L’aéroport international de Port-au-Prince est toujours fermé. Pour un temps indéterminé. Des sources parlent d’une réouverture en septembre. Rien n’est moins sûr. C’est du jamais vu l’unique aéroport international d’un pays fermé tout ce temps pour une question d’insécurité. Des pays en guerre ont continué à avoir des liaisons internationales. On peut comprendre la fermeture pour une courte période. Mais chez nous, il faudrait vraiment chercher à comprendre les vraies raisons de cette situation qui perdure.
Le fait est que l’État haïtien, souvent en mode de fonctionnement criminel avec les politiciens, ne semble pas faire grand effort pour que les choses changent. Nous avons une qualité chez nous qu’on félicite, ladite résilience, notre capacité d’adaptation aux malheurs aux chaos. Cette même qualité peut devenir un défaut, une tare, quand cette capacité d’adaptation s’inscrit dans le réel et dans le temps jusqu’à ce que l’anormalité devient le normal. Des gens, en quête de profit, se sont insinués dans l’étrangeté de cet aéroport fermé pour offrir des services à des prix mirobolants, permettant sans doute aux politiciens des ristournes plus qu’intéressants. Les vols se multiplient entre Port-au-Prince et le Cap-Haïtien et on s’habitue. On s’adapte. Sur la route, c'est pareil. Des navires proposent le passage en billets verts à toutes les cargaisons de Port-au-Prince à Petit-Goave et Miragoane, permettant au petit peuple de s’agglutiner sur le pont pour éviter le passage par Carrefour et Degan. Des affairistes empochent des millions de dollars US chaque jour. Une économie voyou qui prospère, qui s’incruste, mais qui n’apporte rien au pays qui s’enlise. Le gouvernement ne dit rien. Ce n’est pas son problème. Le chaos est la poule aux œufs d’or.
Le pire dans tout cela, c’est quand on constate les noms de ceux qui prétendent venir soutirer aux citoyens leurs votes aux prochaines élections. On a le droit d’être sidéré. Les mêmes qui ont prouvé maintes fois à la nation qu’ils n’étaient préoccupés que de ripailles, que de jouir de la république sur le dos des citoyens. Ils sont là comme si de rien n’était. La situation sécuritaire ne semble pas les concerner. Et pour cause. On ne cesse de parler des liens entre cette mafia politique et les réseaux criminels. Peut-être que les gangs sont quelque part tolérés, protégés, en dépit des massacres perpétrés, parce qu’ils peuvent être les garants de la continuité de l’État voyou sous couvert d’élections que la communauté internationale, résolument fomentateur de chaos dans de nombreux pays, s’empressera de légitimer.
Notre chemin de croix peut être encore long. Surtout que le processus de destruction de notre nation est dans une phase accélérée.
Qui l’arrêtera ?
Gary VICTOR
