation de l’attention que vous accorderez à la présente, je vous prie de recevoir, Monsieur le Président, l’expression de ma considération républicaine.
Jerry TARDIEU
Ancien Député de Pétion-Ville
