Des étudiants de l’Université d’État, des patients ainsi que divers professionnels de santé ont élevé la voix en urgence pour réclamer la remise en fonction du plus grand centre hospitalier du pays, l’Hôpital Général. Lors de l’émission Tab Pacific, diffusée sur Radio Télé Pacific, samedi 28 février, plusieurs dizaines d’étudiants issus de différents départements de la Faculté de Médecine ont participé à cette grande émission afin d’analyser les conséquences de la fermeture prolongée de l’hôpital sur le pays.
Sur le plateau de cette émission figuraient comme intervenants le Dr Nalzaire Théodore, spécialiste en obstétrique et gynécologie, vice-président de l’Association Médicale Haïtienne (AMH). Également présent, Esdras Paul, président du conseil des étudiants de la Faculté de Médecine et de Pharmacie/École de Biologie Médicale et d’Optométrie.
Dans un débat animé, les étudiants ont scandé à plusieurs reprises leur désir de voir une réouverture de l’Hôpital Général. Un cri traduisant la nécessité de poursuivre leur formation dans un contexte où leur apprentissage est menacé en raison de l’absence de l’hôpital universitaire d’État haïtien (HUEH) au sein du système de santé.
« Cela fait deux ans que l’hôpital, pilier du système de santé du pays et centre de formation pour les étudiants du domaine, est fermé. Cette fermeture met en danger la vie de milliers de citoyens, empêche les étudiants d’obtenir la formation pratique indispensable et affaiblit davantage notre système de santé déjà fragile. Nous demandons avec insistance aux autorités concernées de prendre toutes les dispositions nécessaires pour garantir la réouverture de l’HUEH dans de bonnes conditions de sécurité et de durabilité », extrait du témoignage d’un étudiant. Ainsi, la majorité des étudiants ont annoncé que si les autorités ne font rien pour relocaliser le plus grand centre hospitalier du pays comme ils le souhaitent, ils descendront dans la rue pour faire entendre leur voix.
Le Dr Nalzaire Théodore, vice-président de l’Association Médicale Haïtienne (AMH), a évoqué une grave crise sanitaire liée à la fermeture de l’Hôpital Général où l'hôpital Universitaire de la paix et plusieurs autres centres hospitaliers du pays sont saturés en raison du nombre des patients qui les fréquentent. Concernant la réouverture de l'hôpital prévue au milieu de l’année par les autorités gouvernementales, à une date apparemment déjà fixée par les décideurs, le médecin estime que certains standards doivent être respectés. Il souhaite notamment qu’il ne s’agisse pas d’un hôpital aux services dispersés d’une zone à une autre, à l’image du Ministère de l'Éducation Nationale et de la Formation Professionnelle (MENFP) dont plusieurs services sont souvent logés dans différents bâtiments. Selon lui, la meilleure décision pour la remise en fonction de l’HUEH serait de sécuriser à nouveau la zone où il se trouve afin de permettre la reprise des activités comme auparavant.
« L’Hôpital Général, construit durant la période de l’occupation américaine, est difficile à reconstruire tel qu’il était dans la capitale. Il y a un problème d’espace disponible et d’organisation des services. Toutefois, d’une manière ou d’une autre, l’hôpital doit rouvrir », a-t-il souligné.
De son côté, Esdras Paul, président du conseil des étudiants, a déclaré que la fermeture prolongée de l’Hôpital Général brise des vies, des rêves et des carrières. C’est une véritable condamnation à mort pour de nombreux citoyens vulnérables, notamment les patients souffrant d’insuffisance rénale chronique nécessitant des séances régulières d’hémodialyse. Dans le même temps, il a mentionné que les étudiants sont inquiets et désorientés. La réalisation des stages cliniques est devenue difficile. « Tout ce que nous demandons à l’État haïtien, c’est de nous permettre de vivre, d’étudier et de servir notre patrie. Nous sommes prêts à sacrifier notre jeunesse au profit de la santé de nos proches, de nos amis, de nos voisins et des marchands dans nos rues. La relocalisation temporaire et indépendante de l’HUEH, avec un plateau technique approprié, le temps que la sécurité soit rétablie à Port-au-Prince, est vitale et non négociable », a-t-il ajouté.
Denzy JEAN PIERRE, étudiant en troisième année de médecine, major de promotion, a réagi ainsi : « L’absence du plus grand centre hospitalier du pays constitue une entrave majeure au fonctionnement du système sanitaire haïtien. Elle compromet gravement l’accès aux soins pour des milliers de citoyens et fragilise davantage une population déjà vulnérable. Au-delà de l’urgence sanitaire, cette situation hypothèque aussi l’avenir en perturbant la formation des futurs médecins, privés d’un cadre d’apprentissage essentiel au plus haut niveau. Il ne s’agit pas de solliciter une faveur, mais de rappeler une responsabilité régalienne ».
Pour sa part, Milot EXANTUS, étudiant en quatrième année de médecine, a évoqué l’une de ses pires expériences liées à la fermeture de l’Hôpital Général. « Une femme de Kenscoff est venue consulter une semaine après un accouchement à domicile, avec une lacération périnéale de troisième degré. Lorsqu’on lui a demandé pourquoi elle n’avait pas accouché à l’hôpital, elle a répondu : “Bon, l’Hôpital Général est fermé, Docteur. Que vouliez-vous que je fasse ?” Sa plaie était infectée et a dû être rouverte afin d’être correctement suturée. Cette situation aurait pu être évitée si l’HUEH avait été fonctionnel. Chaque jour, des femmes accouchent à domicile dans des conditions risquées, et des enfants meurent de maladies évitables », a constaté l’étudiant.
Dans la même logique, le Dr Nalzaire Théodore a exprimé sa plus grande inquiétude : pour les cinq à dix prochaines années, certains spécialistes risquent de ne pas bénéficier de formation dans certain domaine de la santé dans le pays. Ainsi, les recommandations s’orientent vers une démarche où non seulement l’hôpital doit rouvrir sans délai, mais aussi de la nécessité pour qu'on mette disponible des matériels adéquats pour la prise en charge des patients mais aussi pour la formation des étudiants qui dépendent en grande partie de cet hôpital.
A cet effet, ces personnels de santé plaident pour une remise en service en urgence dudit hôpital. Ainsi, ils recommandent au gouvernement de mettre en priorité le droit à la santé de la population, protèger les infrastructures sanitaires et prendre en compte la formation des étudiants où l'accès aux soins de santé reste fragile pour la population civile en Haïti qui fait à une crise alimentaire mais aussi à une crise humanitaire qui complique au quotidien l'accès aux services d'hygiène et sanitaires du peuple.
Oberde Charles
