Entre émotion, technologie et engagement citoyen, le lancement des activités de la Grenadiers Foundation célébrant le centenaire du grand Aède de la littérature haïtienne, René Depestre, a donné lieu à une soirée profondément centrée sur les droits humains et l’humanité à sauver, par la poésie, comme arme psychologique et politique. Un moment mémorable pour l’assistance car il porte en lui tout un pan de mémoire qui a pour ambition : l’avenir d’Haiti !
Jacmel, 18 avril 2026 — Ce vendredi 17 avril, au Manoir Alexandra devenu pour une nuit Manoir Adriana, il ne s’agissait pas simplement d’un événement culturel. C’était une rencontre inoubliable.
Pour l’occasion, le lieu avait changé de visage. Entre ses murs aux lignes sobres et à l’architecture dix-neuvièmiste, les couleurs du centenaire de l’immeuble s’étaient imposées : banderoles dressées en hommage à René Depestre, t-shirts à son effigie portés avec fierté, rangées de chaises occupées par une jeunesse attentive et avide de savoir plus sur le célèbre Aïeul. Le manoir, habituellement discret, semblait habité d’une énergie nouvelle — comme si, le temps d’une soirée, il était devenu un espace de passage diaphane entre mémoire, présent et avenir.
Une rencontre entre générations, entre souvenirs et modernité, entre l’humain… et la machine.
Dès l’entrée, quelque chose se ressent. Une ambiance douce, presque intime. Une musique instrumentale en sourdine, des regards curieux, des pas lents devant les images de René Depestre. Certains visiteurs prennent le temps, s’arrêtent, lisent, contemplent, sourient avec un air de fierté d’etre Jacmélienne, d’etre Jacmélien, dans la ville aux mille noms célèbres dont René Depestre. On ne se presse pas. On entre dans une histoire, dans notre histoire.
La Grenadiers Foundation n’a pas simplement organisé une cérémonie. Elle a permis à l’assistance de se tisser une expérience, l’espace d’un cillement. À travers les mots d’accueil, la présentation du thème et la mise en contexte du centenaire, l’objectif apparaît clairement : faire de cet hommage un point de départ, un mouvement collectif tourné vers la jeunesse. Au programme des tournées culturelles dans un calendrier chargé d’activités, de transmission d’une meilleure connaissance des œuvres de l’auteur, mais on y parle surtout d’avenir.
Puis vient le moment que beaucoup attendaient sans vraiment savoir à quoi s’attendre. H.E.S.T.E.R. entre en scène.
Une intelligence artificielle, conçue en Haïti par de jeunes talents. Mais très vite, la salle oublie la technologie. Ce qui frappe, c’est la voix, le récit, la manière de raconter René Depestre. Pendant trente minutes, le parcours du poète est déroulé avec précision, mais aussi avec une forme d’émotion inattendue. Dans le public, les visages changent. On écoute autrement. On ressent.
« En 1946, Depestre a utilisé la plume pour renverser les murs. En 2026, nos jeunes utilisent le code et l’IA pour bâtir des ponts. »
Et pendant un instant, la frontière entre humain et machine semble s’effacer. Mais la force de l’événement ne réside pas uniquement dans cette innovation. Elle se trouve aussi dans les activités, pensées pour faire participer, pour impliquer, pour créer du lien.
Après la présentation, le public ne reste pas silencieux. Les échanges commencent. Des questions sont posées. On dialogue avec H.E.S.T.E.R., mais aussi avec l’œuvre de René Depestre elle-même.
Un concours de textes est lancé, invitant les jeunes à écrire à leur tour. Un quiz est proposé, comme un jeu sérieux autour de la culture. Et surtout, une initiative ambitieuse est annoncée : 134 articles en 134 jours, du 17 avril au 29 août 2026, pour faire vivre la pensée du poète au quotidien. Dans ces moments, la culture cesse d’être distante. Elle devient accessible. Elle devient partage.
Et puis, il y a la scène.
Des jeunes montent. Des artistes prennent la parole. Les textes de René Depestre ne sont plus seulement lus : ils sont incarnés. Les voix vibrent. Les corps accompagnent les mots. Parfois, une musique s’invite. Parfois, un silence suffit.
Dans le public, certains ferment les yeux. D’autres murmurent. On sent une connexion, presque fragile, mais réelle. La poésie n’est plus dans les livres. Elle est là, vivante, devant nous.
Après les interventions officielles, après la présentation de l’équipe, après les photos et les interviews, personne ne part vraiment. On reste. On discute. On prolonge.
À l’extérieur, sous le ciel de Jacmel, les conversations continuent. On parle de Depestre, mais aussi de la jeunesse, du pays, de ce que tout cela peut devenir.
Ce lancement marque le début d’un cycle de 134 jours d’activités. Mais au fond, il ouvre surtout une question :
Que fait-on de cet héritage ?
À Jacmel, une réponse commence à se dessiner. Une réponse portée par une organisation, par une jeunesse, par une vision.
Ce soir-là, la Grenadiers Foundation n’a pas seulement célébré René Depestre. Elle a montré qu’une nouvelle génération est prête — non pas à répéter l’histoire — mais à la prolonger, avec ses propres outils, ses propres voix… et une humanité intacte.
