Le haut-commissaire des Nations unies aux droits de l’homme a présenté, le 23 mars 2026, un rapport sur la situation des droits humains en Haïti. Ce document souligne que le pays continue de faire face à des niveaux alarmants de violence des gangs, qui compromettent l’exercice des droits humains.
La situation des droits humains en Haïti demeure extrêmement préoccupante. Le pays continue de faire face à des niveaux alarmants de violence des gangs, qui compromettent l’exercice des droits humains. Si cette violence reste endémique et s’étend au-delà de la capitale, d’autres formes de violence, perpétrées par des groupes d’autodéfense et des membres non organisés de la population, sont également préoccupantes. L’usage excessif ou disproportionné de la force par les forces de sécurité a également été constaté.
Les gangs ont continué à recourir à la violence pour asseoir leur emprise sur les populations vivant dans les zones sous leur influence. Ils ciblent des individus perçus comme collaborant avec la police ou défiant leur autorité. Certaines victimes ont été soumises à des « procès », séquestrées, contraintes de payer pour être libérées ou encore condamnées à mort. Des femmes et des filles ont subi des violences sexuelles à titre de châtiment.
Par ailleurs, ce rapport fait état de la violence des gangs qui s'est étendue à la périphérie de la capitale ainsi qu’à d’autres départements, notamment l’Artibonite et le Centre, où les attaques se sont multipliées, provoquant des déplacements massifs de population et une prise de contrôle de plusieurs localités.
Entre le 1er mars 2025 et le 15 janvier 2026, au moins 5 519 personnes ont été tuées et 2 608 autres blessées. La grande majorité des victimes, soit 78 %, se trouve dans la zone métropolitaine de Port-au-Prince et sa périphérie. Les départements de l’Artibonite et du Centre représentent respectivement 16 % et 5 % des victimes.
Les hommes représentent la majorité des victimes d’homicides et de blessures avec 86 %, suivis des femmes (12 %) et des enfants (2 %). Les violences se caractérisent par plusieurs dynamiques interdépendantes. La plupart des victimes sont survenues lors d’opérations des forces de sécurité. Les activités et attaques des gangs représentent 27 % des victimes, tandis que les actes de « justice populaire » perpétrés par des groupes d’autodéfense et des membres de la population sont responsables de 8 % supplémentaires.
Les gangs continuent d’utiliser la violence sexuelle pour semer la terreur, subjuguer et punir la population. Entre mars et décembre 2025, 1 495 incidents de violences sexuelles ont été recensés, impliquant 1 578 survivants, dont une majorité de femmes et de filles.
Le viol collectif constitue la forme la plus fréquente, représentant 81 % des cas signalés. Certaines victimes ont été agressées à leur domicile ou dans des lieux publics, d’autres ont été tuées après avoir été violées. Des personnes ont également été contraintes à des relations forcées avec des membres de gangs et soumises à une exploitation prolongée.
Les enfants sont aussi particulièrement touchés. Le manque d’accès à l’éducation, les difficultés socio-économiques et l’absence de protection favorisent leur recrutement par les gangs. Les garçons sont utilisés pour des activités criminelles, tandis que les filles sont exposées à des violences sexuelles, à l’exploitation et au travail forcé.
La violence liée aux gangs continue de porter gravement atteinte à l’exercice des droits économiques, sociaux et culturels. Les populations vivant sous leur contrôle subissent des extorsions, des restrictions de déplacement et un accès limité aux services essentiels.
En septembre 2025, Haïti comptait 1 412 199 personnes déplacées internes, soit une augmentation de 36 %, dont 53 % d’enfants. La situation humanitaire demeure critique. Environ 5,7 millions de personnes sont confrontées à une insécurité alimentaire aiguë. L’accès à l’éducation et à la santé est fortement compromis.
Au total, 1 606 écoles ont été fermées, affectant plus de 243 000 enfants. En janvier 2026, seuls 10 % des établissements de santé disposant de capacités d’hospitalisation étaient pleinement opérationnels. Cette situation est aggravée par l’insécurité, la destruction des infrastructures et le départ du personnel médical.
Selon ce que rapporte le Haut-Commissaire des Nations Unies pour les droits de l’homme cette violence est principalement alimentée par l’utilisation et la menace des armes à feu. Environ 90 % des homicides sont imputables à l’usage d’armes à feu. Malgré l’embargo, les armes et les munitions continuent d’être introduites illégalement dans le pays, alimentant les activités des gangs et renforçant leur capacité à maintenir leur emprise sur les populations.
La violence des gangs continue de porter atteinte aux droits humains de la population haïtienne à travers des meurtres, des enlèvements, des agressions, des viols et l’exploitation sexuelle. La consolidation du pouvoir criminel des gangs dans la capitale et leur expansion dans d’autres régions du pays sont sans précédent.
Environ 12 % de la population est déplacée à l’intérieur du pays et vit dans des conditions précaires, tandis que des millions de personnes ont besoin d’une assistance humanitaire.
Malgré les opérations menées par les forces de sécurité, cette violence n’a pas été contenue et continue de s’étendre, notamment dans les zones rurales et les départements voisins de la capitale.
Face à cette situation, il est essentiel de renforcer les institutions démocratiques et de garantir la sécurité dans le respect des droits humains. Les autorités sont appelées à renforcer les capacités de la Police nationale, lutter contre l’impunité et la corruption, mener des enquêtes sur les violations, protéger les victimes, en particulier les femmes et les enfants, et améliorer l’accès à la justice.
Il est également nécessaire de lutter contre le trafic d’armes, de renforcer les mécanismes de protection sociale et de promouvoir des politiques de prévention, notamment en faveur des enfants. Enfin, la tenue d’élections libres et équitables, ainsi que le soutien de la communauté internationale, restent essentiels pour permettre un retour progressif à la stabilité et au respect des droits humains en Haïti.
Sorah Schamma Joseph
