Suivant le rapport de la Fondasyon Je Klere (FJKL) publié le 4 mars 2026, l’organisation tire la sonnette d’alarme sur le contrat signé par l’État haïtien avec la société Windward Wyoming LLC, visant à rétablir la sécurité nationale, mais dont les engagements restent largement non tenus.
Dans son rapport, la FJKL précise que ce contrat de sécurité, d’une valeur de 52 millions de dollars américains pour un an, a été conclu pour fournir un soutien tactique, technique et sécuritaire à la Police nationale d'Haïti. Windward Wyoming LLC, liée à Windward Holdings Limited immatriculée aux Émirats Arabes Unis, était chargée de créer une force opérationnelle conjointe, task force, d’une centaine d’hommes destinée à neutraliser les gangs opérant sur tout le territoire national.
Cette force devait opérer depuis trois sites : le Nord, avec une plateforme logistique et un contingent maritime. Le Centre, avec unité de commandement et terrain d’entraînement et le Quartier général, incluant casernes, hélicoptères et zone de commandement stratégique.
Le contrat incluait un calendrier ambitieux de sécurisation : ouverture des routes principales Croix-des-Bouquets/Malpasse, Port-au-Prince / Mirebalais, Léogâne, sécurisation des zones portuaires et aéroportuaires, et interventions ciblées sur les quartiers sous contrôle des gangs comme Chen Mechan, 400 Mawozo, Ti Lapli, Izo ou Vitelhomme. Selon le rapport, les premières opérations ont débuté en mars 2025 avec l’usage de drones, et les traces de décaissements pour la firme sont apparues à la Direction Générale du Trésor entre avril et novembre 2025.
Des décaissements massifs pour peu de résultats
Les documents consultés par la FJKL révèlent sept versements effectués par l’État haïtien entre avril et novembre 2025, dont : HTG 175,657,213.45 pour Windward Wyoming LLC en avril 2025. HTG 1,617,523,709.49 en juillet 2025. USD 20,898,281.38 pour novembre 2025.
« Au total, près de 35,5 millions de dollars ont déjà été versés à la firme pour les huit premiers mois du contrat. » La FJKL souligne que ces fonds auraient pu financer le salaire annuel de plus de 17 000 policiers ou soldats, offrant une alternative locale et durable à l’intervention de mercenaires étrangers.
Les promesses non tenues
Le rapport constate que les engagements de Windward n’ont pas été respectés : l’aéroport international reste fermé, les routes nationales demeurent sous contrôle des gangs, les zones portuaires ne sont pas sécurisées et les drones ont causé des dommages collatéraux significatifs à la population civile.
À Kenscoff, la FJKL rapporte que les mercenaires étrangers ont refusé de prendre des risques supplémentaires malgré les instructions de la police locale, freinant ainsi les opérations. L’organisation critique le recours à des mercenaires étrangers, qu’elle juge contre-productif, et plaide pour un renforcement massif des Forces Armées d’Haïti (FAD’H), estimant que 10 à 15 000 soldats supplémentaires auraient permis de produire des résultats spectaculaires dans la lutte contre les gangs et de relancer l’économie locale via des emplois directs et indirects.
La FJKL appelle l’État haïtien à reconsidérer ses choix en matière de sécurité, estimant que les contrats léonins avec des sociétés étrangères coûtent cher au pays tout en échouant à rétablir l’ordre public. Selon l’organisation, investir dans les forces locales et renforcer les structures nationales serait plus efficace, durable et bénéfique pour la population haïtienne.
Vladimir Predvil
