Cinq ans après l’assassinat du président haïtien Jovenel Moïse, survenu le 7 juillet 2021 à sa résidence privée de Pèlerin 5, la justice haïtienne peine encore à établir la vérité. Alors que les États-Unis poursuivent leurs auditions, notamment celle de la veuve Martine Moïse, l’enquête en Haïti reste enlisée, marquée par le passage de plusieurs juges d’instruction sans ordonnance finale.
Dans une interview accordée au journal Le National le 12 mars 2026, l’avocat pénaliste Me Guerby Blaise a dénoncé une «â€¯instruction bancale » en Haïti et souligné le risque de conflits de juridiction entre Port-au-Prince et Washington. Il pointe l’absence de coopération judiciaire, qui entraîne des statuts contradictoires : Martine Moïse est témoin aux États-Unis mais inculpée en Haïti.
Selon lui, cette situation illustre le manque d’«â€¯intelligence juridique » et l’absence de recours à l’entraide judiciaire, mécanisme qui aurait permis de partager les informations entre les deux pays et d’aboutir à un statut unique pour les personnes impliquées. En l’état, un même crime transnational débouche sur des décisions divergentes, fragilisant la crédibilité du processus haïtien.
Me Guerby Blaise, docteur en Droit pénal, critique également le non-respect du principe du contradictoire en Haïti, empêchant une confrontation équitable des témoignages. Des suspects comme Christian Emmanuel Sanon, détenu aux États-Unis, n’ont pas pu répondre aux accusations portées contre eux dans l’instruction haïtienne. Cette absence de débat affaiblit la recherche de la vérité.
Cette situation crée un risque de décisions divergentes pour un crime transnational unique dont la préparation et l'exécution ont traversé plusieurs frontières. Il pointe également du doigt une instruction judiciaire bancale en Haïti, où le non-respect du principe du contradictoire empêche une confrontation équitable des témoignages. Par ailleurs, il plaide pour une procédure pénale unique ou un partage d'informations accru afin de garantir une justice cohérente et objective.
À ces obstacles s’ajoute le décret du 17 décembre 2025 adopté par le Conseil présidentiel de transition, qui confère une immunité aux anciens hauts dignitaires et transfère les dossiers vers une Haute Cour de Justice inexistante. Ce texte pourrait bloquer l’interrogatoire de figures clés telles que Michel Joseph Martelly, Claude Joseph ou Ariel Henry, instaurant de facto une impunité en Haïti.
Pendant ce temps, aux États-Unis, Martine Moïse poursuit une procédure civile devant un tribunal fédéral, où elle accuse notamment l’ancien président Joseph Michel Martelly et l’ex-premier ministre Ariel Henry d’implication dans l’assassinat de son mari. Toutefois, Me Guerby Blaise souligne que plusieurs personnalités clés poursuivies en Haïti ne font pas l'objet de poursuites aux États-Unis, ce qui renforce l'importance du blocage de ce décret sur le territoire national pour la manifestation de la vérité.
Ainsi, deux procès parallèles avancent à des rythmes différents : celui des États-Unis, limité à certains suspects mais jugé plus solide, et celui d’Haïti, paralysé par des blocages institutionnels et des failles procédurales. Pour Me Guerby Blaise, seule une coopération judiciaire renforcée pourrait éviter cette «â€¯contrariété de décisions » et garantir une justice cohérente et objective.
Likenton Joseph
