Alors que la ville du Cap-Haïtien tente de préserver un semblant de stabilité, plusieurs quartiers populaires comme Bas-Madeline, Nan Lebon et leurs environs vivent toujours sous la menace permanente d’hommes armés qui sèment la terreur. Depuis 2021, ces zones sont devenues des foyers d’insécurité où la vie des citoyens est régulièrement bouleversée par des actes de violence ciblés.
À l’origine de cette vague de violences, des tensions politiques exacerbées au lendemain de la transition gouvernementale de 2021 et la poussée démographique causée par des habitants venant de plusieurs départements géographiques du pays en proie à l’insécurité.
De nombreux habitants affirment avoir été pris pour cible pour avoir refusé de céder leurs biens à certains spoli¬ateurs ou en raison de leur position ou de leurs opinions politiques. Depuis, des maisons ont été incendiées, des véhicules réduits en cendres et plusieurs familles contraintes de fuir leurs maisons. Néanmoins, ces réalités semblent échapper au contrôle des autorités locales.
« On a incendié ma maison pour avoir refusé de céder mes propriétés à certains malfrats de la localité », témoigne un résident de Bas-Madeline ayant dû abandonner son domicile.
« En 2021, ma vie était menacée en raison de mes opinions politiques présumées, un phénomène de plus en plus courant dans certains quartiers populaires depuis plusieurs années. Face à l’absence de protection des autorités locales, j’ai été obligé de quitter la ville pour me réfugier à Dondon, ma commune natale, puis le pays, pour sauver sa vie », a déclaré Phistin Pierre, un résident de la ruelle La Paix, dans la localité de Madeline.
« Pour preuve, je faisais appel à un juge de paix pour verbaliser les faits. L’incident le plus marquant est ma voiture, retrouvée calcinée dans la cour, quelques jours avant d’abandonner définitivement la zone », a poursuivi M. Pierre.
Levy Augustin, juge de paix suppléant au tribunal de la section Sud du Cap-Haïtien, déclare avoir verbalisé plusieurs cas similaires dans plusieurs quartiers populaires du Cap-Haïtien.
Ces actes peu relatés relancent le débat sur l’impunité, la violence et l’absence de l’État dans plusieurs zones du pays, notamment dans les zones périphériques de la ville du Cap-Haïtien. Malgré des cas similaires, aucune enquête sérieuse n’a été ouverte, renforçant le sentiment d’abandon chez les citoyens victimes.
Les groupes armés, souvent bien équipés, agissent en toute impunité, profitant de l’absence des forces de l’ordre dans ces quartiers marginalisés. Les autorités locales, jusqu’à présent, n’ont pas su répondre efficacement à cette insécurité rampante. La population, livrée à elle-même, vit dans la peur constante d’un nouveau drame.
Plusieurs organisations de la société civile capoise, notamment Zantray Fanm Kreyòl (ZAFAK), dénoncent un silence complice des autorités compétentes et réclament une enquête sérieuse sur les actes de persécution perpétrés depuis tantôt quatre ans. La question est : jusqu’à quand les habitants des quartiers populaires du Cap-Haïtien devront-ils subir cette terreur silencieuse ?
Hervé Delima
