Alors que le pays s’enfonce dans l’incertitude, l’idée d’une transition prolongée, voire d’un exécutif sans Alix Didier Fils-Aimé à cette échéance, commence à s’installer dans les esprits. Plus qu’une hypothèse, c’est désormais un scénario que certains jugent plausible, faute de signaux concrets laissant entrevoir une sortie de crise à court terme.
Au début du sixième mois de l’année 2026, aucun signal concret ne laisse présager l’organisation prochaine d’élections en Haïti. Du Conseil électoral provisoire (CEP) au gouvernement, en passant par la société civile, tout semble encore bloqué dans une phase de réflexion interminable. Le conflit ouvert entre l’exécutif et le CEP n’augure rien de bon pour l’avenir du processus électoral et par ricochet l’avenir du pays.
Pendant ce temps, l’insécurité continue de s’étendre. Dans l’Ouest, l’Artibonite et le Centre, les groupes armés imposent leur loi, défiant quotidiennement la Police nationale et un pouvoir exécutif qui peine à reprendre le contrôle du territoire. Dans ces conditions, comment parler d’élections crédibles ? Comment demander à une population prise en otage de se rendre aux urnes ?
Le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé, lui, continue de promettre. Il affirme son engagement, évoque des élections à venir, insiste sur la volonté de son administration. Mais les promesses ne suffisent plus. Où est le plan ? Où sont les actions concrètes capables de restaurer la confiance et de mobiliser les citoyens ?
Les acteurs politiques, quant à eux, restent fermes : sans sécurité, sans amélioration des conditions de vie, sans apaisement social, aucune élection ne sera possible. Et sur ces trois points essentiels, les avancées se font toujours attendre.
Lors de la clôture de la Conférence internationale sur les droits et l’administration des opérations électorales, le 30 mai dernier, le chef du gouvernement a réaffirmé ses priorités : sécurité, relance économique, élections crédibles. Mais entre les discours et la réalité, l’écart reste profond. La méfiance grandit.
Après plus de cent vingt jours à diriger seul l’exécutif, le constat est sévère. Le bilan est jugé insuffisant, voire inexistant. Le pacte qui est censé garantir la stabilité et ouvrir la voie aux élections se fissure. Certains signataires prennent déjà leurs distances.
Dans l’opinion, le doute s’installe durablement. Les critiques se multiplient. Les cent vingt jours du Premier ministre sont jugés improductifs, sans résultats tangibles. Certains observateurs vont jusqu’à parler d’un pouvoir affaibli, isolé, rappelant des expériences récentes que le pays peine encore à digérer.
Alors, la question se pose avec insistance : si 120 jours n’ont pas suffi, combien de temps faudra-t-il encore ? Et surtout, le pays peut-il se permettre d’attendre davantage ?
Pour beaucoup, l’année 2026 semble déjà compromise en matière d’élections. Progressivement, les regards se tournent vers février 2027. Mais là encore, les incertitudes demeurent.
Kisa k pral pase ? Kisa k pral rive ? Ki wout n ap pran? Et plus profondément encore : que voulons-nous réellement pour ce pays ?
Haïti est aujourd’hui à la croisée des chemins. Entre immobilisme et urgence d’agir, entre promesses et réalité, entre transition prolongée et avenir incertain.
Une chose est sûre : sans décisions fortes, sans actions concrètes, sans vision claire et partagée, le temps continuera de s’écouler… et les échéances, quelles qu’elles soient, resteront hors de portée.
Car, au-delà des hommes, c’est l’avenir même de la nation qui est en jeu.
Oberde Charles
