Dans un monde marqué par l’instabilité politique, les crises sociales et les incertitudes existentielles, la littérature demeure l’un des lieux privilégiés où s’expriment les inquiétudes de notre temps. Avec Rhédos : Dystopie du chaos publié en 2026 aux éditions, l’écrivain haïtien Gabriel Wensley Alcindor propose une œuvre qui transforme ces tensions contemporaines en matière littéraire. À travers un univers fictif chargé de symboles, il invite le lecteur à une réflexion profonde sur la condition humaine face au désordre du monde.
Originaire de Jacmel, ville historique et artistique du sud-est d’Haïti, Gabriel Wensley Alcindor a longtemps évolué dans le domaine de la santé publique avant de se consacrer à l’écriture. Installé aujourd’hui au Québec, il signe avec Rhédos, publié aux éditions Plimay, un roman dystopique qui interroge les mécanismes du pouvoir, la fragilité des sociétés et la quête de vérité dans un univers en mutation.
Né dans une famille chrétienne protestante profondément attachée à l’éducation et au service communautaire, Gabriel Wensley Alcindor a grandi dans un environnement où la rigueur morale et la réflexion intellectuelle occupaient une place centrale.
Sa mère, institutrice retraitée et diaconesse à l’Église Chrétienne Réformée d’Haïti, et son père, ancien chauffeur à la Direction Sanitaire du Sud-Est, ont marqué son parcours par des valeurs de discipline et d’engagement.
Formé d’abord chez les Frères de l’Instruction Chrétienne à Jacmel, puis au Centre Alcibiade Pommayrac, il poursuit ensuite des études supérieures en management, en droit et en épidémiologie de terrain.
Sa carrière professionnelle se déploie dans le secteur de la santé, notamment au sein de Médecins Sans Frontières, avant de travailler à la Direction Sanitaire du Sud-Est. Ce parcours, marqué par l’observation directe des réalités sociales et humaines, nourrit aujourd’hui sa sensibilité d’écrivain.
« Aujourd’hui, je vis au Québec et j’entreprends une carrière d’écrivain », explique-t-il.
L’idée de Rhédos ne naît pas d’un simple exercice d’imagination. Elle s’enracine dans une observation attentive des bouleversements contemporains.
Face aux crises politiques, aux tensions sociales et aux incertitudes qui traversent notre époque, l’auteur ressent progressivement un besoin d’exprimer ce malaise par l’écriture.
« En observant le monde, je ressentais de plus en plus un sentiment de désorientation collective. L’écriture est devenue un moyen d’explorer ce malaise », confie-t-il.
Le projet débute sous forme d’images, de fragments et de réflexions. Peu à peu, ces éléments se transforment en une architecture narrative plus vaste.
Alors qu’il travaillait simultanément sur d’autres œuvres, notamment le roman Demandeur d’exil et le recueil de poésie Cri à l’humanité écrit avec John Kerven Alcindor, Rhédos s’impose comme une œuvre incontournable.
« Rhédos m’a habité trop longtemps et était devenu une œuvre urgente », souligne l’écrivain.
Le terme Rhédos lui-même est une invention de l’auteur. Il ne désigne aucun lieu identifiable, mais un espace symbolique où les contradictions humaines apparaissent avec une intensité particulière.
« Je voulais un mot qui ne renvoie à aucun lieu précis, mais qui évoque une atmosphère, un état du monde », explique Gabriel Wensley Alcindor.
Dans cet univers fictif, les repères traditionnels se dissolvent. Les personnages évoluent dans un monde traversé par le doute, les illusions et les tensions du pouvoir.
Ainsi, l’imaginaire devient un miroir du réel, révélant certaines dynamiques profondes de notre époque.
En choisissant la dystopie, l’auteur s’inscrit dans une tradition littéraire qui utilise la fiction pour questionner les dérives politiques et sociales.
Ce genre, souvent associé à une vision sombre du futur, devient ici un instrument de réflexion.
« La dystopie est moins un récit pessimiste qu’un outil de questionnement », affirme l’écrivain.
En poussant à l’extrême certaines tendances du présent, le roman permet d’examiner les mécanismes qui façonnent les sociétés contemporaines.
L’univers de Rhédos met en scène trois figures principales : Emmanuel, Erynn et Anathar. Investis d’une mission, ils évoluent dans un environnement marqué par l’effritement des certitudes.
Mais au-delà de ces protagonistes, l’auteur propose une lecture plus symbolique de son récit.
« Après une lecture complète de l’œuvre, on réalise que le personnage principal est en fait Rhédos lui-même », explique-t-il.
Dans cette perspective, le véritable protagoniste devient cette conscience vigilante — le « fou », le « poète » ou le « veilleur » — qui réside en chaque lecteur.
La couverture du roman porte une phrase qui résume la philosophie de l’œuvre :« Ce n’est pas un monde à sauver. C’est une révélation à affronter. »
Pour Gabriel Wensley Alcindor, certaines crises ne sont pas seulement des accidents historiques, mais des moments où se dévoilent des vérités fondamentales sur l’humanité.
« Avant de vouloir réparer l’histoire, il faut parfois accepter de regarder ce que ces fractures révèlent de nous », explique-t-il.
L’écriture de l’auteur s’inscrit dans une rencontre entre réflexion philosophique, sensibilité poétique et héritage culturel haïtien.
Parmi ses influences figurent des figures marquantes telles que MC Solaar, Guillaume Apollinaire, René Depestre et Frankétienne.
« J’essaie de créer un équilibre entre réflexion intellectuelle et sensibilité poétique », souligne-t-il.
Cette hybridation stylistique confère à Rhédos une atmosphère singulière où la pensée et l’émotion se répondent.
Les premiers retours des lecteurs soulignent la dimension symbolique et philosophique du livre.
Certains évoquent une œuvre dense et méditative, d’autres une expérience de lecture presque spirituelle.
Pour l’auteur, la réussite d’un livre ne se mesure pas seulement à son succès commercial, mais à sa capacité à susciter des interrogations.
« Ce qui me touche le plus, c’est lorsque le livre suscite des débats », confie-t-il.
Pour Gabriel Wensley Alcindor, Rhédos ne constitue pas une finalité, mais une étape dans une recherche littéraire plus vaste.
Parmi ses projets figure notamment le roman Demandeur d’exil, actuellement en préparation.
« Chaque projet est une manière d’approfondir les questions humaines », explique-t-il.
À travers ses écrits, l’auteur semble poursuivre une ambition claire : transformer les interrogations de son époque en une œuvre capable d’interpeller les consciences.
Emerson Vilbrun
