Au moment où les nations africaines relèvent la tête et tentent de s’organiser, nous en Haïti, nous de ladite première République noire au monde, nous régressons, emporté par un kokoratisme stupéfiant.
Blan an pa vle l !
C’est ce qu’on entend souvent de la bouche de nos compatriotes et surtout de nos politiciens. Ce propos est lancé avec une désinvolture, avec un sans-gêne étonnant.
Blan an pa vle l !
Nous insultons nos héros quand nous invoquons Dessalines, Christophe, Pétion.
Mais dans quelle mesure Blan an pa vle l ?
De toute manière, menm si Blan pa vle l, nou pa oblije rete ak blan an. Souvent le «Blan pa vle l lan» est une manière de se cacher derrière sa lâcheté, sa nullité, son ignorance, et sa vénalité. C’est une sorte de mauvaise excuse pour garder en place ce système de corruption et d’inégalité. C’est une glorification du «kokoratisme».
On se plait avec les petites sommes d’argent que nous donne tel pays simplement pour le reconnaître et qui ne font que profiter à une clique de politiciens. Mais, si un autre pays nous offrait 1.000 km de routes, des voies ferrées, des ponts, lancerait-on Blan an pa vle l ? Et puis quel Blanc ? Le Blanc s’opposerait-il à une telle coopération ? Ledit Blanc se trouverait certainement gêné de s’y opposer à moins qu’il ne surenchérisse. Il pourrait aussi se payer quelques Conzé kokorat pour s’opposer à un tel projet pour un plat de lentilles.
Tout cela pour dire que le «Blan an pa vle l» ne cache qu’une chose. Une lâcheté, une nullité, une absence d’idées et de projets et bien sûr la volonté affichée de continuer à se vautrer dans la boue que l’on connait. Le «Blan an pa vle l» est aussi la piètre acceptation de la domesticité et de l’esclavage. Que du culs Jean Jacques Dessalines aurait botté s’il revenait aujourd’hui !
Alors que le «Blan an pa vle l» constitue la pierre angulaire de la pensée de ces politiciens sans colonne vertébrale qui nous ont construit ce chaos, il y a aussi le «Jan an Blan an vle l lan». C’est ce que disaient des bandits pendant qu’ils incendiaient, pillaient, tuaient, forçant des milliers de citoyens à fuir leur domicile. Mais, il se peut aussi que le «Jan Blan en vle l lan» lancé par ces bandits ne soit qu’un moyen de détourner l’attention des vrais commanditaires de la destruction de notre espace national.
Et puis, de toute manière que ce soit «Blan an pa vle l, ou byen Jan an Blan an vle l lan», nous sommes en pleine kokoratisation de notre espace national. Nous touchons le fond parce que dans un refus, dans une incapacité de nous penser en tant que peuple, en tant que nation, nous nous empêtrons dans des luttes sauvages pour des survies individuelles qui font que depuis longtemps notre cerveau s’est installé au niveau du ventre et du bas ventre.
Jan Ayisyen vle l lan !
Voici la seule et vraie devise qui devrait être la nôtre !
Encore qu’il faudrait définir ce que nous voulons dans une perspective moderne, avec les yeux tournés vers le ciel et non plus «sou branch bwa anba tonèl la».
