Le Bureau des Avocats Internationaux (BAI) salue la résolution du Congrès américain condamnant les violences sexuelles et sexistes à l’égard des femmes et des filles en Haïti, ainsi que leur demande d’action urgente en faveur de la protection de la gent féminine.
Le BAI rapporte que, le vendredi 22 janvier dernier, des membres de la Chambre des représentants des États-Unis ont présenté une résolution qui condamne fermement les violences sexuelles systématiques et autres préjudices basés sur le genre dirigés contre les femmes et les filles en Haïti, ainsi que le manque de protection, de services et de responsabilité qui les accompagne, mais aussi l’exclusion et la marginalisation persistantes des femmes au sein du gouvernement de transition haïtien et dans d’autres postes de direction et de décision.
La résolution dénonce également la complicité des partenaires internationaux d’Haïti dans cette crise et le fait de ne pas mettre l’accent sur le leadership des femmes et sur les besoins et protections spécifiques aux femmes dans la transition haïtienne, ce qui menace l’efficacité de la transition ainsi que la sécurité, la démocratie et le développement socio-économique à long terme d’Haïti. Elle appelle à des mesures urgentes conformes aux revendications de longue date de la société civile haïtienne, notamment le Cadre politique pour une transition efficace et équitable.
« Les politiques, les programmes et les allocations budgétaires correspondantes doivent être mis en œuvre de toute urgence », selon les 48 représentants du Congrès qui co-sponsorisent la résolution. Ils ajoutent que cela doit se faire d’une manière qui place au centre les demandes et les perspectives de la société civile haïtienne, en particulier les organisations féministes et de défense des droits des femmes haïtiennes, notamment celles qui travaillent au niveau local.
Pour y parvenir, le Congrès plaide en faveur de la participation active des femmes à toutes les prises de décision, y compris aux postes gouvernementaux et aux élections ; de la prévention et de la lutte contre les violences sexuelles et autres formes de violence basées sur le genre, tout en invitant les concernés à adopter une politique féministe qui place la promotion de l’égalité des sexes et l’autonomisation des femmes et des filles au centre de ses préoccupations, et à investir concrètement dans l’égalité à long terme des femmes et des filles en Haïti en mettant en œuvre des plans, des politiques et des programmes tournés vers l’avenir et axés sur les changements législatifs, institutionnels et politiques à cette fin.
En Haïti, plusieurs organisations de défense des droits humains, et des défenseurs des droits des femmes en particulier, se réjouissent de cette initiative. Sasha Filippova, avocate principale à l’Institut pour la justice et la démocratie en Haïti, estime que cette résolution représente une mesure extraordinaire de solidarité avec les femmes et les filles haïtiennes et avec la société civile haïtienne.
De son côté, Me Kattia Dorestant-Lefruy, avocate et codirectrice du Bureau des Avocats Internationaux basé en Haïti, salue le langage ferme de cette résolution, qui appelle à la prévention des violences sexuelles et à des réponses efficaces et des services adéquats pour toutes les victimes, y compris des enquêtes et des poursuites judiciaires significatives. « J’espère que la représentante Clarke et ses collègues du Congrès utiliseront ensuite leur pouvoir politique pour obtenir davantage de financement et améliorer les mesures de lutte contre la violence basée sur le genre en Haïti, et pour faire progresser l’égalité à long terme des femmes et des filles haïtiennes », dit-elle.
Par ailleurs, la députée Yvette D. Clarke indique qu’à la veille de l’expiration du TPS pour Haïti, le 3 février, qui condamnerait des centaines de milliers d’autres personnes à subir le même environnement chaotique dont trop souffrent déjà, ses collègues et elle sont fiers de présenter cette résolution qui clarifie nos obligations humanitaires et morales. « Dans une nation juste et décente, ces mots n’auraient pas besoin de passer par les couloirs du Congrès pour être acceptés comme une vérité universelle. Cependant, ce n’est pas le cas de l’Amérique d’aujourd’hui, sous le joug brutal de l’administration Trump. C’est pourquoi nous continuerons à réclamer justice pour nos sœurs haïtiennes et à exiger la prolongation immédiate du TPS pour nos voisins haïtiens. Le président devrait savoir que plus nos appels resteront sans réponse, plus ils deviendront forts », explique-t-elle.
Pour sa part, Yifat Susskind, directrice exécutive de MADRE, rappelle que la sécurité inclusive est la clé d’une sécurité durable, mais trop souvent, souligne-t-elle, les interventions internationales en Haïti ont écarté le leadership des femmes haïtiennes. « Il ne s’agit pas seulement d’une politique de sécurité inefficace : c’est une érosion de la souveraineté d’Haïti. Les femmes haïtiennes ont le droit, garanti par le droit national et international, de façonner l’avenir de leur pays. Les efforts internationaux de stabilisation, y compris la force de répression des gangs soutenue par les États-Unis, doivent renforcer l’autodétermination d’Haïti et refléter, au lieu de les ignorer, les engagements pris en faveur du leadership politique des femmes », plaide-t-elle.
Sheelove Semexant
