Lors d'une conférence de presse tenue ce mardi 3 mars 2025, le Groupe d'Action Francophone pour l'Environnement (GAFE) a exprimé sa préoccupation concernant le projet d'exploitation de la mine d'or de la compagnie canadienne UNIGOLD dans la province de Dajabón en République dominicaine, qui partage la frontière terrestre avec Haïti. Selon cette organisation, ce projet pourrait avoir de multiples conséquences sur les communautés haïtiennes.
En effet, le GAFE a fait savoir que l'exploitation de cette mine représente un danger imminent pour le département du Nord-Est jusqu’à l’Artibonite. Le projet minier à la frontière haïtiano-dominicaine, de la compagnie UNIGOLD, située à Dajabón dans la province est, à proximité immédiate de la frontière haïtienne, est dans une phase décisive. L’entreprise canadienne dispose d’un permis d’exploitation afin d’évaluer la quantité d’or présente sur le site.
Dans la zone nord-ouest de la République dominicaine, non loin de la frontière haïtienne, d’importantes réserves d’or ont été identifiées. L’un des sites miniers les plus connus du pays est la mine de Pueblo Viejo, considérée comme l’un des plus grands gisements d’or d’Amérique latine. Les réserves confirmées se chiffrent à plusieurs millions d’onces d’or, soit plusieurs centaines de tonnes encore présentes dans le sous-sol.
Dans ce projet, l’exploitation est assurée principalement par la société canadienne UNIGOLD. Pour extraire l’or, l’entreprise doit creuser profondément le sol (exploitation à ciel ouvert) et utiliser des procédés chimiques, notamment le cyanure, pour séparer l’or du minerai. Ces techniques peuvent provoquer d’importants dégâts environnementaux, comme la déforestation, la pollution des cours d’eau, la dégradation des terres agricoles et des risques pour la santé des populations voisines.
Par ailleurs, le directeur exécutif du GAFE, M. David Tilus, a affirmé que ce projet est dans une phase décisive. Selon les données rendues publiques par l’entreprise, les autorités dominicaines avancent vers l’autorisation d’une étude complète des impacts environnementaux et sociaux, étape préalable à l’exploitation de la mine. M. Tilus a confirmé que, ce mardi 3 mars 2026, une visite officielle a été effectuée sur le site par le Ministère dominicain de l’Environnement et des Ressources naturelles.
Cette exploitation comporte des risques sanitaires et environnementaux pour Haïti, étant donné que le projet se situe à proximité de la frontière. Elle soulève des inquiétudes quant à ses impacts possibles sur les ressources naturelles et sur les communautés locales. Le GAFE alerte notamment sur le risque pour les affluents de la rivière Massacre, et plus largement pour le bassin du fleuve Artibonite.
'' Ces deux sources d’eau sont essentiellement utilisées pour l’agriculture, l’alimentation et la vie quotidienne des habitants. L’extraction de l’or peut libérer des métaux lourds comme l’arsenic, le plomb ou le cadmium, capables de polluer les cours d’eau et les sols pendant de nombreuses années. Ces impacts pourraient affecter la qualité de l’eau, l’agriculture, la biodiversité et la santé des populations haïtienne'', a ajouté le directeur.
Face à ces impacts, l’organisation rappelle que depuis 2024, le GAFE, l’Espace national pour l’environnement, le Mouvement national pour l’environnement Alternatiba Haïti, le Réseau Jeune et d’autres acteurs sont mobilisés par rapport au projet UNIGOLD dans le pays voisin. Plusieurs zones du département du Nord-Est — notamment Carisse Mont Organisé, Capotille, Ouanaminthe, ainsi que dans le Plateau-Central Cerca-la-Source) ont été ciblées pour la sensibilisation des habitants et des autorités locales concernant cette exploitation.
Par ailleurs, le 28 février 2026, lors d’une rencontre intercommunale tenue à Ouanaminthe avec la participation des autorités communales dominicaines et d’organisations communautaires, les participants ont exprimé leur opposition à ce projet et leur inquiétude face à l’absence de communication officielle des autorités haïtiennes. Le GAFE a adressé une lettre ouverte au Ministère de l’Environnement et au Bureau des Mines afin de demander une action urgente des autorités pour protéger les populations et l’environnement.
La mobilisation citoyenne et l’expression des préoccupations locales montrent que la population et les autorités locales s’opposent au projet et s’inquiètent de l’absence de communication officielle des autorités haïtiennes. Pendant que la République dominicaine avance sur ce projet, Haïti n’a pas été impliqué dans les prises de décision.
Dans ce contexte, le GAFE exige que des actions rapides soient entreprises pour exiger que les autorités dominicaines se positionnent clairement et réalisent une évaluation complète du projet. Il est rappelé que c’est la responsabilité du gouvernement haïtien de demander cette évaluation.
Yasmine Sanon
