Tout commence par une inquiétude de mère. Une peau fragile, des nuits difficiles, et une absence criante de solutions adaptées. Face à l’eczéma de sa fille, Jocelyne Firmin ne trouve aucune réponse satisfaisante sur le marché. Alors, elle décide d’en créer une. De cette urgence intime naîtra Kiyamel Skincare, aujourd’hui reconnue sur le marché international des produits dermatologiques.
Née et élevée à Jacmel, Jocelyne Firmin grandit dans une ville où la culture, la créativité et la résilience façonnent les esprits. Élève du Centre Alcibiade Pommayrac, elle développa très tôt un goût pour la communication et l’expression. Une première expérience à la radio, comme animatrice culturelle, lui a permis de comprendre l’importance de la voix radiophonique et du lien avec le public.
Mais c’est aux États-Unis que son parcours prit une autre dimension. Grâce à une bourse d’études en gestion des affaires et en marketing, elle apprit à structurer ses idées et à transformer une vision en projet concret.
De retour en Haïti, elle fonde la Fondation des Jeunes Haïtiens Optimistes, avec pour mission de renforcer le leadership et l’estime de soi des jeunes, notamment des jeunes filles à Jacmel. Elle lance également Miss Hadriana, une initiative culturelle visant à valoriser discipline, ambition et potentiel de la gente féminine de son patelin natal. Succès fou ! Expériences acquises et préparation pour d’autres défis !
En prenant un peu de recul, elle reconnaît une cohérence dans son parcours qui lui a permis de « Créer des plateformes qui élèvent, structurent et donnent des opportunités. »
Mais c’est une épreuve personnelle qui va profondément redéfinir sa trajectoire. Lorsque sa fille développe de l’eczéma, Jocelyne Firmin se retrouve confrontée à un vide : des produits inadaptés, peu sûrs, ou inefficaces.
« Ma fille souffrait d’eczéma, et je ne trouvais aucune solution qui répondait réellement aux exigences de sécurité, d’efficacité et de tolérance aux produits sur le marché, recommandés par les docteurs. »
Ce constat devient un point de mire qui la fit basculer dans ses racines profondes de femme des iles caribéennes, ayant grandie dans l’atmosphère des serres chaudes de la médecine traditionnelle. Elle décide de concevoir elle-même une solution. En collaboration avec un chimiste, elle supervise le développement de formules répondant à des standards stricts. Car, dit-elle : « Mon rôle n’a jamais été de formuler moi-même, mais de diriger le développement du produit avec un niveau d’exigence très précis. »
Ce qui n’était au départ qu’une réponse individuelle attire rapidement l’attention. D’autres personnes, confrontées aux mêmes problèmes de peau, commencent à demander ces produits.
« À partir de ce moment, ce n’était plus un besoin isolé, mais la confirmation d’un manque clair sur le marché. »
Kiyamel Skincare prend alors forme, avec une approche rigoureuse, basée sur la qualité, la sécurité et l’efficacité.
Aujourd’hui, la marque franchit un cap majeur : elle devient la première entreprise détenue par une femme noire à être acceptée par la National Eczema Association, une reconnaissance qui valide scientifiquement ses produits.
Le chemin n’a pas été sans difficultés. Entre manque de financement, accès limité aux réseaux et réalités liées à son statut d’immigrante, Jocelyne Firmin dût avancer avec peu de ressources : « J’ai construit Kiyamel avec des ressources très limitées, parfois un gallon à la fois. »
À ces défis se sont ajoutées des épreuves personnelles : période post-partum, pandémie, et même une paralysie faciale liée à la maladie de Bell. Mais elle refuse de s’arrêter. Mais, comme elle l’affirme elle-même : « La résilience n’est pas une qualité que l’on revendique, c’est une discipline que l’on démontre. »
Au-delà de la performance commerciale, Kiyamel incarne une mission : améliorer concrètement la qualité de vie des personnes.
Deux témoignages marquent particulièrement l’entrepreneure. Celui d’une enfant d’un an, dont l’eczéma sévère s’est nettement amélioré en quelques semaines. Et celui d’une femme de 70 ans, qui retrouve enfin une peau apaisée après des années de souffrance.
« Ce que nous faisons va bien au-delà des produits. Il s’agit d’un impact réel sur la qualité de vie des personnes. »
Pour Jocelyne Firmin, le succès ne se mesure pas uniquement en chiffres : « Le succès, c’est l’impact mesurable. Combien de vies avons-nous améliorées ? »
Aujourd’hui, elle souhaite aller plus loin, en accompagnant d’autres entrepreneurs à construire des entreprises solides, à travers des solutions comme le private label. Mais au cœur de sa démarche, une volonté persiste : transmettre. « Je veux représenter une possibilité. »
De Jacmel aux laboratoires validés par des institutions internationales, Jocelyne Firmin n’a pas seulement construit une marque. Elle a transformé une douleur intime en solution collective. Et prouvé, à travers chaque étape, qu’entre résilience et rigueur, il est possible de contribuer dans la vie d’autrui, bâtir, même à partir de rien, quelque chose qui change des vies. Etre sur la corde raide de la recherche créative et scientifique au service de l’humanité, comme un funambule, pour faire rêver, croire et espérer en la vie !!!
Emerson Vilbrun
Journaliste – écrivain
vilbrunemerson@gmail.com
