Des milliers de citoyens doivent se lancer à leurs risques et périls dans des sentiers pour éviter une nationale jusqu’à présent bloquée, comme si elle était retenue en otage par des forces délinquantes, où il est devenu impossible de distinguer la frontière entre ce qui est légal et ce qui ne l’est pas. Mais le simple citoyen, le petit commerçant, doivent dépenser une somme impensable il y a seulement trois ou quatre ans pour passer de Port-au-Prince dans le Grand Sud. 5000 gourdes en moyenne pour un trajet par Degan. La route par les montagnes est tenue par les bandits qui ont installé partout des postes de péage. La question est celle-ci alors ? Pourquoi la Nationale 2 n’est-elle pas ouverte même avec ces postes de péage illégaux installés ? Est-ce pour permettre un trafic maritime qui rapporte à quelques affairistes des millions de gourdes chaque jour ?
Une économie délinquante est en train de se développer et de s’enraciner partout dans le pays en raison de l’inexistence de l’État, inexistence due au fait que ceux qui sont à sa tête n’ont aucune notion du bien commun. Les affaires de la Nation ne les intéressent pas à moins qu’elles puissent leur rapporter de quoi gonfler les comptes en banque. La question du territoire est le cadet de leur souci. On circule entre Bourdon, Pétion-Ville, Péguy Ville, on ripaille entre bambocheurs dans les grands restaurants et les hôtels et le reste du pays est considéré comme un no man land peuplé de sous-hommes. On pourrait même avancer que jamais un concept d’apartheid aussi trivial, aussi crasseux, aussi barbare, n’a existé sur cette planète. Est-ce un hasard si notre pays est aussi isolé et en retard par rapport aux autres nations, presque une honte pour la Caraïbe, sans que cela ne fasse ni chaud ni froid à nos politiciens ?
Les élections qui devront de toute manière avoir lieu seront un moment difficile. Entre les délinquants et les traitres qui rêvent de ripailles à vie et un peuple qui veut relever la tête malgré le poids des sandales et des cravates puantes sur son cou, le jeu va être corsé.
Gary Victor
