Un quotidien à la dérive

Sur les réseaux sociaux, on discute du sexe des anges : un noir ne peut pas être chrétien. Les propos d’une chanteuse bien connue sont l’occasion de délires sans limites. On s’en donne toujours à cœur joie pour vilipender celui-ci ou celui-là. C’est un exercice apprécié le « character assassination » chez nous. Il faut peu de choses pour que la machine à détruire dérape surtout que la rumeur suffit, le moindre mensonge que les manipulateurs attitrés font circuler.

Pendant ce temps, on ne se préoccupe pas de la vie au quotidien d’une population à qui il ne reste que Biden comme seul espoir. Les gangs forcent à quitter sa pauvre demeure, le peu qu’on a est volé, pillé par des hordes encore plus pauvres et on peut s’estimer heureux qu’on vous ait laissé la vie, que vos filles et vos femmes n’aient pas été violées.  Se loger autre part n’est même pas pensable. Le peu d’épargne qu’on avait consenti est passé dans la location de deux pièces que les bandits viennent d’incendier et le prix du loyer a grimpé haut entre temps.

Se nourrir devient de plus en plus difficile. Avec l’encerclement de Port-au-Prince par les gangs, les denrées arrivent difficilement à la capitale. Les prix augmentent semaine après semaine. Pour les familles c’est un véritable cauchemar. Il en est de même pour les médicaments. Parfois, on ne trouve même plus sur le marché des produits essentiels pour la santé. Il n’y a aucune entité étatique qui se penche sur ces questions vitales. On a l’impression que, dans chaque ministère, on ne fait que profiter de ce temps pourri où il n’est pas nécessaire de donner de résultats. On profite des privilèges de la situation en espérant que cette situation dure. On comprend que ces gens qui profitent de l’absence d’un gouvernement qui pose les vrais problèmes souhaitent que cette transition lancée par un communiqué du Core Group continue indéfiniment. Il serait bien audacieux, non conscient du danger celui qui oserait tenter de changer les choses. Il n’y a pas loin de l’acceptation des gangs à sapattes jusqu’au jour qu’on se retrouve dans leur viseur.

On ne s’en sortira pas tout autant qu’on ne partage pas la douleur de l’autre, sa souffrance d’avoir perdu son commerce, ses biens, un être cher, à cause de ses bandits qui semblent avoir la bénédiction de gens dont on ne soupçonnerait pas l’accointance avec les forces diaboliques.

 On ne construit pas un pays avec le ventre dans le cerveau et le cerveau dans l’anus.

Gary Victor

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