Le ministère à la Condition féminine et aux droits des femmes (MCFDF) a commémoré la Journée nationale du mouvement des femmes haïtiennes, ce vendredi 10 avril 2026 à Pétion-Ville, autour du thème : « 3 avril 1986 – 3 avril 2026 : 40 ans de lutte pour le respect des droits des femmes ! Évaluation et perspectives ».
« 3 Avril 1986 - 3 Avril 2026 : 40 lane batay pou respè dwa fanm. Kote n soti, kote nou ye, kote n vle ale ak revendikasyon fanm yo »
Dans le cadre de cette cérémonie, le MCFDF a rendu hommage aux pionnières, aux femmes et aux organisations qui ont marqué cette lutte, ainsi qu’à celles et ceux qui continuent de militer pour le respect des droits des femmes en Haïti. Des plaques d’honneur ont été remises à plusieurs organisations, dont SOFA, RAMSA et Nègès Mawon.
À cette occasion, la ministre à la Condition féminine et aux droits des femmes, Pédrica Saint-Jean, a souligné que les défis demeurent importants. Face aux enjeux actuels, l’État haïtien réaffirme son engagement en faveur de la promotion et de la défense des droits des femmes.
« La promotion des droits des femmes n’est pas la responsabilité d’un seul ministère. Elle concerne le ministère de la Justice pour garantir l’accès aux droits et lutter contre l’impunité ; le ministère de l’Éducation nationale pour promouvoir une éducation égalitaire ; le ministère de la Santé publique pour assurer l’accès aux services essentiels ; le ministère des Affaires sociales pour renforcer la protection sociale ; ainsi que le ministère du Tourisme, le MPCE, le MAEC, le MHAVE, entre autres. Cette synergie institutionnelle est indispensable pour produire des résultats durables », à déclaré la ministre du MCFDF.
De son coté, Yves Marie Édouard a rappelé que le 3 avril 1986 ne représente pas seulement une date, mais une véritable révolution dans la conscience des femmes haïtiennes.
Elle a souligné les avancées réalisées au sein des institutions électorales, notamment avec une représentation de 40 % de femmes dans le personnel électoral. De plus, le décret de 2026 prévoit des mesures incitatives en faveur des partis politiques qui présentent plus de 30 % de femmes candidates. Elle a également indiqué que la dimension genre prend progressivement une place plus importante dans les actions de formation, de sensibilisation et d’accompagnement.
Cependant, elle a nuancé ces progrès en déclarant : « Ces avancées sont importantes et réelles, mais elles demeurent insuffisantes. C’est pourquoi notre responsabilité collective est immense. À l’approche des prochaines élections, nous avons un devoir historique : transformer les principes en actions, les engagements en garanties et les discours en résultats. »
Dans son intervention, elle a formulé plusieurs recommandations, estimant qu’une démocratie solide nécessite des femmes engagées et des jeunes conscients de leur pouvoir. Elle a notamment insisté sur la nécessité de renforcer l’éducation civique des femmes, d’encourager et d’accompagner davantage les candidates, de créer des espaces sûrs pour leur participation et de prévenir, dénoncer et combattre toutes les formes de violences politiques et électorales à leur égard.
En tant que conseillère électorale, elle a réaffirmé son engagement à œuvrer pour que chaque femme, quel que soit son rang ou son niveau, puisse exercer ses droits dans la dignité, la sécurité et l’égalité.
De son côté, Marjory Michel, dirigeante de la plateforme Fanm Ayiti Angaje et ancienne ministre du MCFDF, a rappelé que ces 40 années représentent une longue histoire de luttes, de sacrifices et de courage. Toutefois, au-delà des activités commémoratives, elle estime qu’une question essentielle s’impose : qu’avons-nous réellement changé ?
Selon elle, si après 40 ans de combat, les femmes continuent de vivre dans l’insécurité, avec des droits fragiles et une dignité négociable, il est nécessaire d’avoir le courage politique et moral de reconnaître que des insuffisances persistent.
Elle a également averti que le temps de la lenteur est révolu : « Nous n’avons plus le luxe d’avancer lentement alors que les violences progressent rapidement. »
Somme toute, elle a conclu en appelant à des actions concrètes : « Aujourd’hui, la question n’est pas de savoir si nous devons continuer la lutte, mais si nous avons le courage et la détermination de transformer réellement les choses. Cela exige de renforcer les mécanismes de protection sur tout le territoire, de garantir l’application effective des lois sans impunité, d’investir dans l’éducation à l’égalité dès le plus jeune âge et d’assurer une présence accrue des femmes dans les espaces de décision. Un pays qui ne protège pas ses femmes est un pays qui renonce à son avenir ».
Modeline Youte
