La soif de justice des communautés haïtiennes s’aiguise à la même vitesse que s’accélère la déchéance des institutions publiques. Des dossiers encombrants, des cas non résolus s’empilent. L’État de droit, promis par les uns et les autres, semble n’avoir été qu’un mirage. Le pays tout entier attend toujours de voir la femme aux yeux bandés se réveiller de son profond sommeil.
Les plus optimistes diront que les défis du système sont si nombreux que les progrès risquent de ne pas s’apercevoir du jour au lendemain. Mais, en réalité, que vaut une justice si elle ne peut inquiéter les méchants ? De l’assassinat de Jean Léopold Dominique à celui de Jovenel Moise en passant Me Dorval et les massacres de La Saline, de Bel-Air et tant d'autres quartiers populaires, les bourreaux gardent leur toute-puissance. Et la communauté juridique ne peut se réjouir que de faibles victoires qui se perdent dans un océan des déceptions.
La lutte contre la détention préventive prolongée devient un prétexte pour s’agiter et donner l’impression qu’une réforme est en marche. Peu importe la bouche qui le dit, il est évident qu’ « un pays sans justice est une rivière sans eau ». Cette citation qui semble souvent servir à des discours politiciens est une vérité irréfutable. Quand se réveillera la femme aux yeux bandés, elle fera trembler les coupables de quelque camp que ce soit. Les dilapidateurs de fonds publics, les évadés fiscaux, les meurtriers et leurs patrons se trouveront de l’autre côté de la barrière.
La paralysie de la justice haïtienne, œuvre savamment exécutée par des hommes politiques qui se sont succédé au pouvoir ces dernières années, risque de précipiter la course du pays vers le règne de l’inacceptable.
Les juges et les avocats sont eux aussi impuissants face aux cris des victimes de la terreur. Ils sont incapables de rendre justice même à leurs confrères de la basoche tombés dans le cadre de l'insécurité généralisée qui sévit dans le pays depuis des lustres.
La Rédaction
