Disparu il y a plus de huit ans, le 26 janvier 2016. Michel Delpech demeure l’une des plus belles voix, l’un des compositeurs les plus inspirés et créatifs de sa génération, à force que son héritage musical, artistique et poétique continue de célébrer la vie, l’amour, les valeurs autant que les vices.
Dans une pause rétrospective autour des plus beaux souvenirs qui ornaient les belles années 80, en incluant des mélodies francophones, je tombe sur cette pièce maitresse aussi poétique que pervers.
Déjà plus de 50 ans, depuis que « Je pense à toi », cette chanson fétiche de Michel Delpech, sortie en 1974 a fait son entrée dans la poésie musicale française, jusqu’à s’inscrire dans l’imaginaire francophone des millions de mélomanes et de plus d‘une génération.
Dans l’espace de 3 minutes 19 secondes, on se laisse bercer par autant les paroles, la douceur de la voix de l’interpréter que les couleurs musicales et instrumentales qui gardent encore toute leur fraicheur. Cette chanson inspire malheureusement tout l’horreur que la trahison d’une amitié bafouée, d’un amour démesuré, et de la confiance avortée, peuvent laisser en guise de cicatrices dans beaucoup de relations.
Douce mélodie à première vue, pourtant, cette chanson se propose d’interpeller plus d’un à la prévention sur certaines proximités qui dérangent ou détruisent des relations de couples, des amitiés qu’on croyait pourtant franches et solides.
Dans la présente publication, il parait opportun et nécessaire d’illustrer à partir d’une sélection de compositions musicales aussi inspirantes, notre démarche première qui vise à encourager une certaine éducation préventive dans les relations de couple d’ici et d’ailleurs.
De la pensée à la pitié, Michel Delpech prêche comme dans le désert après son forfait et sa trahison : « Je pense à toi. Souvent je crois t'entendre. Me dire que chez toi. C'était aussi chez moi. Je pense à toi. Tu ne dois rien comprendre. Tu dois être abattu ».
Déception et satisfaction se mélangent dans cette relation à trois, ensuite à deux, avec la victime laissée sur le banc, autour d’une expression autant sincère mais dans le fond ironique : « Je pense à toi ».
Dans l’intimité d’une amitié trahie, il cherche à se trouver des excuses : « J'ai beau chercher me trouver des prétextes. Je sais très bien que rien ne tient debout. Mais on était toujours ensemble ou presque. Même à Noël en pendant le mois d'Août. Bien entendu quand on est aussi proche. Ces choses-là sont forcées d'arriver. Ce n'est qu'après qu'on se fait des reproches. Je ne vis plus depuis qu'on t'a laissé. ».
Dans cette approche visant à interpeller et à éduquer les personnes qui entretiennent des relations d’amitié et/ou d’amour, cette douce mélodie intrigante mérite plus que jamais une place dans la littérature francophone en tant qu’objet d’études. Elle pourrait inviter les jeunes et les moins jeunes à développer des valeurs d’éthique, en dehors de cette approche préventive sur les conséquences de certains comportements, des relations de proximité, des jeux d’intérêt, parfois négligents et naïfs qui peuvent souvent conclure à d’autres conséquences souvent imprévisibles et irréparables.
Delpech, à travers cette mélodie se souvenait il y a un demi-siècle en 1974 : « Je débarquais à n'importe quelle heure. On cuisinait, on dînait tous les trois. Vous aviez l'air d'un couple sans problème. Je vous aimais, elle, aussi bien que toi. Avec le temps je suis venu pour elle. Tu n'as rien vu mais j'étais amoureux. Elle attendait que je parte avec elle. Il a fallu te rendre malheureux ».
Disons merci quand même à ce grand nom de la musique francophone, Jean Michel Bertrand Delpech pour la somme de ses contributions artistiques. Entre des sourires visibles ou cachés pour certains, des soupirs sur fond de remord et de regret pour d’autres, et dans l’ensemble des souvenirs de certaines erreurs irréparables, ils sont nombreux à s’exprimer à travers ces quatre mots simples, puissants ou poignants : « Je pense à toi ».
Des leçons de vie certaines, des leçons d’amitié à l’imparfait et d’amour au plus que parfait sont formulées dans cette chanson, qui porte toute l’essence de la place que la confiance devrait jouer dans une relation, dans toute relation.
Dominique Domerçant
