Depuis plusieurs jours, la Police nationale d’Haïti (PNH) mène une opération musclée dans les quartiers de Bel-Air et de Delmas 4. Les autorités policières ont annoncé la saisie d’un important lot de matériels, comprenant plusieurs armes lourdes, des munitions, des équipements tactiques ainsi que des uniformes. Cette offensive s’inscrit dans le cadre de l’intensification de la lutte contre les gangs armés qui sévissent dans la capitale haïtienne, Port-au-Prince.
Toutefois, cette opération a également provoqué une nouvelle vague de déplacés internes au sein de la population civile. Plusieurs dizaines de personnes ont été contraintes de fuir leur foyer sous les balles, cherchant refuge dans des zones jugées plus sûres. D’autres ont rejoint les camps de déplacés situés à proximité.
Au cœur de Port-au-Prince, dans la ruelle Vaillant, à Bas de Lalue, se localise le camp Argentine Bellegarde. Ce site, qui accueillait déjà de nombreux réfugiés venant de diverses régions, notamment de Carrefour-Feuilles, voit aujourd’hui sa population augmenter.
À l’intérieur du camp, des centaines de personnes déplacées vivent dans des conditions précaires et fragiles. L’insalubrité y est omniprésente, les déchets s’amoncellent, les maladies se propagent, et la misère se lit sur les visages. Les sinistrés, privés de tout, survivent dans un environnement dégradé, exposés aux microbes et à une hygiène défaillante.
À une semaine du passage à la nouvelle année, ces familles déplacées sont à bout de souffle. Elles peinent à trouver les mots pour décrire leur quotidien. Insalubrité, montagnes d’ordures, manque de nourriture, nuits passées à même le sol dans des conditions déplorables : voilà à quoi ressemble leur quotidien. Les conditions de vie sont jugées inhumaines.
Certaines victimes n’hésitent pas à dénoncer ce qu’elles qualifient de « catastrophe humanitaire ». Elles pointent du doigt l’inaction de l’État haïtien, qu’elles accusent de ne rien faire pour améliorer leur sort. Des critiques sont également adressées à certaines organisations humanitaires, notamment Acted, accusées de se contenter d’enregistrer les noms des déplacés sans assurer de suivi ; d’autres organisations se contentent de distribuer uniquement de l’eau traitée, selon leurs témoignages.
Micheline, 38 ans, mère de quatre enfants orphelins de père, raconte sa détresse. « J’ai quatre enfants sans père. Ils ne peuvent même pas aller à l’école. Parfois, un sachet de spaghettis cuits est partagé entre quatre ou cinq personnes », confie-t-elle, la voix chargée de révolte. La faim se lit sur les visages. Quand le soir est venu, la famille s’allonge sur le sol, parfois sur un simple morceau de carton, dans un espace infesté de punaises, de moustiques et de cafards, rendant le sommeil presque impossible.
Une vieille femme, visiblement affaiblie, témoigne également de son sort. « J’avais l’habitude de vendre des sachets d’eau, mais aujourd’hui je n’ai plus les moyens de continuer ce petit commerce. Je vis désormais grâce à la générosité des autres, qui me donnent quelques miettes pour survivre. » Chaque soir, elle s’allonge sur un petit morceau de carton pour passer la nuit.
Par ailleurs, les déplacés dénoncent l’inaction persistante de l’État haïtien et exhortent les autorités étatiques à se pencher sur leur situation. Ils réclament le rétablissement de l’ordre et de la sécurité sur l’ensemble du territoire national afin de pouvoir regagner leurs foyers. D’autres demandent la libre circulation sur les axes routiers, notamment les routes nationales, pour pouvoir se rendre dans les villes de province à la recherche de meilleures conditions de vie.
Par contre, selon certaines informations, les forces de l’ordre auraient repris le contrôle de plusieurs zones dans le quartier de Bel-Air. Des habitants rapportent avoir entendu des explosions de drones et des tirs nourris d’armes de gros calibre. La peur a-t-elle changé de camp ?
Likenton Joseph
