Le délitement du lien social, l’absence d’espaces publics, de lieux de rencontres citoyens, de salles de cinéma et d’autres endroits sains de loisirs creusent les distances sociales et raffermissent les méfiances.
La misère abjecte qui s’étend comme une irrésistible marée noire éteint chez certains individus toute trace d’humanité. Mais ce ne sont là que d’inquiétants indicateurs sociaux qu’un sociologue comme Laënnec Hurbon se penche avec rigueur pour tenter de comprendre les facteurs criminogènes qui plombent notre vie sociale.
Il faut aussi et surtout prendre en ligne de compte, la légendaire faiblesse de nos institutions. Elle met à nu, chaque jour, un État frappé d’impuissance, incapable de remplir ses fonctions régaliennes. On peut se demander si de jeunes soldats non dotés d’armes offensives et inférieurs en nombre à cinq cents peuvent combattre efficacement des bandes armées entrainées et suréquipées. Ces groupes violents qu’on a laissés paresseusement et par laxisme complice se multiplier sur le territoire et prendre le contrôle de nos archipels de misère font aujourd’hui la loi. Celle de la « banalisation du crime » et de l’assassinat en bandes organisées.
Le fait que ces groupuscules, dotés d’armes modernes qu’ils brandissent sur les réseaux sociaux comme des joujoux à Noël, puissent se mouvoir le long de nos corridors et d’un point à l’autre de la ville, dans une parade d’enfer, interpelle la conscience de tous.
Les crimes qu’ils commettent parfois contre femmes et enfants sont d’une rare violence et relèvent d’une grave pathologie sociale !
Qui donc a intérêt à ce que ces « soldats », qui portent la misère à leur cou comme un collier, soient mieux équipés que les forces légales et lâchés sur nos villes comme des vautours qu’on a volontairement affamés ? Comment va-t-on organiser de bonnes élections dans un climat social à couper au couteau ? Comment un citoyen « armé » seulement de son bulletin de vote va-t-il faire face à des desperados équipés de kalachnikov ou de fusils d’assaut AR75 ?
Ce sont là des questions profondes qui ne concernent pas uniquement ceux qui sont au timon des affaires, mais l’ensemble de la société civile, les églises, les pratiquants du vaudou, les partis politiques. Car la menace est grande et chaque jour plus sanglante.
Un professeur d’histoire lança un jour cette triste boutade : « Si le monde est une vallée de larmes, notre pays est le coin le plus arrosé ».
La Rédaction
