C’est un lieu commun que de parler de l’échec vertigineux de notre système éducatif.
Si on peut parler de système éducatif chez nous.
Quel gouvernement s’est-il vraiment soucié de la formation de notre jeunesse ?
La question est dans la part minime que représente le public par rapport au privé dans l’éducation en Haïti. Et dans quel état sont nos établissements publics, en particulier nos dites écoles nationales. Si le peu de nos lycées que nous avions arrivait à former des citoyens d’un certain niveau dans le cadre d’un apprentissage basé surtout sur la mémorisation à outrance, aujourd’hui, ils en sont réduits à leur plus simple expression. Ce n’est pas seulement à cause de la diminution et de la dégradation de leur espace physique, mais aussi en raison du peu d’importance accordé au corps enseignant : les nominations politiques ne tiennent aucunement compte de la valeur des professeurs et des responsables de ces établissements.
Ces derniers temps on a vu arriver au sommet de l’État des gens sans qualification aucune, certains montrant des CV faux avec des titres fabriqués de toute pièce. On affiche de faux titres universitaires alors que s’il existait un organe de vérification au sein du ministère de l’Éducation nationale, on serait très peu étonné de voir mettre la justice en action contre ces imposteurs.
Encore qu’il faudrait que l’État sévisse contre certains commerces –appelons un chat un chat- se prétendant des universités. Inivesité bò katedral ! comme on dit dans notre langue nationale. Ces commerces sont nombreux à la capitale et aussi en province. L’un d’eux a décerné le doctorat à 40 personnes ayant soutenu leurs thèses, la plupart… en ligne. Un chaos qui semble laisser indifférents depuis des années les responsables du ministère de l’Éducation nationale malgré des velléités d’intervention vite oubliées. C’est que ces commerces souvent se déploient sous le parapluie d’églises évangéliques américaines et peuvent avoir des moyens de pression ou de nuisance. L’État laisse faire, car, quand des hauts responsables se retrouvent en poste avec comme seul objectif de durer et de jouir de privilèges, on ne va pas se chercher des ennuis stupides dans un contexte de ripailles nationales.
Le pays en paie les conséquences, surtout que la société laisse faire. Ces imposteurs qui brandissent un faux titre universitaire sont souvent d’une audace hors du commun et des brasseurs de certains secteurs les poussent au-devant de la scène. Ces grands malins ont ainsi un moyen de chantage sur l’imposteur qui, une fois en poste, doit partager la ripaille.
Le chaos partout !
Gary Victor
