Écrire à la rédaction
Radio Pacific 101.5 fm
Culture

Et si on changeait de regard sur la langue française

Et si on changeait de regard sur la langue française

La langue française est, comme toutes les autres langues, un instrument de communication, un véhicule de savoir à la disposition de toutes celles et de tous ceux qui en ont une très bonne connaissance. Comme tout instrument de communication linguistique, celles et ceux qui s’en servent peuvent se partager les idées, s’échanger sur des aspects culturels et de bien d’autres sujets. Malheureusement, cette langue fait l’objet d’adoration, de vénération, de prestige, voire un sésame auquel s’accrochent bien des gens pour se faire passer pour des intellectuels ou des gens de ladite bonne société. Et qui pis est, dans notre chère société où règne la dictature de l’apparence et de l’insincérité, la majorité de nos scolarisés mesure l’intelligence des siens à l’aune de leur capacité à s’exprimer en français tout en faisant usage des mots ronflants. Il suffit que quelqu’un prononce de manière affectée, les sons « e, u, r » pour être reconnu comme quelqu’un de bien formé et de grande culture sans tenir compte de l’articulation de ses idées. Comme quoi, en dehors d’une telle prononciation affectée, voire idéaliste de la langue française, le locuteur ou la locutrice en question risque d’être perçu pour un moins que rien. Quel vilain formatage !

Ce drôle de rapport que la plupart de nos scolarisés entretiennent avec le français est le résultat d’un système éducatif qui privilégie l’apprentissage de cette langue au détriment de toutes les matières. Et pour cause, la majorité des scolarisés qui a du mal à s’exprimer en français voue un respect sacro-saint à leurs pairs qui ont une solide compétence dans cette langue. Pour faire bref, la langue française, à quelques exceptions près, n’a jamais été enseignée dans nos écoles, mais imposée à nous-mêmes à la Napoléon Bonaparte en nous faisant ingurgiter une tonne de règles de grammaire, réciter sans compréhension des leçons assorties d’une liste de mots sans pédagogie aucune. Face à ce sauve-qui-peut, certains ont pu s’en sortir assez bien au point qu’à bien des égards ils/elles aient tendance à afficher une attitude méprisante envers celles et ceux qui n’arrivent pas à tenir une conversation d’une dizaine de minutes en français.  Quelle insanité ! 

Ce type de formatage, disons plutôt matraquage à la Rochambeau, réduit la plupart de nos scolarisés à des fanatismes inconditionnels de la langue française au détriment de la langue créole, leur langue maternelle malgré eux. Les Français se sont beaucoup battus pour faire de leur langue ce qu’elle est aujourd’hui. Il revient à nous de faire pareil pour faire de notre créole un joyau linguistique aux fins de le partager avec tout un chacun désireux de connaitre notre histoire et notre culture davantage. Accordons la première place à notre langue dans tout ce que l’on fait. Ensuite, pour celles et ceux qui savent parler et écrire d’autres langues, faisons-en usage à bon escient.

Il est temps que l’on porte un nouveau regard sur la langue française si l’on veut vraiment en finir avec l’exclusion linguistique. D’entrée de jeu, il faut que l’on cesse de faire de cette langue la langue d’enseignement. En d’autres termes, il faut enseigner le français aux enfants en tant que matière, et non pas enseigner les matières en français aux enfants pour ne pas leur stériliser la pensée. Ensuite, il faut bien que l’on forme une cohorte d’enseignants aux nouvelles méthodes d’acquisition de langue seconde et étrangère pour qu’ils soient en mesure d’apprendre aux enfants comment appréhender une nouvelle langue.  En dernier lieu, il nous faut toute une thérapie linguistique à double volet; d’une part, il est d’importance capitale que nous assumions notre statut de créolophone, et d’autre part comprendre que toutes les langues sont de valeur égale sur le plan linguistique. Qu’on le veuille ou non, il faut démythifier la langue française une fois pour toutes, non pas en la rejetant d’un revers de main, mais en la considérant comme un simple moyen de communication. Sinon, dorénavant c’est comme auparavant.

Si vous avez déjà créé un compte, connectez-vous GRATUITEMENT pour lire la suite de cet article.

Connectez-vous

Pas encore de compte ? Inscrivez-vous

Suivez-nous sur WhatsApp

1 commentaire

Les échanges courtois et argumentés font la qualité du débat.

Connectez-vous pour commenter. Un compte garantit que votre nom n'est utilisé que par vous.

Se connecter Créer un compte

Sherly

Tout a fait d’accord. Merci

À lire également

Toute la rubrique Culture

Alertes du National

Recevez une notification sur votre téléphone ou votre ordinateur dès qu'un article paraît dans les rubriques de votre choix. Gratuit, avec votre compte lecteur.

Rubriques à suivre