À l’occasion de la Journée internationale des monuments et des sites historiques, l’Université d’État d’Haïti (UEH), à travers l’Institut d’Études et de Recherches Africaines d’Haïti (IERAH) et la Chaire UNESCO en Histoire et Patrimoine (CUHP), a organisé ce vendredi 17 avril 2026, par visioconférence, une cérémonie placée sous le thème « Réponse d’urgence pour le patrimoine vivant dans les contextes de conflits et de catastrophes ». L’événement visait à présenter les défis et à promouvoir les patrimoines culturels haïtiens.
Plusieurs partenaires clés y ont pris part, dont le représentant du bureau de l’UNESCO en Haïti, Éric Voli Bi, le directeur général de l’Institut de Sauvegarde du Patrimoine National (ISPAN), Patrick Delatour, ainsi qu’un représentant de la Commission Nationale Haïtienne de Coopération avec l’UNESCO (CNHCU). Étaient également présents l’Institut Haïtien Patrimoine & Tourisme (INAPAT), le Centre d’Études sur le Patrimoine et le Tourisme en Haïti (CEPATH-H), entre autres.
Le directeur général de l’ISPAN, Patrick Delatour, a exprimé son émotion et sa profonde consternation face au drame survenu le 11 avril à la Citadelle Henry, où plus d’une trentaine de personnes ont perdu la vie. Tout en saluant les efforts de l’État haïtien, engagé depuis les années 1940 dans la protection du patrimoine culturel, il a regretté que les autorités locales du Nord n’aient pas été informées de l’activité festive ayant conduit à cette tragédie. Il a présenté ses condoléances aux familles des victimes et promis des mesures concrètes pour éviter la répétition de tels événements.
Depuis 1972, l’inventaire de la Citadelle a été consolidé, mais la question demeure : comment protéger durablement ce site emblématique.
De son côté, Éric Voli Bi, représentant de l’UNESCO en Haïti, a rappelé que cette édition 2026 s’est déroulée dans un contexte particulièrement difficile. Selon lui, le patrimoine culturel « ne se conjugue pas au passé » mais malgré les obstacles, il reste vivant et porteur de mémoire. Il a salué le travail de l’ISPAN et plaidé pour une politique publique inclusive et durable afin de préserver le patrimoine haïtien.
Parallèlement, Eddy Lubin, expert en tourisme et patrimoine, ancien directeur général du Ministère du Tourisme, a présenté une approche centrée sur le centre-ville historique du Cap-Haïtien. Pour lui, le patrimoine culturel haïtien incarne une mémoire vivante, témoin silencieux mais tangible du passé. Il a rappelé que des travaux de réaménagement ont récemment été réalisés à la Citadelle, dans une dynamique de consolidation des patrimoines culturels.
Le centre historique du Cap-Haïtien, structuré par un maillage viaire orthogonal serré, forme des îlots de 40 à 50 mètres de côté sur une superficie estimée à 120 hectares. La première étape de sa valorisation consiste à rénover et requalifier le bâti, notamment les façades et volumes extérieurs, afin de restituer l’atmosphère urbaine caractéristique. Toutefois, la surdensification, les divisions anarchiques, les agrandissements hors normes et la disparition de nombreux patios ont accentué la dégradation. À cela s’ajoutent le déficit de services essentiels (eaux usées, déchets, excréta) et la faiblesse de l’économie locale, qui limitent les capacités des propriétaires à engager des travaux.
Depuis plus de deux siècles, la vieille ville du Cap conserve des pans entiers de la mémoire nationale. Son avenir repose sur une approche patrimoniale vivante, éducative et productive, capable de refléter l’identité haïtienne dans toute sa diversité.
In fine, l’ancienne prison civile de Jacmel a également été évoquée. En raison de sa vulnérabilité face aux intempéries, sa restauration est jugée prioritaire. Le projet, financé par l’État haïtien à travers l’ISPAN, prévoit la consolidation de la structure et la réhabilitation durable de la toiture afin de préserver ce bâtiment historique.
Likenton Joseph
